Homélie du 20 février 2022   7ème dimanche   Année C

par le Père Jean Paul Cazes

1Sm 26, 2+7-9+12-13+22-23     Ps 102     1Co 15,45-49     Lc 6,27-38

Dans tous les domaines – économique, social, culturel, sportif, politique … – on veut toujours en revenir aux « fondamentaux », surtout en période de crise. Avec l’évangile de ce jour, nous en revenons au fondamental chrétien : l’amour y compris l’amour des ennemis. D’ailleurs, je ne devrais pas parler ainsi. Le christianisme n’est pas l’amour, y compris celui des ennemis ; une telle manière de parler semble ajouter l’amour des ennemis à l’amour tout court. En christianisme, l’amour des ennemis n’est pas un ajout, une sorte de « malgré tout ». En christianisme, l’amour des ennemis fait intégralement partie de l’amour, ça devrait aller de soi. En christianisme, l’amour vient de l’amour partagé entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint ; et cet amour s’étend sur toute la création et sur tous les hommes. Par Jésus, nous savons que le Père fait luire son soleil et tomber la pluie sur les méchants comme sur les bons, sur les ingrats et les méchants. Heureusement, car le ligne de démarcation ne passe pas entre ceux qui seraient bons et les autres ; la ligne de démarcation passe à l’intérieur de chacun de nous qui sommes bons et méchants « en même temps », selon une formule devenue célèbre.

A la table du presbytère, hier, nous parlions de cet évangile, et Thibaud disait une chose remplie de bon sens. Il disait : aimer y compris ses ennemis est un combat, et non une lâcheté plus ou moins déguisée sous la forme de la joue qu’on tend. En effet, si on lit attentivement la page de ce jour, on est devant un retournement des valeurs ; d’ailleurs, ne soyons pas étonnés : cette page fait suite aux Béatitudes de dimanche dernier. Si Jésus était venu pour nous dire les valeurs habituelles du monde – aimer nos amis et rejeter nos ennemis, faire du bien à ceux qui nous en font et du mal aux malfaisants, prêter notre argent, notre temps, notre respect uniquement à ceux qui peuvent nous les rendre – si c’est cela que Jésus était venu prêcher, il serait venu pour rien. Tout cela, nous le pratiquons sans lui.

Jésus est venu au milieu de nous pour témoigner de la réalité d’un monde qui n’est pas définitivement présent mais qui est en construction au milieu de nous. Jésus est venu non seulement témoigner de la réalité de ce monde mais nous donner les clefs pour nous permettre d’y entrer. Non seulement il a parlé du royaume, mais, au milieu de nous, il a vécu les valeurs de ce royaume : il ne s’est pas vengé de ses bourreaux, il a fait du bien à ceux qui lui voulaient du mal, il a pardonné et guéri les pécheurs. Et il continue à faire tout cela grâce aux sacrements dont il a laissé la gestion à son Eglise.

Jésus témoigne de la réalité du royaume de Dieu présent au milieu de nous, mais d’un royaume qui attend notre participation pour se développer en ce monde. La critique, au nom de l’Evangile, des manières de faire du monde, est nécessaire mais gravement insuffisante. Si, au nom de l’Evangile, nous nous contentons de critiquer les injustices sans les combattre en nous et autour de nous, notre critique est inutile. Si, au nom de l’Evangile, nous nous contentons de dénoncer les crimes d’Al Quaïda sans tendre la main à notre voisin de palier, notre réaction sera stérile. Si, au nom de l’Evangile, nous critiquons le monde sans y introduire ne serait-ce qu’un grain d’Evangile, pouvons-nous nous dire vraiment chrétiens et fils du Très Haut ?  

Jésus a aimé les pharisiens, Jésus a aimé Hérode, Jésus a aimé Pilate ; il s’est opposé à eux, mais il a donné sa vie pour eux. Mais c’est Jésus, me direz-vous, et pas nous ! Ce qu’il a fait nous est impossible. Et pourtant, il nous demande cela sur le ton de l’impératif : « Aimez … faites du bien… souhaitez du bien …  priez. » Je vous ai cité plusieurs fois cette phrase si juste du Père Varillon qui dit : « Dieu donne ce qu’il ordonne ». Par Jésus, Dieu nous ordonne d’aimer nos ennemis, de faire du bien à ceux qui nous haïssent. Par nos seules forces, à cause de notre faiblesse, cela nous est impossible ; mais ne pleurons pas sur notre faiblesse : réjouissons-nous de voir que notre Dieu, par son Esprit, nous donne de faire ce que Jésus a fait. Le « truc », si je puis dire, c’est de demander à l’Esprit d’agir en nous. Si nous ne le faisons pas, c’est peut-être que nous avons peur que ça se réalise ; c’est peut-être que nous préférons demeurer dans l’esprit de vengeance alors même que nous souhaitons la justice. Nous disons que c’est impossible, ce qui est une manière de nous donner bonne conscience de ne pas pouvoir le faire.

Mais alors, nous restons comme un être uniquement fait d’argile dont parle Paul. Pourtant, notre dignité, notre destinée, c’est de devenir, dès maintenant, un être spirituel, c’est-à-dire non pas un être désincarné, mais un être de plus en plus animé par l’Esprit Saint, rempli des valeurs de l’Esprit Saint. Un être pour qui les valeurs fondamentales de l’Evangile ne sont pas qu’une image lointaine, mais une réalité qui oriente et modèle sa vie dès ce monde.

 

Une des difficultés de compréhension de ce passage est de le considérer comme un catalogue moral d’actions à accomplir. Certes, les paroles de Jésus ont une portée morale. Mais si nous parvenions à accomplir parfaitement tout ce qui est dit, nous serions bien loin du sens profond des paroles du Christ. Jésus nous livre ici bien plus qu’une morale : il nous offre la possibilité de nous convertir à un Dieu totalement amour, source de tout amour vrai, de tout pardon, de toute morale authentique. Je vous invite à dire avec moi les deux dernières strophes du psaume (sur la feuille paroissiale) qui est une belle peinture de notre Dieu :

Le Seigneur est tendresse et pitié …

 

LES RENDEZ-VOUS DU CARÊME

(mise a jour du 9 avril)

Messe de l’aurore

célébrée chaque vendredi à 7 h du matin ( à partir du 4 mars).

Chemin de croix

proposé chaque vendredi à 15 h dans l’église (à partir du 4 mars)

Scrutins

Les catéchumènes en marche vers le baptême recevront les scrutins le dimanche 20 mars à 11h, le dimanche 27 mars à 11h et le dimanche 3 avril à 18h30.

Célébration pénitentielle

La célébration pénitentielle avec absolution individuelle se
déroulera le vendredi 1er avril de 17h à 21h.

Soirée sur le thème de la vie

Les jeunes de l’aumônerie organiseront une soirée sur le
thème de la vie le vendredi 25 mars au soir.

Groupes de Carême 

Des groupes de prière et de réflexion se réuniront autour
du livret du CCFD « Nous habitons tous la même maison ». Temps de lancement le dimanche 13 mars de 15h à 16h30 dans la chapelle Sainte Thérèse et temps de clôture le dimanche 3 avril à 12h au même endroit

Rameaux

Messe le samedi à 18:30 et le dimanche à 9:30, 11:00 et 18:30 précédées par la bénédiction des rameaux sur le parvis

Jeudi Saint (14 avril)

8:30 – office des ténèbres

15:00 – confession

16:30 – messe avec les élèves de l’école Sainte Geneviève

20:30 – Messe en mémoire de la sainte Cène

Vendredi Saint (15 avril)

8:30 – office des ténèbres

15:00 – Chemin de croix

16:00 – Confession

20:30 – Célébration de la passion

Samedi Saint (16 avril)

8:30 – office des ténèbres

21:00 – Vigile pascale et baptême de 6 catéchumènes

Pâques (17 avril)

Messes à 9:30 et 11:00

Homélie du 13 février 2022   6ème dimanche   Année C

Jr 17,5-8     Ps 1     1 Co 15, 12+16-20     Lc 6, 17+20-26

Par le pere Jean Paul Cazes 

Dans quelques minutes, après le « Je crois en Dieu », une douzaine d’entre nous vont recevoir, au milieu de nous, le sacrement des malades. Dès maintenant, je vous demande de prier pour eux. Certains d’entre eux ont un peu peur d’être mis ainsi en évidence ; ce n’est pas facile. Mais ils passent au-delà de leur crainte légitime et comptent sur votre prière, ils comptent sur votre intercession. En recevant ce beau sacrement si méconnu au milieu de nous tous, ils retrouvent ce que Jésus lui-même disait et que st Marc nous a gardé : « (Ceux qui auront cru) imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. »(Mc 16,18) Et dans son épître, st Jacques écrit : « L’un de vous est-il malade ? Qu’il fasse appeler les anciens de l’Eglise et qu’ils prient après avoir fait sur lui une onction d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient ; le Seigneur le relèvera et, s’il a des péchés à son actif, il lui sera pardonné. » (Jc 5, 14-15) L’imposition des mains et l’onction de l’huile des malades : ces deux gestes venus tout droit de Jésus et de son Apôtre, vous les verrez dans quelques instants.

Pour préparer leur cœur, nos amis ont participé à une courte retraite au cours de laquelle ils ont exprimé quelques-unes des questions qu’ils se posent au sujet du sacrement des malades.

Qu’est-ce que le sacrement des malades ? Comme les six autres sacrements, c’est un signe sensible et efficace de grâce. Son efficacité ne vient pas du prêtre qui le transmet, mais de la mort et de la résurrection du Christ dont st Paul parle si bien dans la seconde lecture d’aujourd’hui. Vous savez qu’il y a trois sacrements fondamentaux : le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Deux autres construisent l’Eglise : le mariage et le sacrement de l’ordre. Et les deux autres, on peut les appeler des sacrements de réparation : le pardon et le sacrement des malades.

Nos amis se sont demandé quelle est la différence entre sacrement des malades et dernier sacrement. La question est importante car il y a eu beaucoup de confusion à ce sujet. Le dernier sacrement n’est pas un huitième sacrement : c’est l’Eucharistie donnée à la personne qui va mourir. On l’appelle « viatique », du mot « via », le chemin en latin. C’est l’eucharistie reçue pour permettre à la personne de parcourir ce mystérieux chemin qui mène de ce monde au Père. Quant au sacrement des malades, il est offert aux malades ; et il est offert pour leur guérison, pour leur redonner des forces et, surtout, pour lier leur faiblesse à la Passion de Jésus. Il m’est arrivé d’en parler aux enfants du catéchisme car les enfants peuvent être atteints d’une grave maladie ou subir une opération. Ce sacrement est pour eux comme pour l’adulte qui sent ses forces le quitter soit à cause d’une maladie, soit à cause de la vieillesse. Et comme pour l’Eucharistie ou le pardon, le sacrement des malades peut être reçu plusieurs fois.

Nos douze amis seront-ils physiquement guéris ? Je le souhaite, mais je n’en sais rien. Seul Dieu le sait. Mais ce que je sais, par expérience, c’est que, tels qu’ils sont, avec leur maladie et leur faiblesse, ils vont être liés au Christ souffrant et vainqueur de toute mort. Le Christ éprouve envers chacun de nous un tel respect qu’il accueille ceux qui souffrent comme des frères et des sœurs, et non comme des êtres diminués. Bien sûr il faut lutter contre la maladie, mais si les forces d’un malade sont diminuées, sa personne n’est diminuée en rien. L’actuel scandale de certaines maisons de retraite est là pour nous le redire : les personnes dont les forces déclinent sont des personnes à part entière et doivent être respectées comme telles. Le Christ nous le redit dans ce sacrement qui est sacrement de miséricorde et de respect.

Au cours de la retraite, nos amis ont posé d’autres questions que je n’ai pas le temps d’aborder maintenant. Mais ils ont souligné avec beaucoup de force que leur démarche est une démarche de foi et qu’ils croient en la présence active du Christ, présence de miséricorde manifestée par les gestes très simples de l’imposition des mains et de l’huile sur leur front et sur leurs mains. Leur humble démarche, au milieu de nous, va être un autre signe visible de la force de la Résurrection de Jésus.

 

Dans notre évangile, entre la mention de la multitude de gens venus de partout, et le début des Béatitudes, trois versets ont été omis. J’ignore pourquoi. Mais en ce jour où l’on prie spécialement pour les malades, en ce jour où nous allons vivre ce beau sacrement des malades, je désire terminer mon homélie en vous citant ces trois versets. Tous ces gens de Judée, de Jérusalem, de Tyr et de Sidon « étaient venus pour entendre (Jésus) et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient affligés d’esprits impurs étaient guéris ; et toute cette foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous. »

 

Homélie du 6 février 2022   5ème dimanche    Année C

Is 6,1-2a+3-8     Ps 137     1 Co 15,1-11     Lc 5,1-11

 

Imaginez Jésus sur le bord du lac de Tibériade. Il fait beau, le soleil est doux, et une grande foule est rassemblée sur l’herbe. Alors, pour lui parler, Jésus monte dans une des barques dont les pêcheurs lavent les filets. « Il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules ».   Mais quel est son enseignement ? J’aurais bien aimé le connaître.

Ce n’est pas la seule fois où les évangiles nous laissent sur notre faim. Rappelez-vous les disciples d’Emmaüs :  deux hommes fuyaient Jérusalem après avoir perdu toute espérance. Jésus les rejoint et « il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. » Mais, quelles explications leur a-t-il données ? Pas plus que pour notre passage d’aujourd’hui, Luc n’a pris de notes sur le vif pour nous transmettre l’enseignement donné à Cléophas et à son compagnon. Comment comprendre ce silence ?

Bien sûr, les Evangiles nous livrent ailleurs l’enseignement de Jésus mais tout ne nous est pas parvenu. Au dire de St Jean lui-même, « Jésus a opéré sous les yeux des disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. » (Jn 20,30) Comment comprendre ce silence ?

D’abord, il faut affirmer tout de suite que tout ce qui se trouve dans les évangiles, en particulier, et dans le Nouveau Testament, en général, est nécessaire à notre salut. A ce point de vue, rien ne nous manque. Tout ce qu’il nous faut pour aller vers Dieu grâce au Christ et à son Esprit est à notre portée.  

Ensuite, il y a des aspects de la vie de Jésus qui ne nous regardent pas. Toute son enfance, toute sa jeunesse et son adolescence nous sont inconnues. Ces périodes sont vécues dans l’intimité de la Sainte Famille et, surtout, dans l’intimité de Jésus et de son Père.

Enfin, et surtout, ce silence sur l’enseignement de Jésus nous dit de façon claire que si notre foi se nourrit de ce que Jésus a dit, elle repose non pas sur l’enseignement mais sur la personne de Jésus. Le christianisme n’est pas une secte où il faudrait que tous les membres fassent la même chose que leur fondateur, pensent la même chose que leur fondateur, agissent de la même manière que leur fondateur. Jésus nous donne son Esprit pour que nous puissionstémoigner de lui, non pas d’une exactitude doctrinale.

Que se passe-t-il au moment où Jésus choisit Pierre ? Le Christ ne s’inquiète pas du savoir doctrinal de son disciple ni de son exactitude théologique : il l’envoie dans le monde pour pécher les hommes, c’est à dire pour les rassembler autour du Christ. Jésus procède de la même manière que Dieu envers le prophète Isaïe qui est envoyé témoigner d’une rencontre. Dans le livre du cardinal de Kessel que je suis en train de lire avec plusieurs d’entre vous, l’archevêque de Bruxelles écrit : « … la foi n’est pas … l’acceptation d’une doctrine ou d’une idée, mais une rencontre personnelle avec Dieu. »(Joseph de Kessel, Foi et Religion dans une société moderne, éd. Salvator 2021, page 48)

Là est le génie de Paul qui a compris cela. Il rappelle aux chrétiens de Corinthe qu’il leur a transmis la Bonne Nouvelle ; il y a eu de sa part une transmission. Il écrit : « Avant tout, je vous ai transmis ceci que j’ai moi-même reçu … » Il y a donc là une transmission, au sens propre, une tradition, c’est-à-dire quelque chose nécessaire pour le salut : c’est par l’Evangile « que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé. » Or, quelle est cette tradition que Paul a reçue, et qu’il annonce à son tour aux Corinthiens ?  Est-ce un enseignement doctrinal ? Non, c’est le condensé de la vie de Jésus, tel que nous le professons dans notre « Je crois en Dieu. » Notre foi ne repose pas sur un système, mais sur la vie, la mort et la résurrection d’une personne. Notre foi n’est pas l’adhésion à un système, mais la rencontre cœur à cœur du Ressuscité. D’où l’importance de la prière personnelle et de la prière communautaire. Le meilleur théologien n’est pas celui qui écrit des livres, mais celui qui prie. Je précise tout de suite que la doctrine et les dogmes ont leur place nécessaire dans une foi réfléchie, mais c’est une place en retrait, et comme en conséquence, par rapport à notre adhésion à la personne de Jésus.

 

Dans moins d’un mois, le 2 mars, nous vivrons le mercredi des Cendres. Que l’Esprit nous donne de vivre ce nouveau Carême comme un temps de cœur à cœur renouvelé avec Celui qui est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, qui fut mis au tombeau, qui est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures, est qui est apparu à Pierre, aux Douze, à 500 frères à la fois, puis à Paul.

Bref, écrit Paul, qu’il s’agisse de moi ou des autres – et les autres, c’est nous ! – voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez.

Homélie du 23 janvier 2022   3ème dimanche    Année C

Nh 8,2-4a+5-6+8-10     Ps 18B     1 Co 12,12-30     Lc 1,1-4 ;4,14-21

Notre dimanche, comme chaque dimanche, est d’abord, et fondamentalement, un jour de célébration du Christ mort et ressuscité. Chaque dimanche est jour de Pâques, puisque Pâques est le pivot de notre foi. Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vide (voir 1 Co 15,14) comme l’écrit St Paul aux chrétiens de Corinthe dans la même lettre dont un extrait nous est donné aujourd’hui dans la seconde lecture.

Mais cette réalité fondamentale est colorée par deux autres réalités : la semaine de prière universelle pour l’Unité des Chrétiens, et le dimanche de la Parole. L’édito de la feuille paroissiale aborde, très succinctement, la prière pour l’Unité des chrétiens, sujet qui me tient à cœur et qu’il serait vraiment nécessaire d’aborder plus longuement. Quant au dimanche de la Parole, c’est un thème que le St Père a demandé depuis quelques années d’évoquer ; il est en lien, bien sûr, avec l’unité des chrétiens. Pour nous, chrétiens, que nous soyons catholiques, protestants, orthodoxes, la Parole désigne non pas un Livre, si vénérable soit-il, mais le Christ lui-même, qui est la Parole de Dieu faite chair ; à telle enseigne que lorsqu’à la fin de l’évangile, le prêtre dit « Acclamons la Parole de Dieu », l’assemblée ne répond pas « Louange à toi, Livre saint », mais « Louange à toi Seigneur Jésus ! ». C’est là que nos amis musulmans nous connaissent mal lorsqu’ils nous désignent comme une religion du Livre. Nous ne sommes pas une religion du Livre : nous sommes la religion de Jésus-Christ. Notre évangile le dit très clairement : Jésus, ayant lu un passage du prophète Isaïe qui proclame : « L’Esprit du Seigneur est sur moi … » conclut : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture … » En effet, l’Esprit du Seigneur est sur Jésus ; depuis son baptême que nous avons célébré il y a quinze jours, nous avons entendu : « L’Esprit Saint…comme une colombe, descendit sur Jésus … »

Jeudi dernier, auprès de parents venus pour préparer le baptême de leur enfant, j’ai insisté sur ce qu’est notre foi chrétienne. Notre foi n’est pas d’abord une morale, même si une morale est évidemment nécessaire. Notre religion n’est pas fondée sur les dogmes, même si les dogmes sont indispensables pour nous aider à comprendre la foi. Notre religion n’est pas une religion du Livre, même si la Bible est incontournable. Notre religion est relation avec une personne vivante : Jésus, fils du Père, revêtu d’Esprit.

Si donc, suivant le souhait du Pape, ce dimanche de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens est le dimanche de la Parole, c’est pour attirer notre attention sur le fait que la Bible est, avec les sacrements et la vie de charité, le meilleur moyen de connaître et d’aimer le Christ, mort et ressuscité pour tous les hommes.

Cette réalité d’une Parole vivante, d’une Parole qui prend chair, est un héritage du peuple d’Israël. La première lecture en est un témoignage. Le livre de Néhémie, très peu lu au cours de nos messes dominicales, évoque le retour des juifs à Jérusalem après un exil denviron 70 ans à Babylone. Ces juifs libérés de Babylone, comme leurs ancêtres libérés d’Egypte, retrouvent un pays et une ville en ruines. Ils n’ont plus rien, mais ils acceptent de s’appuyer sur leur foi en la Parole de Dieu ; à partir d’elle, ils vont peu à peu reconstruire leur pays, leur nation et le culte rendu à Dieu.

Soyons attentifs à la dernière phrase de notre lecture, une phrase extraordinaire. Le prêtre Esdras, s’adressant à l’assemblée des rescapés de Babylone, après leur avoir lu la Loi, leur dit : « Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » Imaginez la situation. Ces juifs, hommesfemmes, enfants, sont revenus dans une ville en ruines. Le Temple est détruit. Le siège de la Royauté héritée de David n’existe plus. Même les remparts sont détruits. Les juifs qui sont rassemblés sur la place de la Porte des Eaux ne sont plus qu’une poignée ; et, sans rempart, ils sont à la merci de leurs adversaires qui, dans les mois qui viennent, vont les harceler. Et voilà qu’Esdras a le cran, le courage, le panache de leur dire : « La joie du Seigneur est votre rempart. » Je me suis demandé, en lisant ce passage, si j’aurais eu le courage de vous dire, au milieu de nos difficultés de santé, face aux incertitudes politiques qui s’approchent : « Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre protection. » Naïveté ? Légèreté ? Inconséquence ?

Et pourtant, c’est Esdras qui a raison : l’histoire a montré que la foi de ces rescapés a porté du fruit. Nous, l’Eglise du Christ, sommes le fruit de la foi de ces hommes et de ces femmes qui ont cru dans le Seigneur alors qu’humainement parlant ils avaient tout perdu. Tout, sauf leur foi en une Parole vivante et efficace.

Jésus lit le prophète Isaïe :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres… »

A la fin de sa lecture, Jésus referme le livre.

Ce qui est ouvert maintenant, ce n’est plus le livre ; c’est Lui, Jésus, qui accomplit ce que le Livre annonçait.

Jésus, Parole vivante de Dieu, est définitivement ouvert pour notre salut, lui qui est notre joie et notre vrai rempart, lui qui est mort et ressuscité pour tous les hommes.

Le deuxième niveau du label « Église verte » a été attribué a notre paroisse

Le deuxième niveau du label « Église verte » a été attribué à notre paroisse le 10 décembre dernier !

Un état des lieux de notre paroisse a été établi puis renseigné en ligne sur le site « Eglise Verte » sur la base d’entretiens menés avec différents responsables impliqués dans les 5 thèmes suivants : Célébrations et Catéchèse, Bâtiments, Terrains, Engagement local et global (évènements et actions communautaires organisés par la paroisse) et Modes de vie .

Un plan d’actions a été défini pour 2022, validé en EAP le 8 décembre dernier. Parmi quelques propositions, on peut citer la réalisation d’un bilan énergétique des bâtiments qu’établira l’Agence Locale Energie Climat, le projet d’un jardin partagé sur un terrain appartenant à la maison paroissiale (impliquant les jeunes de l’aumônerie, les scouts, le caté..), des propositions de parcours autour de l’encyclique Laudato Si’ (pour les groupes de fraternité, pendant le temps du Carême), une participation de la paroisse aux propositions « vertes » de la ville.

La paroisse organise aussi un atelier « Fresque du climat » le dimanche 13 février de 14h30 à 17h30 dans la salle paroissiale. Ce sera l’occasion, grâce à des animateurs professionnels, d’être sensibilisés à la situation préoccupante de la planète.

La démarche est ouverte à tous les paroissiens : rejoignez-nous !

Véronique Lépagnol et Laurence Rosenzweig

Homelie du 16 janvier 2022   2ème dimanche  Année C

Is 62,1-5     Ps 95     1Co 12,4-11     Jn 2,1-11

Ce premier dimanche aux couleurs de l’espérance, nous offre la troisième manifestation de la personnalité de Jésus. Vous savez que le mot « manifestation » traduit le mot grec épiphanie. Lors de l’Epiphanie des Mages, Jésus est manifesté comme Dieu pour toutes les nations. Lors de son Baptême, que nous avons célébré dimanche dernier, Jésus est manifesté comme le Fils bien-aimé du Père, le Fils sur lequel repose l’Esprit Saint.

Aujourd’hui, au tout début de sa vie publique, « il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui » : c’est la conclusion magnifique de notre passage.

Trois manifestations : il y en a bien d’autres, ne seraient-ce que tous les miracles de Jésus, sa Transfiguration et, surtout, sa Passion et sa Résurrection. Toute sa vie humaine, depuis la naissance jusqu’à la Résurrection, est une manifestation de ce qu’il est en profondeur. Et c’est pourquoi, la question principale que se posent souvent les disciples et bien d’autres est celle-ci : « Qui est-il, celui-là ? »  

C’est dans cette optique-là qu’il est bon de lire attentivement ce passage appelé improprement « noces de Cana ». Certes, il y eut des noces à Cana ; la mère de Jésus était là, et Jésus avait été invité avec ses disciples. Mais, ce qui est central, ce ne sont pas les noces elles-mêmes ; ce qui est central, c’est ce que Jésus accepte de faire à la demande de sa mère. Nous devrions nommer ce passage : « Le premier signe de Jésus », ce serait plus exact. Je suis toujours un peu ennuyé lorsque des fiancés choisissent ce passage pour leur mariage.  Les noces sont au second plan, à tel point que la mariée n’est même pas évoquée. Pourquoi ? Ce ne peut être par mépris de Jésus.

Il est toujours intéressant de relever, dans les évangiles, les personnages dont on ne connaît pas le nom. C’est le cas, par exemple, des disciples d’Emmaüs : on connaît le nom du premier – Cléophas – mais on ignore le nom du second. C’est la possibilité, quand on lit et médite ce passage, de s’identifier à celui qui n’a pas de nom : celui-là peut me représenter.

Ici, pas de mariée, du moins pas dans le texte, car on suppose à juste titre qu’elle est présente. Mais si elle n’est pas nommée, qui peut-elle être ? Si Jésus est venu à ce mariage, est-ce pour sanctifier tous les mariages ? C’est possible, mais, cependant, ce n’est pas à cette occasion qu’il parle du mariage. Vous connaissez certainement par cœur les mots de Jésus sur le mariage, tant ils sont cités dans beaucoup de célébrations de mariage : « Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »On trouve cette phrase au chapitre 19 de St Matthieu, et au chapitre 10 de St Marc.

Non, Jésus ne parle pas de la valeur du mariage durant les noces de Cana ; et pourtant, ce n’est pas un hasard si, pour la première fois, il manifeste sa gloire dans le contexte d’un mariage. Il ne bénit pas une union : il change l’eau en vin. Son premier signe est un signe eucharistique. Et l’union dont il est question va bien au-delà de l’union de ces deux jeunes gens. C’est l’union que le prophète Isaïe a chanté et qui nous est donnée dans la première lecture. Du peuple d’Israël, il est dit : « …le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « L’Epousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. »

Si Dieu est l’Epoux d’Israël, combien plus, à travers Jésus est-il le véritable époux de l’Eglise en attendant de le devenir de l’humanité entière. Oui, notre passage parle bien de noces, mais des noces entre Jésus et son Eglise.Jean-Baptiste, qui nous a accompagnés durant le temps de l’Avent, évoque Jésus comme un Epoux quand il dit : « Je ne suis pas le Christ … Celui qui a l’épouse – c’est-à-dire l’Eglise – est l’époux. » (Jn 3,29)

Si le Christ est vraiment l’Epoux, l’eucharistie au cours de laquelle il nous offre son corps et son sang comme un époux s’offre à son épouse – l’eucharistie est semblable à un mariage au cours duquel il s’offre à l’Eglise entière, et à chacun de nous. Nous sommes si habitués aux mots que nous n’y prêtons pas suffisamment attention : dans le mot communion, il y a le mot union, un mot que nous utilisons pour parler d’un mariage.

Au cours de la messe, se réalise entre le Ressuscité et son Eglise entière, ainsi qu’entre lui et chacun de nous, une véritable union. Lorsque nous communions, ce n’est pas seulement notre devoir dominical que nous accomplissons : c’est un « Oui » que nous donnons à celui qui nous aime, comme lors d’un mariage. En réponse, notre Epoux nous aime jusqu’à faire de chacun de nous, et de nous tous ensemble, « une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu. » Voilà ce qu’est l’Eglise pour le Christ ; voilà ce que chacun des membres de l’Eglise est pour le Christ. Voilà notre dignité.

Chaque messe a la valeur et la dignité d’un mariage.

Que l’Esprit Saint, dont Paul parle si bien aux chrétiens de Corinthe, que l’Esprit Saint augmente et fortifie en nous, comme dans toute son Eglise, la grâce de la fidélité au Christ. Et la dernière oraison de cette messe me fera dire tout à l’heure : « Répands en nous, Seigneur, ton esprit de charité, afin d’unir dans un même amour ceux que tu as nourris du même pain du ciel. »

Homélie du 2 janvier 2022   EPIPHANIE

Is 60, 1-6     Ps 71     Eph 3,2-3a+5-6     Mt 2,1-12

 

Toute l’Ecriture est faite pour affermir et nourrir notre foi. Quelle est la nourriture que les textes d’aujourd’hui – l’évangile en particulier – quelle est la nourriture que nous donne l’Epiphanie ?

Au-delà du folklore toujours sympathique, l’Epiphanie va-t-elle nous aider à grandir dans la foi ?

L’évangile que je viens de vous lire est le seul passage des quatre évangiles qui nous parle de la visite des mages. Il y a beaucoup d’éléments de folklore que ne dit pas ce passage. Il ne dit pas que les mages sont rois, il ne dit pas leur nombre, il ne dit pas comment ils se nomment. Il ne dit pas non plus que les mages sont venus à la crèche, tout de suite après les bergers ; par contre, il dit que les mages sont entrés dans une maison, et non pas dans une grotte. Il dit aussi que Jésus avait peut-être deux ans : en tous cas, c’est l’indication que les mages ont donné à Hérode qui en a profité pour faire massacrer les enfants de cet âge-là, ceux que nous fêtons sous le nom des saints Innocents.

Certains d’entre vous vont penser que j’ôte tout le merveilleux de la fête de l’Epiphanie. Si vous voulez que les mages soient trois, qu’ils soient rois, qu’ils se nomment Gaspard, Melchior et Balthazar, libre à vous. Mais le merveilleux de l’Epiphanie n’est pas là. Car il y a bien un merveilleux de cette fête ; alors, où est-il ? quel est le merveilleux de l’Epiphanie ? Et j’en reviens à ma question initiale : en quoi l’Epiphanie peut-elle nourrir notre foi, en quoi peut-elle nous aider à mieux croire tout au long de cette nouvelle année ?

Le merveilleux de l’Epiphanie, c’est que des païens, des non-juifs, viennent adorer le Dieu manifesté chez les juifs. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans les premiers siècles de l’Eglise, la fête de l’Epiphanie était célébrée avec plus de faste que celle de la Nativité. N’oublions pas que grâce, en particulier, au travail de St Paul, de nombreux peuples non-juifs ont adhéré à la foi chrétienne. Ces peuples non-juifs se reconnaissaient dans les mages venus d’Orient. Des mages non-juifs manifestent notre foi au tout début de la vie de Jésus ; cela rejoint le moment où devant Jésus qui vient d’expirer, le centurion romain non-juif affirme : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu. » (Mt 27,54)

Le merveilleux de l’Epiphanie est que ces mages ont cherché Jésus sans se décourager durant de longs mois. Encore une fois, ils ne sont pas arrivés à la crèche tout de suite après les bergers ; notre texte le laisse entendre puisqu’ils entrent dans une maison, et qu’ils indiquent à Hérode que Jésus a peut-être deux ans. Depuis quand étaient-ils partis de chez eux ? Depuis quand avaient-ils tout quitté dans cette recherche difficile et improbable d’un Dieu qui n’est pas encore le leur ? Combien de difficultés et de pièges ont-ils donc surmontés pour parvenir jusqu’à Jésus ? C’est dans la nuit qu’ils ont voyagé puisqu’ils étaient guidés par une étoile, nuit de la connaissance, nuit de la foi. Quelle était vraiment leur étoile sinon l’espérance de parvenir jusqu’à Jésus ? Au cours de l’année nouvelle, quelle sera notre étoile pour nous aider à mieux découvrir qui est Jésus ?

Le merveilleux de l’Epiphanie est de nous dire, à travers les cadeaux de mages, qui est Jésus. La question fondamentale des quatre évangiles est la question de la personnalité de Jésus : « Qui est-il celui-là ? » (Mt 8,27) Nous connaissons les réponses du catéchisme, ce sont de bonnes réponses. Mais est-ce que nous adhérons du fond du cœur à ces réponses ? L’or des mages dit que l’enfant Jésus est roi ; est-il NOTRE roi, le roi de nous-mêmes si vous me permettez cette faute de français ? L’encens des mages dit que l’enfant Jésus est Dieu, Dieu qui a pris chair de notre chair, vrai Dieu et vrai homme. Mais ce Dieu est-il vraiment MON Dieu ? La myrrhe des mages, cette myrrhe utilisée pour honorer les morts, dit que ce Roi et ce Dieu va se donner tout entier pour nous. Acceptons-nous d’être les disciples d’un Dieu crucifié ou d’un Dieu distributeur de cadeaux en tout genre ?

Le merveilleux de l’Epiphanie réside dans la manifestation de la vraie personnalité de Jésus grâce à des non-juifs ; comme l’écrit Paul aux chrétiens d’Ephèse : « Ce mystère – c’est à dire cette réalité de foi – c’est que toutes les nations sont associées au même héritagedans le Christ Jésus … » (Eph 3,6). Dimanche prochain, lors de son baptême, Jésus sera manifesté, par la voix du Père, comme son Fils bien-aimé. Et le 16 janvier, autre manifestation lors du mariage à Cana dont je vous cite le dernier verset : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit… Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » (Jn 2,11) Epiphanie veut dire en grec : manifestation.

Que la recherche des mages soit la nôtre tout au long de cette année et qu’elle aboutisse vraiment à Jésus : « Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’Enfant avec Marie sa mère ; et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. »

 

 

Homélie du 19 décembre 2021 4e dimanche de l’Avent

Par le père Jean Paul Cazes
 
Mi 5,1-4a Ps 79 Hbx 10,5-10 Lc 1,39-45
 
En ce qui concerne le corps humain, notre époque est complètement
désorientée. Jamais notre corps n’a été aussi soigné, adulé, idolâtré. Jamais,
non plus, il n’a été aussi méprisé, torturé, sali, dégradé, avili. Nous savons tous
ce qu’il en est dans l’éducation nationale, dans les milieux sportifs, artistiques,
sanitaires. Et même dans les familles. Nous le savons aussi dans l’Eglise, ou
quelques hommes consacrés au Seigneur ont profité de leur état pour abuser
des jeunes. Notre évêque nous en a dit deux mots dans sa dernière lettre où il a
voulu que soit montrée la statue de l’enfant qui pleure.
 
Pourtant, une des richesses de notre foi est le regard que Dieu porte sur
notre condition d’êtres humains ; une des richesses du christianisme est
l’incarnation, l’incarnation du Christ et la nôtre. Notre foi ne repose pas sur les
dogmes, elle repose sur un Dieu incarné. Les dogmes sont là pour essayer
d’éclairer la foi, ils sont précieux, mais ils ne sont pas les fondements de la foi
chrétienne. Le fondement de la foi chrétienne, c’est Jésus, « ls de Marie, Fils de
Dieu, mort et ressuscité. Pour parler de ce Dieu incarné, St Jean, dans sa
première lettre, utilise tous nos sens : l’oreille, les yeux, les mains ;
 
il dit :
«Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie …nous vous l’annonçons … » (1 Jn 1, 1-3)
 
Et quelques versets plus loin, il ajoute :
« … tout (homme) qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu. » (1 Jn 4, 2)
 
Ce serait une trop longue histoire, et trop complexe, pour dire ici pourquoi les chrétiens, qui sont héritiers d’une si belle réalité, ont laissé cette réalité s’amoindrir, se transformer, jusqu’à mépriser le corps, ce corps qui est créature de Dieu, ce corps dans lequel le Fils de Dieu lui-même est entré :
« En  entrant dans ce monde, le Christ dit (à son Père) : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande (comme pour le culte du Temple de Jérusalem), mais tu m’as formé un corps. » (Hbx 10,5)
 
Dans ce corps, le Fils de Dieu a connu la mort et la résurrection. Unis à lui par le baptême, nous sommes faits pour la résurrection. Notre corps n’est pas promis à la mort ; la mort est un fait biologique général, pas une promesse ; par contre, notre corps est promis à la résurrection par amour du Créateur et du Rédempteur. Notre corps, pour la foi chrétienne, est bien plus et bien autre chose qu’une simple enveloppe. A tel point que st Paul écrit aux chrétiens de Corinthe que notre corps est le temple du Saint Esprit (1Co 6,19).
 
Le Christ Jésus est venu sauver l’homme tout entier, pas seulement
son âme. Notre être tout entier est important pour notre Dieu ; sinon, je ne
comprendrais pas pourquoi le mariage est un sacrement.
 
Toutes ces réalités fantastiques qui nous touchent et, en même temps
nous dépassent, sont comme contenues dans la fraîcheur du visage de Marie.
 
« En ces jours-là, dit l’évangile, Marie se mit en route rapidement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. » Regardons-la cette toute jeune fille, cette lumineuse « gamine ».
 
Elle est toute pleine de joie, je l’imagine en train de danser, de courir. Elle ne tient plus en place. Pourquoi ?
Parce qu’elle vient de recevoir une nouvelle fabuleuse : elle, qui est toute petite ; elle qui habite un village de rien du tout, elle vient de recevoir la visite du Très-Haut ; elle vient de recevoir l’aboutissement de la promesse que son peuple tout entier attendait depuis des siècles ; elle vient de recevoir l’assurance que le Messie de Dieu allait prendre chair de sa chair.
Elle n’a pas reçu une nouvelle loi gravée dans la pierre ; elle n’a pas reçu un nouveau commandement à transmettre aux Grands Prêtres de Jérusalem ; elle n’a pas reçu la révélation d’un dogme.
Elle a reçu l’assurance de la présence en elle d’un petit enfant. Un être de chair va naître de sa chair.
Alors, elle court, elle ne peut garder cela pour elle, il faut qu’elle partage cette nouvelle avec quelqu’un qui peut la comprendre. C’est pourquoi elle se précipite vers sa cousine qui attend, elle aussi, un enfant. Et c’est la merveilleuse rencontre d’une vieille femme stérile et d‘une jeune femme vierge, toutes deux mères.
Si nous en avions le temps, il nous faudrait rester en silence pour admirer la Visitation, comme on admire une œuvre d’art. La Visitation : une des
œuvres d’art de Dieu. Deux femmes qui portent deux enfants, à l’entrée d’une humble maison, dans un paysage de montagne.
 
Et l’aînée dit à la cadette :
«Le fruit de tes entrailles est béni. »
 
Elle l’appelle :
« mère de mon Seigneur » ;
 
elle lui reconnaît la béatitude de la foi qui vient de permettre au Verbe de Dieu de s’incarner.
 
Et la cadette répond :
« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur. »
 
Et nous qui allons communier dans quelques instants, réjouissons-nous
de nous trouver dans une situation semblable à celle de Marie : nous allons
porter, dans notre corps, le corps ressuscité de notre Seigneur afin de
consolider son corps entier qu’est l’Eglise, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
 
«Désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il 
sera la paix ! » (Mi 5, 4a)

Homélie du 12 décembre 2021 3e dimanche de l’Avent

Evoquer la joie aujourd’hui, dans le contexte de la pandémie, du rapport de la CIASE, du départ de Mgr Aupetit … et dans le contexte de nos difficultés personnelles, est un défi et une nécessité.

Le 3ème dimanche de l’Avent et le 4ème du Carême sont des dimanches de joie. Les textes bibliques nous le disent abondamment. « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovation, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! », voilà pour la première lecture venant du prophète Sophonie. Le chant du psaume venant du prophète Isaïe affirme : « Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi le Saint d’Israël ». Quant à St Paul, il écrit aux chrétiens de la ville de Philippes : « Soyez toujours dans la joie ; je le redis : soyez dans la joie. »    

            Mais ce n’est pas parce que les textes bibliques parlent de joie qu’il est facile d’être joyeux. On n’est pas joyeux sur commande.

            Au milieu de toutes les difficultés générales et personnelles, la liturgie de ce dimanche nous lance un défi. Pouvons-nous être joyeux malgré ces difficultés ? Ou bien faut-il attendre que ces difficultés disparaissent pour pouvoir chercher la joie ? Ne faut-il pas se contenter d’un moment de gaité et de plaisir, sachant que, de toutes façons, le lendemain de Noël nous retrouverons nos problèmes ? Et qui pourrait reprocher à quelqu’un qui est « la tête sous l’eau », de se saouler de gaité, au sens propre comme au sens figuré, pour oublier, ne serait-ce qu’un moment, ses difficultés et ses peurs ? Même le gouvernement a compris cela en faisant tout son possible pour ne pas nous confiner encore une fois pour Noël et le 1er janvier.

            Etre gais pour oublier, faire la fête pour penser à autre chose.

            Mais le défi que nous lance ce dimanche est bien différent qu’un bon moment à passer. Quand le prophète Sophonie invite Jérusalem à pousser des cris de joie et à bondir d’allégresse, il est loin d’être naïf. L’époque durant laquelle il lance ses prophéties est au moins aussi troublée que la nôtre. La ville de Samarie sera prise et ruinée par les assyriens venant du nord; ce sera ensuite le tour de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ. Avant cela, venant du sud, les Egyptiens avaient fait une percée jusqu’en Mésopotamie en ravageant, au passage, les petits états comme Tyr, Damas et Israël.

            Quand Paul écrit aux Philippiens, leur recommandant d’être toujours dans la joie, il n’est pas plus naïf que Sophonie. Les savants discutent encore du moment de la rédaction de cette lettre. Soit Paul est à Ephèse, où il a subi deux fois la prison ; soit il est en captivité à Rome, vers la fin de sa vie. Qu’il soit prisonnier à Ephèse ou à Rome, sa détention n’est pas un événement heureux. Pourtant, il écrit : « Soyez dans la joie. » Il ajoute même : « Ne soyez inquiets de rien … ».

            Si ni Sophonie, ni Paul, ne sont des naïfs, d’où vient en eux cette joie qu’ils nous souhaitent et nous demandent de vivre ? Ils ne gomment pas leurs problèmes, ils ne les mettent pas de côté, ils ne s’étourdissent pas pour les oublier ne serait-ce qu’un instant. Comment dire à quelqu’un d’être joyeux sans prendre en compte ses difficultés ? Dire à quelqu’un : « Danse, ris, sois joyeux, oublie tes problèmes de santé, oublie tes ennuis de travail, oublie ton deuil … » ce serait ne pas le respecter. La gaité efface, pour un temps, la réalité de la vie ; la joie tient compte des difficultés en les dépassant.

            La joie va jusqu’aux racines des choses, aux racines de la vie, aux racines de la foi. Que dit Sophonie ? « Ne crains pas, Sion …Le Seigneur ton Dieu est en toi… » Que dit Paul ? « Le Seigneur est proche. »

            Pour quelles raisons voulons-nous fêter Noël ? Pour nous retrouver en famille ? Pour partager un bon repas ? Pour échanger des cadeaux ? Et pourquoi pas ? Tout cela est bon, et je vous souhaite vraiment de pouvoir le faire. Mais ce n’est que la surface des choses. Si Noël n’est pour nous que le 25 décembre, quel message, quelle espérance, quelle joie offrons-nous au monde ?

            Car là est notre mission : vivre, au milieu de nos problèmes, la joie de la foi en un Dieu qui ne cesse de s’approcher des hommes de tous les temps ; notre mission est d’annoncer, malgré nos difficultés, un Dieu qui est en nous, chez nous, pour nous. Les foules, les pharisiens, les soldats demandaient à Jean-Baptiste : « Que devons-nous faire ? » Je pense qu’il répondrait aujourd’hui : malgré votre fragilité, et au cœur même de votre fragilité, vous avez à témoigner de la joie, la joie de croire en un Dieu qui ne cesse de s’approcher, à tel point qu’il se fait l’un de nous. Là est le socle de notre joie. C’est un défi, mais c’est aussi une nécessité quand on voit la tristesse désabusée de notre monde. Un des aspects du message de Noël, c’est la joie ; elle est en nous. Accepterons-nous de la diffuser autour de nous ?

Que l’Esprit Saint nous en donne la force !