Homélie du 10 octobre 2021

  10 octobre 2021 28ème
dimanche ordinaire Année B
Sg 7,7-11 Ps 89 Hbx 4,12-13 Mc 10,17-30
Nous venons à l’église, le samedi ou le dimanche, non pas pour nous
évader de la vie quotidienne, mais pour entendre autre chose que ce que nous entendons à la radio ou lisons dans les journaux. Et la Parole de Dieu qui nous est donnée, ainsi que le sacrement de l’Eucharistie nous sont une force précieuse pour retourner dans notre vie quotidienne. Pourtant, il y a des événements qui ne peuvent être passés sous silence : la remise du rapport Sauvé en est un.
Je ne vais pas vous en parler, car je n’ai pas lu les quelques deux mille
pages du rapport. Vos prêtres et l’Equipe d’animation pastorale sont en train d’essayer de monter une soirée au cours de laquelle un des membres de la Commission Sauvé viendrait nous présenter son travail de façon condensée.
Je ne vais pas vous parler du rapport, mais vous indiquer deux ou trois
points utiles en ce temps particulièrement délicat.
D’abord, la prière. La prière personnelle comme la prière
communautaire. Il y a beaucoup de petites équipes dans notre paroisse,
beaucoup de fraternités, de maisonnées : que la prière d’intercession pour les victimes, pour l’Eglise en général, et aussi pour les criminels, fasse partie de la vie de ces équipes. Je vous cite une pensée d’un religieux orthodoxe, le père Silouane, qui disait : «Tiens ton âme en enfer, sans perdre l’espérance.» C’est-
à-dire : ne ferme pas les yeux devant le mal, mais crois que l’amour de Dieu est vainqueur du mal.
Ensuite, les réformes nécessaires de l’Eglise. Peut-être allez-vous dire
que ces réformes ne sont pas de notre ressort mais du ressort du Pape et de
nos évêques. Eh bien figurez-vous que le Pape lui-même nous demande notre avis. A partir de ce mois d’octobre, il lance une vaste consultation dans tous les
diocèses du monde. Il appelle cela une démarche synodale ; ce mot de
« synodale » vient de « sun », qui veut dire ensemble, et de « odos » qui veut dire chemin. Le Pape souhaite que l’Eglise devienne un « chemin ensemble », et non un troupeau résigné qui ne fait qu’attendre et subir des ordres venant d’en haut. Le document préparatoire à la consultation dit ceci : «La capacité
d’imaginer un futur différent pour l’Eglise et ses institutions…dépend pour une large part…des processus d’écoute, de dialogue et de discernement communautaire, auxquels tous et chacun peuvent participer et contribuer.»
Comment ne pas faire le rapprochement avec notre première lecture qui dit :
«J’ai prié, et le discernement m’a été donné.» ? J’espère que, sous peu, notre évêque nous indiquera les moyens de répondre concrètement au souhait du Pape. Et il serait de notre part étonnant de ne pas participer même humblement, à ce besoin de réforme des structures de l’Eglise au moment même où le rapport Sauvé le souhaite.
Je souhaite évoquer une fausse-piste de réforme que j’ai entendu je ne
sais combien de fois depuis quelques jours dans la bouche de parlementaires autant que de journalistes : le mariage des prêtres. Cette question se pose, je la crois légitime. Mais elle n’est pas adaptée comme réponse à la situation que
le rapport Sauvé place sous nos yeux. On ne se marie pas pour échapper à des pulsions sexuelles ; on se marie par amour, du moins c’est ce que j’espère.
Marier les prêtres uniquement pour éviter qu’ils ne deviennent pédophiles est un mépris envers l’épouse. Et si l’état de mariage empêchait vraiment les crimes de pédophilie, on se demanderait pourquoi il y en a tant au sein même
des familles. Encore une fois, même si le mariage des prêtres est un vrai sujet, je ne pense pas qu’il soit une réponse adaptée à la gravité de la situation.
On ne peut sortir que par le haut d’une situation aussi grave. La phrase
du général de Gaulle gravée sur une stèle place Charras évoque bien ce que
nous avons à entreprendre. Il dit : «Face aux grand périls, le salut n’est que dans la grandeur.» Il disait cela de la guerre ; j’applique sa phrase au péril où se trouve notre Eglise. Une des solutions de fond sera de retrouver la pensée
de la Bible en général, de l’évangile en particulier, en ce qui concerne la
noblesse du corps. Quand je parle du corps, je parle d’une réalité plus vaste
que la sexualité. Notre religion est une religion d’incarnation. Comme le
proclame un théologien contemporain (Adolphe Gesché), le corps est le chemin
de Dieu vers l’homme, et chemin de l’homme vers Dieu. Il faut prendre au
sérieux notre condition corporelle qui est un vrai chemin spirituel ; le spirituel ne s’oppose pas au corporel. Le Fils de Dieu lui-même a pris corps dans le corps de la Vierge Marie. En mettant de côté notre corps dans notre cheminement spirituel, nous avons favorisé l’émergence de la seule sexualité et de ses déviations.
La prière, la réforme des structures – en écartant les fausses réponses -,
la redécouverte d’une véritable spiritualité chrétienne du corps, voilà des pistes qui nous permettront de sortir des périls dans la grandeur, en tenant notre âme en enfer sans perdre l’espérance.

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