Homélie du 14 avril 2024   3ème dimanche de Pâques   Année B

par le père Jean Paul Cazes


Actes 3,13-15+17-19   Psaume 4   1 Jean 2,1-5a   Luc 24,35-48

 

Ah, que nous aimerions voir apparaître Jésus au milieu de nous, comme il est apparu non seulement aux deux disciples dEmmaüs, mais aussi aux Onze et à leurs compagnons. Mais nous aurions probablement les mêmes réactions qu’eux. Ils étaient saisis de frayeur et de crainte, ils étaient bouleversés, ils pensaient voir un fantôme, ils étaient joyeux mais n’osaient pas encore croire à ce qu’ils constataient,leur esprit était fermé. Quelle accumulation d’incroyance ! Aurions-nous d’autres réactions qu’eux ? Ils doutent. Alors, Jésus leur donne plusieurs portes d’entrée pour accueillir la foi en sa résurrection.

Il leur envoie sa paix, car, comme nous, ils en ont fondamentalement besoin.

Il se montre et il se laisse toucher : il utilise leurs sens pour se montrer à eux, il n’a pas honte de son corps ni du leur. Et même, il mange avec eux.

Ils les enseigne en utilisant l’Ecriture sainte.

Ainsi, trois chemins principaux pour communier à la résurrection du Christ : la paix, le repas, l’Ecriture.

La paix : nous la souhaitons en Ukraine, en Terre sainte et dans tous les lieux actuels de conflit. Mais la paix dont il s’agit est bien autre chose que le silence des armes. D’abord, c’est Jésus lui-même qui est la Paix, comme il est la Vie, la Vérité et le Chemin. Ensuite, la paix est en même temps un don divin et une mission humaine. Un don divin : c’est un des dons de l’Esprit Saint, une réalité qui nous est offerte, qui ne vient pas de nous ; c’est une grâce. Mais en même temps c’est une mission : « Bienheureux les artisans de paix » dit Jésus (Mt 5, 9). La paix du Seigneur fait partie de ces réalités qu’on obtient si on veut accepter d’abord de les donner. En ce sens, la paix est semblable à l’amour. C’est en marchant qu’on apprend à marcher.

Le repas : je suis toujours admiratif devant la pédagogie du Seigneur. Lui qui n’est pas un fantôme, il sait qu’il s’adresse à des gens qui ne le sont pas plus que lui. Il n’a pas honte d’utiliser d’humbles réalités matérielles pour nous toucher : l’eau, l’huile, le pain, le vin. Il sait parler de vent, de pluie, de nuages, d’oiseaux ; il sait que nous avons un corps, et que ce corps est, pour chacun de nous, le chemin de la connaissance. Au Moyen-Age, St Thomas d’Aquin disait : tout ce qui est dans notre intelligence est d’abord passé par nos sens. Jésus, qui n’avait pas lu St Thomas, savait bien que son enseignement ne serait assimilé que s’il passait par ce chemin corporel. Voilà pourquoi il se donne à manger.

Et puis, l’Ecriture. L’amour de l’Ecriture. La faim de l’Ecriture. Ignorer l’Ecriture, c’est ignorer le Christ, disait St Jérôme au Vème siècle. L’an dernier, grâce au père Yvan, nous avons lu l’évangile selon st Matthieu. Pourquoi ne pas lire cette année celui de st Marc par vous-mêmes ? C’est le plus court des quatre évangiles et le plus vivant. Permettez-moi de lever une difficulté. Certains n’osent pas lire la Bible parce qu’ils n’ont pas reçu de formation. Certes, la Bible en général, les évangiles en particulier, sont l’objet de nombreuses études savantes, et c’est heureux. Mais l’Ecriture, et le Nouveau Testament en particulier, est-elle réservée uniquement à ceux qui connaissent le grec, l’hébreu et le latin ? Non, bien sûr. La Parole de Dieu n’est réservée à personne, elle est ouverte à tous. Chacun peut – et doit – la lire pour en retirer des richesses pour sa vie. Je vais vous donner un petit exemple. Hier, l’évangile du jour donnait quelques versets du chapitre 6 de st Jean : les disciples sont dans la barque, la tempête souffle, Jésus vient à eux en marchant sur les eaux, ils ont peur mais Jésus les rassure. De tout cela, j’ai gardé une seule phrase : « Les disciples voulaient le prendre dans la barque. »Cette phrase m’a accompagné toute la journée ; je l’ai fait tourner dans ma tête ; et je me suis demandé plusieurs fois si je voulais vraiment prendre Jésus dans la barque de ma journée. Voyez, ce n’est pas très difficile ; ça n’exige pas de savoir des tas de choses. Tout le monde peut le faire, et heureusement, car la Parole de Dieu n’est pas réservée aux sages et aux savants.

 

La paix à recevoir et à construire ; les sacrements en général, l’eucharistie en particulier, à fréquenter ; l’Ecriture à lire et à manger : trois chemins par lesquels Jésus Ressuscité nous dit, chaque jour, sa présence réelle. A nous d’en être les témoins !

Homélie du 7 avril 2024    2ème dimanche de Pâques

Par le père Jean Paul Cazes

Actes des Apôtres 4,32-35   Psaume 117   1 Jean 5,1-6   Jean 20,19-31

 

Résonne dans ma mémoire ce verset des disciples d’Emmaüs : « Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » Les disciples dEmmaüs font partie de l’évangile selon st Luc alors que notre évangile de ce jour appartient à st Jean. Or, vous avez peut-être remarqué que, dans cet extrait, le verbe voir revient 6 fois sous des formes différentes. En effet, le thème de la vue est un des thèmes importants de l’évangile selon st Jean.

Dès le début de cet évangile, on le pressent : « Au commencement était le Verbe …En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. » (Jn 1, 1+4-5)

On peut ainsi lire la totalité de l’évangile de Jean comme une éducation du regard. Jean nous apprend à discerner peu à peu Celui qui affirme : « Je suis la lumière du monde. » (Jn 8,12)

Les deux premiers disciples appelés demandent au Maître : « Où demeures-tu ? » Jésus répond » : « Venez, et vous verrez » (Jn 1,39). A Nathanaël qui suit Jésus après avoir été appelé sous un figuier, Jésus affirme : « Tu verras des choses bien plus grandes …En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le cielouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » (Jn 1,50-51) Voyez combien ce thème de la vue, ou du regard, est important chez st Jean : toutes les citations que je viens de vous donner sont extraits du seul premier chapitre.

La guérison de l’aveugle-né occupe la totalité du chapitre 9. Il se termine par un avertissement lancé aux pharisiens qui affirment « voir » le salut de Dieu par leurs seuls mérites alors que Jésus les considère comme des aveugles, c’est-à-dire aveuglés par leurs péchés. Et l’on parvient à la fin de l’évangile, au chapitre 20 où nous avons deux versets extraordinaires sur le thème de la vue. Le premier verset que je souhaite vous citer est le verset 8 ; le matin de Pâques, Pierre et Jean- courent au tombeau, Pierre entre d’abord puis l’autre disciple. Et Jean écrit : « Il vit et il crut. » Fabuleuse affirmation : que voit-il ? Rien, bien sûr, à part les bandelettes et le linge qui avait recouvert le visage de Jésus. Mais Jésus n’est plus dans le tombeau. Ce « Il vit et il crut » est comme un point d’orgue extraordinaire qu’il faudrait laisser retentir en nous. Enfin, les disciples voient véritablement ; jusque-là ils n’avaient pas compris l’Ecriture selon laquelle Jésus devait ressusciter. Aux disciples d’Emmaüs, Jésus ouvrira l’intelligence au sens de l’Ecriture qui, tout entière, parle de lui.

Et l’autre verset que je veux vous citer, vous le connaissez par cœur. Il est dans notre évangile : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Toute la pédagogie de l’évangile de Jean nous amène à réfléchir au moins à deux sujets, sinon plus évidemment.

Le premier est le rapport entre la foi et la vision. Comme Thomas, beaucoup, de nos contemporains disent spontanément : je croirai si je vois. Mais il y alà une contradiction dans les termes. Si en effet, nous voyons, il n’est plus besoin de croire. La foi repose non sur la vision immédiate, mais sur la confiance, comme le dit Ste Thérèse de l’Enfant Jésus. La foi n’appartient pas au domaine des évidences scientifiques, mais à celui des certitudes d’amour.

Le second sujet est tout à fait contemporain. Dans une civilisation qui donne de plus en plus à voir, savons-nous regarder ? Nous multiplions les photos grâce à nos téléphones, mais c’est pour les regarder à la va-vite au cours d’une réunion de famille. Nous allons au cinéma, mais savons-nous regarder un film ? C’est la même chose que la communication : dans le métro, comptez tous ceux qui tiennent leur portable en main et qui ne font pas attention à leurs voisins.

Encore une fois, l’évangile de Jean contient une pédagogie du regard. Savons-nous vraiment voir ? Savons-nous vraiment voir la présence du Christ dans un pauvre morceau de pain ? Savons-nous voir un être aimé de Dieu dans le voisin qui m’énerve ? Savons-nous voir dans, le marocain chez qui j’achète mes légumes, ou le membre de ma famille avec qui je suis fâché, savons-nous voir quelqu’un pour qui le Christ a donné sa vie ? Qu’est-ce qui nous empêche de voir vraiment, au-delà des apparences, comme les disciples d’Emmaüs ? Normalement, nous qui allons à la messe, nous avons appris à voir la présence réelle du Christ dans un pauvre morceau de pain.

Le temps pascal tout entier nous formera, à travers les récits des apparitions de Jésus, à la véritable vision, celle qui nous permet de dire, grâce à l’Esprit Saint, que l’homme Jésus, né d’une femme, est vraiment le Messie attendu et espéré, celui dont nous disons qu’il est mort et ressuscité. De cela, nous sommes les témoins à travers notre style de vie personnel et communautaire. (cfr.Lc 24,48)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Horaires semaine Sainte 2024

23 et 24 mars

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Samedi : 18h30
Dimanche : 9h30
11h
18h30.

28 mars

Jeudi saint

Office des ténèbres à 8h30.
Messe en mémoire de la Cène du Seigneur à 20h30 suivie d’un temps d’adoration au reposoir jusqu’à minuit.

29 mars

Vendredi saint

Office des ténèbres à 8h30
Chemin de Croix sur le parvis à 15h
Célébration de la Passion à 20h30.

30 mars

30 mars

Samedi saint

Office des ténèbres à 8h30.

30 et 31 mars

La résurrection du Seigneur

Vigile Pascale le samedi à 21h00.
Dimanche de Pâques
Messes à 9h30 et à 11h le dimanche

EGLISE VERTE : Les axes prioritaires retenus en 2022 se sont concrétisés en 2023


• Bilan énergétique des bâtiments (Eglise, Presbytère et Maison Paroissiale) par l’ALEC (Agence Locale Energie Climat) en juin 2022.
Suite à la réception de l’étude mi-2023, un plan d’actions a été établi en lien avec les responsables de la paroisse (incluant la Maison Vicariale). Sa mise en œuvre est coordonnée bénévolement par un paroissien ingénieur thermicien, en conformité avec le budget annuel alloué par le Conseil Paroissial.
• Ateliers « Fresque du Climat » : pour sensibiliser les participants de tous âges aux enjeux de la transition écologique et humaine, un atelier s’est tenu en 2022 et un autre en 2023.
• Une soirée pour les jeunes (aumônerie, scouts) : projection d’un extrait de film et débat pour nourrir sa capacité d’émerveillement et prendre conscience de la fragilité de notre Terre.
• Parcours Familles : cette proposition s’adresse à toutes les familles chrétiennes qui souhaitent avancer en famille dans un chemin global de conversion écologique. Le parcours alterne des temps de partage en famille (pour grandir en famille) et des rencontres en groupe avec toutes les familles participantes afin de partager les découvertes, les avancées, les questions et les difficultés.
Trois familles ont expérimenté le parcours, finalisé en 2023. Elles ont été accompagnées tout au long
du parcours par des réunions de suivi pour partager les joies, les difficultés et maintenir la motivation.
Au cours de la réunion conviviale de clôture, les familles ont pu témoigner des fruits reçus : un dialogue parents/enfants à parité et en vérité, des liens renforcés et l’engagement d’agir concrètement pour l’avenir.
Trois réunions de rencontre avec les familles pilotes ont eu lieu en 2023 : 23 mars et 8 juillet et 18 novembre
• Jardin « partagé » attenant à la Maison Paroissiale : les jardiniers sont toujours aussi motivés d’autant plus que les paroissiens répondent avec fidélité et générosité aux appels aux dons. Un grand merci à tous !
Les temps forts de l’année : la « recharge » des bacs (un grand merci aux scouts qui ont aidé pour la terre), le nouveau réservoir d’eau et la bénédiction du jardin à l’occasion de la fête paroissiale le 25 juin 2023.

Homelie du 18 février 2024   1er dimanche de Carême  Année B

 

par le Père Jean Paul Cazes


Genèse 9,8-15   Psaume 24   1Pierre 3,18-22   Marc 1,12-15

Baptême-Confirmation-première communion de Nké-Tabitha BIDZOGO

 

Il est possible que beaucoup d’entre vous ne connaissent pas le prénom « Tabitha ». On le trouve dans le livre des Actes des Apôtres, au chapitre 9, versets 36 à 43. Tabitha est une femme qui appartient à la communauté des premiers disciples ; elle vit à Joppé, l’actuelle Jaffa. Elle était, dit le texte, « riche des bonnes œuvres et des aumônes qu’elle faisait » (Ac 9,36), et donc certainement très aimée et respectée. A la demande de la communauté, Pierre va ressusciter cette femme qui venait de mourir ; comme Jésus pour la fille de Jaïre, Pierre ordonne : « Tabitha, lève-toi. » La conclusion de ce miracle : « Tout Joppé fut au courant, et beaucoup crurent au Seigneur. »

Si je vous résume ce passage des Actes des Apôtres, c’est que l’une d’entre nous a choisi ce nom comme nom de baptême.

Nké est une adulte, d’origine camerounaise. Après un long cheminement, et à travers de graves ennuis de santé, elle est entrée au catéchuménat il y a deux ans environ. Et voici qu’aujourd’hui ce chemin arrive à son terme : dans quelques instants, elle va recevoir les trois sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Je viens d’ailleurs de dire une bêtise : si le catéchuménat de Nké s’achève, la vie chrétienne de Tabitha prend son essor. Son baptême n’est pas une fin mais une éclosion.

En ce premier dimanche de Carême, Tabitha nous rappelle l’importance primordiale de notre vie de baptisés-confirmés. Avant d’être un temps de privations et d’efforts, le Carême est un temps de renouvellement de notre propre baptême, un temps qui nous est donné pour demander la grâce d’être vraiment fils et filles de Dieu, et frères et sœurs les uns des autres.

Alors, avec Tabitha, et autour d’elle, vivons joyeusement ce Carême à la rencontre de Celui qui peut et qui veut nous ressusciter à chaque instant de notre vie.

En grec, le nom de Tabitha se traduit par « Gazelle » !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carême 2024

 

Chemin de croix chaque vendredi à 15 heures dans l’église
16 et 23 février, 1er, 8, 15 et 22 mars.
 

Confession

Chaque jeudi et chaque vendredi de 17h30 à 19h à partir du 29 février.

Réveillon solidaire, l’engagement des bénévoles de Saint-Vincent-de-Paul

A Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, un réveillon solidaire a été organisé ce samedi 30 décembre pour les personnes seules. L’équipe des bénévoles de la conférence locale de Saint-Vincent-de-Paul trouvent un sens à leur engagement en accueillant, avec fraternité et charité, les personnes âgées ou isolées qui se retrouvent seules à Noël.

https://www.ktotv.com/video/00434130/reveillon-solidaire-societe-saint-vincent-de-paul

Homelie du 14 janvier 2024     2ème dimanche   temps ordinaire   Année B

 

1 S 3,3b à 10+19   Psaume 39   1 Co 6,13c à 15a+ 17-20     Jn 1,35-42

 

Moi, je sais quel jour j’ai été ordonné – le 29 juin 1968, jour de la St Pierre-St Paul -, où j’ai été ordonné – à Notre Dame de Paris –, par qui – Monseigneur Marty – et à peu près à quelle heure – vers 11h : je dis « à peu près » car je ne regardais pas ma montre à ce moment-là.

J’imagine que vous aussi vous savez avec précision le jour où vous vous êtes rencontrés, ou celui ou vous vous êtes embrassés pour la première fois, ou bien celui où vous vous êtes mariés. Ou bien la date de votre premier emploi. Ou bien, ou bien, ou bien …

Il y a des dates marquantes, qui sont des repères, des dates que l’on fête comme des anniversaires, des dates qui orientent nos vies.

Ce fut le cas pour André et l’autre disciple qui est fort probablement Jean l’évangéliste. La rencontre de Jésus fut si marquante qu’en composant son évangile vers l’an 90, Jean se souvenait encore de l’heure exacte : « C’était la dixième heure. » c’est-à-dire environ quatre heures de l’après-midi.

L’évangile est ancré dans nos réalités humaines les plus terrestres et les plus concrètes. Le philosophe Michel Onfray, dans son dernier livre dont il a parlé l’autre jour à la télévision, s’intéresse à Jésus et au christianisme comme une histoire symbolique. Il nie l’existence concrète de Jésus mais accueille tout le symbole qu’elle représente en termes de justice, d’amour des autres, de paix … Si j’ai bien compris, le christianisme, pour Onfray, est une sorte de philosophie très respectable, qui ne s’enracine cependant dans aucune incarnation.

Pourtant, les détails comme celui qui nous est rapporté aujourd’hui nous parlent d’une réalité palpable, concrète, charnelle, au sens le plus positif du terme. Au sens où le Fils de Dieu s’est fait chair dans le sein d’une femme. Voilà pourquoi Paul, lorsqu’il écrit aux chrétiens de Corinthe, met le doigt sur la dignité du corps. Paul s’adresse à des chrétiens mal dégrossis, des hommes qui travaillent au port de Corinthe et dont la vie est probablement marquée par la débauche. Le corps, – leur corps – n’est pas fait pour la débauche ; il est le sanctuaire de l’Esprit Saint depuis que le Fils de Dieu s’est fait chair. Le corps humain, notre corps, est promis à la résurrection puisque, par le baptême, nous sommes vitalement liés au Christ mort et ressuscité. Dieu n’a pas honte de notre corps, il n’a pas honte de ce qu’il a créé. Par notre corps, nous sommes tous appelés à un chemin de chasteté, qui est un chemin de sainteté. Par pitié, ne confondons pas chasteté et célibat : célibataires, mariés, prêtres, religieux et religieuses, nous sommes tous appelés à la sainteté par la chasteté. Vous, les couples, dans votre vie affective, vous êtes appelés à la chasteté en vous donnant l’un à l’autre. Nous prêtres, religieux, religieuses, personnes consacrées, nous sommes appelés à la chasteté par le célibat. Mais, quel que soit notre chemin, notre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, bien plus important et bien plus saint que n’importe quel tabernacle. D’où la conclusion de Paul : « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. »    

Le christianisme n’est pas une philosophie, mais la rencontre concrète, dans notre vie humaine, de Jésus, vrai Dieu et vrai homme. A André et à Jean qui cherchent à savoir qui il est, Jésus demande une chose très simple : « Venez … » Beaucoup pensent que pour avoir la foi, il faut d’abord se former et faire de longues études. Qu’il faille se former, je suis évidemment d’accord, mais il faut d’abord « venir », suivre Jésus, accepter de vivre avec lui pour pouvoir ensuite lui poser les questions qui nous brulent les lèvres : d’abord venir pour ensuite voir. La foi chrétienne ne vient pas après qu’on ait abordé toutes les questions, car alors elle ne viendrait jamais, tant les questions sont innombrables. La foi, c’est comme une brulure d’amour : on y va en confiance envers la personne qu’on aime. Et c’est sur le fondement de cette confiance qu’on va pouvoir voir. C’est parce qu’on sera venu avec lui, auprès de lui, qu’on verra.  

Ce passage, qui est au début de l’évangile selon saint Jean, est le parallèle inversé d’un autre passage qui est vers la fin du même évangile : l’épisode de Thomas. Pour croire, Thomas a voulu avoir des preuves. Jésus ne le lui reproche pas, ce n’est pas malsain de vouloir avoir des preuves ou des signes. Il n’empêche que Jésus dit : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jn 20,29). La foi chrétienne ne vient pas comme la conclusion d’un raisonnement, mais comme un acte de confiance qui permet ensuite de réfléchir. Ma foi ne repose pas sur mon intelligence, c’est-à-dire sur moi-même, mais sur la confiance que j’accorde à Jésus.

 

« Venez et vous verrez » : pourquoi ne pas adopter cette phrase de Jésus comme devise personnelle et communautaire pour notre année chrétienne, à partir d’aujourd’hui, 12 janvier 2024, à sept heures du soir ?

 

 

Homelie du 7 janvier 2024     Dimanche de l’Epiphanie   Année B

Par le pere Jean Paul Cazes

Isaïe 60,1 à 6   Psaume 71 (72)   épître de saint Paul aux Ephésiens 3, 2-3a+5-6 Matthieu 2, 1 à 12

Depuis le temps que je vous le dis, vous avez certainement retenu qu’on ne connaît pas le nombre des mages, qu’on ne sait pas s’ils sont rois, qu’on ignore leur nom et qu’on ne sait pas si l’un d’eux était jaune, le second blanc et le troisième noir. Tout cela n’est pas dit dans l’évangile que je viens de lire, cet évangile qui est le seul passage des quatre évangiles où l’on parle des mages. Tout cela n’est que folklore. Et je ne mélange pas le folklore et la réalité.

Je crois, puisque Matthieu le dit, que des mages sont venus d’Orient pour adorer Jésus. Je sais même, grâce à eux, que Jésus avait peut-être deux ans lorsqu’ils sont arrivés auprès de lui. Vous savez que c’est sur l’indication des mages que le roi Hérode a fait massacrer les enfants de Bethléem ; or, l’évangile précise : « tous les enfants jusqu’à deux ans. » (Mt 2,16). Ce qui veut dire que les mages ne sont pas arrivés à la crèche tout de suite après les bergers.

Mais, encore une fois, j’essaie de faire la différence entre le folklore et ce que dit l’évangile auquel je fais confiance. Le folklore, par lui-même, ne m’ennuie pas ; ce qui m’ennuie, c’est que beaucoup estiment que savoir le nombre, le rang social, le nom et l’origine ethnique des mages fait partie de la foi. Je vous promets que non. Mais alors, dans cet épisode, où est la foi ?

Elle est dans ce que les premiers chrétiens ont su voir et qui est toujours vrai pour nous aujourd’hui. Saint Paul, dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse, l’exprime en quelques mots remarquables. Il écrit : « …toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » D’une autre manière onpourrait dire : le Dieu que les Juifs attendaient depuis des siècles vient de se manifester en Jésus. Et ce Dieu, né chez les Juifs, est offert à tous les peuples.

Les tout premiers chrétiens étaient juifs, comme la Vierge, comme les apôtres et les disciples ; mais très vite, grâce à l’action de Paul, beaucoup – et de plus en plus nombreux – sont venus de peuples non-juifs. Voilà pourquoi ces chrétiens se sont reconnus dans les mages qui venaient d’Orient, ce qui veut dire qu’ils n’étaient pas juifs. Dans la personne des mages, des non-juifs venaient adorer le Dieu des Juifs. D’où l’importance énorme de cette fête pour les premières générations de chrétiens : dans les mages, ils fêtaient l’accession des païens dans l’héritage transmis par les juifs.

C’est cela qui est important ; peu importe le nombre, le nom, le rang social et l’origine précise des mages. Ce qui compte, c’est ce que leur existence, à laquelle je crois, signifie que les païens sont associés aux richesses que Dieu a confiées aux juifs pour qu’elles soient enfin remises à tous les hommes.

C’est ce que Paul appelle un mystère. Dans le langage biblique, le mot mystère signifie : réalité de foi. C’est dans ce sens-là que le prêtre proclame tout de suite après la consécration : « Il est grand le mystère de la foi. » Aujourd’hui, le mystère de l’Epiphanie la réalité de foi de l’Epiphanie – est que tous les hommes sont associés au salut offert dans la personne de Jésus-Christ. Contrairement au mot mystère en français, le mystère de foi n’est pas caché mais dévoilé, manifesté : c’est le sens même du mot Epiphanie. Epiphanie signifie « manifestation », « révélation ». Le mystère de foi est révélé : « …par révélation, écrit Paul, (Dieu) m’a fait connaître le mystère…Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage » que le peuple juif. 

Voilà pourquoi l’Eglise tout entière ne peut être que missionnaire. Certes, il y a des missions particulières dans des contrées encore éloignées. Mais si l’un d’entre nous disait : je ne suis pas missionnaire, il n’aurait pas compris le sens du mystère de l’Epiphanie. Toutes les nations, tous les peuples, toutes les cultures, tous les âges sont appelés à entrer dans l’héritage de la foi. On n’est pas missionnaire de la même façon envers un chinois perdu au fin fond de sa province, ou son voisin de palier. Mais toutes les formes de mission sont nécessaires, et aucun baptisé ne peut dire : ce n’est pas de mon ressort.

Tant d’hommes, de femmes et d’enfants ignorent encore le Christ, y compris dans notre entourage, y compris dans nos familles. J’entends si souvent la douleur des grands parents devant l’athéisme pratique de leurs enfants, et l’absence de baptême pour leurs petits enfants ! Il y a encore tant à faire pour que le Christ soit connu, aimé et suivi !

 

Que les mages, qui ont marché si longtemps avant de découvrir Jésus, nous donnent leur espérance et leur patience : grâce à l’Esprit saint, le découragement n’est pas à l’ordre du jour.

Le mystère de foi de l’Epiphanie est toujours à l’œuvre !