Homélie du 25 octobre 2026

30ème dimanche ordinaire   Année  A

Ex 22,20-26     Ps 17     1Th 1, 5c-10      Mt 22,34-40

Par le père Jean Paul Cazes 

​Vous savez depuis longtemps que Jésus n’invente pas la réponse qu’il donne au docteur de la Loi. Jésus est juif, il connaît les Ecritures. La première partie de sa réponse (= Tu aimeras le Seigneur ton Dieu …)vient du livre du Deutéronome chapitre 6 verset 5. Pour ceux d’entre nous qui pratiquent la Randonnée biblique, c’est en mars prochain que nous lirons le Deutéronome. La seconde partie de la réponse de Jésus (= Tu aimeras ton prochain …) est tirée du livre du Lévitique, chapitre 19  verset 18. Jésus est fidèle aux Ecritures ; mais son génie est de lier les deux affirmations et de proclamer non pas leur égalité mais leur similitude, à tel point que personne ne peut dire le premier en vérité s’il ne met pas en œuvre le second. Saint Jean se souviendra de cela quand il écrira, dans sa première lettre : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », et qu’il n’aime pas son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4,20)

​Souvent, les adultes comme les enfants me disent que le christianisme est difficile avec ses rites, ses dogmes, son langage, ses habitudes. Ce à quoi je réponds : « Non, il n’est pas difficile de se souvenir et de dire : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu  de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Et tu aimeras te prochain commé toi-même. » Même celui qui a une mauvaise mémoire peut se souvenir de ces deux commandements !  Une fois qu’on a dit cela, on a dit le cœur même  de l’enseignement de Jésus, et donc le cœur même de notre foi. Ce qui est difficile, ce n’est pas de se souvenir de cela, mais de le mettre en pratique.

Quand Jésus cite ces deux commandements, il ne fait pas que les relier de manière définitive. Il nous dit que c’est sa propre manière de vivre. Celui qui sait aimer le Père de tout son être, et aimer son prochain, c’est lui-même. Le double commandement de l’amour est un portrait fidèle de la manière de vivre de Jésus. Et l’invitation à lui être semblable. Comment aimer Dieu ? En faisant ce que suggère notre première lecture. Et qui est mon prochain ? Depuis la parabole du Bon samaritain, nous savons bien que le prochain est celui dont j’accepte de m’approcher comme Jésus s’est approché de chacun de nous en prenant notre nature humaine.

Avant-hier, c’était la nature qui était en furie ; hier, c’étaient les hommes. Avant-hier, l’odieux massacre à Trappes. Comment dire et vivre le double commandement de l’amour ? Il faut être fou, ou Dieu lui-même pour cela ! Le maire de Trappes disait, à juste titre, que des discours peuvent armer la haine. De la même manière, mais à l’inverse, des discours de paix peuvent renforcer en chacun le désir de paix. Le double commandement de l’amour n’est ni de la méthode Coué, ni de la rêverie désincarnée : il nous faut le réentendre, le redire, le méditer, le prier, et demander à l’Esprit de l’incarner dans nos vies. Comme Jésus a pris chair, le double commandement doit prendre chair en nous : nous, chrétiens, disciples de Jésus, nous n’avons pas le droit de désespérer. A Lourdes, le Pape nous a appelés « les missionnaires de l’espérance. » Et voici la dernière phrase de son encyclique : « Je confie ce désir à la mère du Christ, la femme du Magnificat, pour qu’elle accompagne nos pas dans ce présent en mutation et garde enchacun de nous la confiance en l’Evangile, afin que nous puissions témoigner de la beauté d’une magnifique humanité habitée par Dieu ».

 

 

Homélie du 15 février 2026   6ème dimanche ordinaire  Année A

 

Ben Sira 15,15-20   Ps 118   1 Co 2,6-10   Mt 5,17-37

 

Combien de fois avons-nous entendu, ou même pensé nous-mêmes : « Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je n’ai rien à me reprocher.» C’est très exactement ce que Jésus appelle la justice des scribes et des pharisiens. Et Jésus la condamne. Tu n’as pas fait de mal ? Soit ! Mais qu’as-tu fait de bien ?

Mercredi dernier, j’ai regardé, le soir, la danse du patinage artistique remporté par le couple français. Ce couple s’est constitué il y a seulement un an. Tout était à imaginer, à répéter ; surtout, il fallait que, peu à peu, une harmonie se crée entre deux personnes qui ne se connaissaient pas. Un an seulement pour cela, avec, un ligne de mire, les Jeux d’hiver. Ils ne se sont pas dit : on va essayer. Ils se sont dit : nous travaillons pour obtenir la première place.

C’est cela qu’il faut se dire pour vivre notre vie chrétienne.

Ce n’est pas la médiocrité qu’il faut viser, mais la médaille d’or de la sainteté.

On est comme on est, on fait ce qu’on peut, Jésus nous aime tels que nous sommes.

Mais que cela ne justifie aucune médiocrité.

Nous n’avons pas commis de meurtre ? Tant mieux. Mais en rester à ce niveau ne nous ouvrira pas les bras du Seigneur. Vous savez comme moi que nos paroles peuvent blesser ; nos paroles peuvent mépriser ; nos paroles peuvent abimer ; nos paroles peuvent tuer. Dans sa première lettre, st Jean écrit : « Quiconque hait son frère est un meurtrier. » (1 Jn 3,15)

Dans quatre jours, le mercredi des cendres sera là. Chacun vivra le Carême comme il le pourra ; chacun pourra se fixer un objectif précis. Pour l’un ce sera de cesser de fumer, pour un autre, ce sera un effort sur la nourriture. Pour un autre, ce sera plus de justice vis à vis de ses collaborateurs. Un autre encore, ce sera un temps amélioré pour la prière. Peu importe : chacun selon ses forces, chacun selon ses possibilités. Mais, à travers cela, c’est l’excellence qu’il faut viser.

A celui qui se sera privé de fumer, le Seigneur ne regardera pas si son dernier paquet est effectivement vide, mais s’il a fait plus attention à ceux qui, autour de lui, ne fument pas. A celui qui se sera privé de nourriture, le Seigneur demandera s’il a utilisé le temps ainsi gagné pour mieux prier et s’il a utilisé l’argent économisé pour le donner à ceux qui n’ont rien à manger : ça, c’est l’évangile du mercredi des cendres. A celui qui aura été plus  juste envers ses collaborateurs, le Seigneur lui demandera s’il a été plus juste aussi envers les membres de sa famille. A celui qui aura amélioré son temps de prière, le Seigneur lui demandera si ces temps de prière l’ont rendu plus attentif aux autres.

Dans la vie spirituelle, comme dans la vie quotidienne, que la médiocrité ne nous suffise pas : visons l’or ! Et  comme nous ne pouvons pas l’atteindre par nos seules forces, n’arrêtons pas, durant tout ce Carême, de demander chaque jour au Christ de nous donner son Esprit. Que cette demande soit notre effort principal durant les quarante jours. Le jeûne ne sert à rien si nous ne demandons pas l’Esprit. Le partage est bien pauvre si nous ne demandons pas l’Esprit. La prière est vide si nous ne demandons pas l’Esprit. Jésus a jeûné quarante jours, mais il était conduit par l’Esprit.

Vous comme moi, nous faisons ce que nouspouvons, mais, par la force de l’Esprit, visons l’or de la sainteté. La suite du Christ suppose un choix radical : que notre parole soit « oui » si c’est « oui », « non si c’est «  non ». La vie chrétienne n’est pas une vague amélioration, elle est « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5,48). C’est comme cela que nos patineurs sont devenus médaille d’or.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du 8 février 2026   5ème dimanche ordinaire  Année A

Is 58,7-10   Ps 111   1 Co 2, 1-5   Mt 5,13-16

 

 

Si vous pouviez tous tenir dans le chœur, vous verriez le tableau qui est juste au-dessus de moi : il représente st Paul devant l’Aréopage d’Athènes. Vous le savez : Athènes est la capitale intellectuelle de l’empire romain. Paul y a donné un remarquablediscours qui se trouve au chapitre 17 des Actes des Apôtres. Avec adresse, l’Apôtre commence par flatter son auditoire ;puis il l’emmène pas à pas à découvrir Dieu à travers les œuvres de la Création; il cite même un poète grec. Jusque là, ses auditeurs l’écoutent. Puis il introduit la figure de Jésus ; mais, dès qu’il affirme que Dieu l’a ressuscité des morts, les sages lui font comprendre qu’il dit une folie ; et, diplomatiquement, ils lui donnent son congé en disant : « Nous t’entendrons là-dessus une autrefois. » C’est un échec. Paul n’a pas réussi à toucher l’intelligence des stoïciens, des épicuriens, des platoniciens et autres philosophes qui l’écoutaient. Il se retire.

Ses pas vont le mener aux antipodes culturels et sociaux d’Athènes : Corinthe. C’est une des villes les plus importantes de l’empire à cause de sa positionstratégique. Le canal de Corinthe était loin d’être percé ; alors, par un système reposant sur la force musculaire, on hissait les navires avant de les laisser redescendre de l’autre côté dans les eaux du golfe; ainsi, on gagnait un temps considérable au lieu de faire le tour du Péloponnèse par le sud.

Paul va faire connaissance du milieu des travailleurs du port. On est bien loin des sages d’Athènes. Il le dira lui-même dans sa première lettre aux Corinthiens dont nous avons entendu le début dimanche dernier : « Parmi vous, il n’y a pas beaucoup  de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. » C’est à ces pauvres que Paul va annoncer le Christ. Impossible ici de donner des discours bien construits et remplis de citations poétiques. La stratégie de Paul est réduite à sa plus simple expression : « Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus-Christ, ce Messie crucifié. » Quelle a été sa pédagogie ? Comment s’y est-il pris ? Nous ne le savons pas. Mais il n’a pas cherché des arguments compliqués : « Mon langage, ma proclamation de l’Evangile n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre. » En agissant ainsi, il se sentaitcertainement très pauvre, aussi pauvre que les dockers à qui il s’adressait ; il aurait probablement préféré la richesse de l’argumentation, mais il était marqué par son échec athénien. Au milieu de ces gens sans culture, il se sentait, lui, l’intellectuel, faible, « craintif et tout tremblant. » On l’imagine mal ainsi ; pourtant, c’est de cette manière qu’il étaitarrivé à Corinthe et qu’il a commencé à répandre la Bonne Nouvelle. Son catéchisme, si on peut ainsi parler, fut de mettre en lumière le Christ crucifié qui avait tant de points communs avec ces dockers qui trimainet comme des esclaves. La sagesse qu’il utilise à Corinthe n’a rien à voir avec celle dont il a fait preuve à Athènes. Nous l’entendrons dimanche prochain : « C’est bien de sagesse que nous parlons … mais ce n’est pas de la sagesse de ce monde …ce dont parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu. » Cette sagesse, dira-il plus loin,  c’est la folie de la Croix. C’est cette sagesse-là qui a touché le cœur de nombreux corinthiens.

 

Il est bon de se redire cela à 10 jours du mercredi des cendres, à 10 jours du chemin du Carême qui nous mènera auprès du Crucifié. Notre chemin de sagesse, comme celui des corinthiens, est de nous conformer humblement au Crucifié. C’est un long chemin, c’est une porte étroite ; pour l’emprunter et le suivre, il n’y a pas d’autre solution que celle de Paul : invoquer la puissance de l’Esprit saint pour que notre foi repose, comme celle des corinthiens, non sur notre propre sagesse mais sur la puissance d’amour de notre Dieu et Père.

C’est ainsi que nous serons ce que le Christ nous demande d’être : sel de la terre et lumière du monde.

 

 

 

 

 

Homélie du 18 janvier 2026  2ième dimanche ordinaire   Année A

Is 49, 3+5-6   Ps 39   1Co 1, 1-3   Jn 1, 29-34

par le père Jean Paul Cazes

Après toutes ces fêtes du temps de Noël, nous entrons dans un temps plus calme. Comme le dit la liturgie, c’est un temps ordinaire, un temps pendant lequel nous pouvons essayer d’assimiler toutes les grâces reçues à travers la Nativité, l’Epiphanie et le baptême du Seigneur Jésus.

Si nous en avions le temps, je vous parlerais en long et en large de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens dans laquelle nous entrons jusqu’au 25 de ce mois. Nous avons vécu une forme de cette unité en recevant les jeunes de Taizé et en partageant avec eux les lieux de prière entre le temple de la rue Kilford et notre église. Rappelons-nous aussi que le pasteur Jane est venue partager notre dernière nuit pascale ; si mes informations sont exactes, elle viendra samedi prochain donner la prédication lors de la messe de 18h30.

Mais, ce soir, je veux mettre en lumière une seule phrase qui se trouve dans notre première lecture : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Cette phrase peut être lue sous quatre aspects différents et complémentaires.

Le prophète Isaïe parle au nom du Seigneur : « Le Seigneur m’a dit… »

A travers Isaïe, à qui s’adresse le Seigneur ? Il s’adresse au peuple d’Israël en sa totalité : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Le peuple hébreu est comme un premier-né pour le Seigneur ; il a une valeur particulière pour Dieu. La phrase d’Isaïe lui est particulièrement réservée.  C’est le premier aspect.

Mais elle s’applique aussi à un mystérieux personnage qui traverse plusieurs fois le livre d’Isaïe, en particulier au chapitre 49 où nous sommes aujourd’hui. Ce personnage, qui n’a pas de nom, est désigné par le mot de « Serviteur souffrant ». Vous le connaissez, ce Serviteur ; chaque année, le Vendredi saint, la première lecture  nous dit : « Mon Serviteur réussira, dit le Seigneur…La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme. » Plus loin, dans la même lecture, on trouve : « …comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. »

Ce mystérieux Serviteur, dont Isaïe ne nous donne pas le nom, reçoit, dans le texte de ce soir, une double mission : rassembler tout Israël divisé au moment où parle le prophète, et éclairer les nations de la lumière du salut. Car le salut dont Israël a reçu l’annonce et la promesse ne concerne pas seulement Israël mais doit être annoncé à tous les non-juifs, ce qui est important à signaler au seuil de la semaine de prière pour l’unité entre chrétiens. Cette double mission est si capitale que le Seigneur ne peut la confier qu’à quelqu’un qui est précieux à ses yeux. Voilà pourquoi ce Serviteur peut dire en toute vérité, en même temps que le peuple entier : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » C’est le second aspect.

La forme de cette phrase n’est pas sans évoquer celle que nous avons entendue, il y a peu, à l’occasion du Baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »  Nous savons bien nous, qui est en réalité le Serviteur de Dieu ;  c’est le Christ lui-même, lui qui dit : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. » (Mt 20,28) Il est aussi notre serviteur, lui qui a lavé les pieds des apôtres. En toute vérité, la phrase d’Isaïe peut lui être appliquée : oui, le Christ a de la valeur aux yeux de son Père. Il condense en lui-même le peuple hébreu tout entier et le Serviteur souffrant évoqué par Isaïe. Voilà le troisième aspect.

            Le quatrième aspect nous concerne directement : chacun de nous, quelles que soient ses limites et son péché, peut dire – et doit dire : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Par nous-mêmes, nous ne sommes rien face à Dieu ; mais pour Dieu, chacun de nous est son fils bien-aimé, sa fille bien-aimée. Il ne s’agit pas d’une appréciation morale, mais d’une affirmation de foi : par le baptême nous sommes devenus les fils et filles bien-aimés du Père puisque nous sommes intimement liés à Jésus-Christ. J’ai même souvent dit aux catéchumènes, eux qui ne sont pas encore baptisés : vous êtes aimés du Seigneur. Ce n’est pas le jour de votre baptême que le Seigneur décidera de vous aimer. Vous êtes aimés – nous sommes aimés – depuis toujours. Ce qui change, le jour de notre baptême, ce n’est pas Dieu, c’est nous qui acceptons d’entrer dans une relation filiale avec ce Dieu qui nous attend de toute éternité.

           

            Je termine en disant que j’ai conçu cette homélie comme une sorte de méthode pour lire la Bible. Une progression en plusieurs étapes surtout quand on lit l’Ancien Testament. Souvent, une parole de Dieu s’adresse au peuple tout entier ; ici, elle s’adresse aussi au Serviteur souffrant. Puis elle s’adresse  à Jésus. Enfin, elle s’adresse à chacun de nous puisque notre baptême nous identifie au Christ.

Il n’y a plus qu’à rendre grâce à Celui pour qui nous avons tant de valeur qu’il nous a donné son Fils.  

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du 11  janvier 2026   BAPTÊME DU SEIGNEUR

Par le père Jean Paul Cazes

Is 42,1-4+6-7   Ps 28   Ac 10,34-38   Mt 3,13-17

 

​Si Jean-Baptiste n’avait pas soulevé cetteobjection, je pense que nous aurions tous pu le faire : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Le baptême donné par Jean-Baptiste est donné en vue du pardon des péchés ; or Jésus n’a commis aucun péché. Quel est donc le sens du désir de Jésus ?

​Pour essayer de percevoir l’importance de ce queveut Jésus, il faut le replacer dans le temps de Noël, et, particulièrement dans le temps de l’Epiphanie. Vous savez que le mot grec « épiphanie » se traduit par « manifestation ». Lors de la visite des mages, Dieu, en Jésus, est se manifeste à la face du monde ;il est manifesté comme celui qui vient sauver tous les hommes.

​Les noces de Cana sont une autre manifestationde la divinité de Jésus. St Jean écrit : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

​Le baptême est une troisième manifestation : sortant de l’eau, Jésus est revêtu d’Esprit Saint, et lavoix du Père le désigne comme son Fils bien-aimé.Le  baptême de Jésus est comme une seconde naissance ; des mots sont utilisés qui font référence à nos naissances physiques : Jésus sort de l’eau, les cieux se déchirent, et la voix du Père le reconnaitcomme étant son propre Fils.

​Donc, celui qui  nous adorons aujourd’hui est bien le Fils unique du Père. Mais il est aussi, de façon similaire, notre frère aîné, né de Marie, totalement homme comme il est totalement Dieu. Il faut répéterinlassablement que Jésus ne fait pas semblant d’être homme. Il a épousé jusqu’au bout la conditionhumaine, y compris la souffrance et la mort. DepuisNoël, il y a entre lui et nous ce que la liturgie appelle un « admirable échange » : Jésus est entré dans notre humanité pour nous faire entrer dans sa divinité.

​Par son baptême, Jésus signifie qu’il partage entièrement notre  vie. Lui qui n’a jamais péché, il reçoit le signe de l’eau qui est donné par Jean en vue du pardon des péchés ; comme les plus religieux de son temps, Jésus entre dans l’eau pour en sortir habillé par l’Esprit et habilité par le Père. Il dit à Jean : « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Si vous avez bonne mémoire, le mot justice signifie ici : « être ajusté à », come une note juste est ajustée aux autres notes. Jésus, qui est ajusté à son Père, veut être ajusté à nous.

​Vous savez peut-être que je fais partie d’une troupe théâtrale qui met en scène l’évangile selon st Jean. D’ailleurs, si cela vous intéresse, vous pourrez venir voir ce spectacle les 28 et 29 mars au théâtre de Rueil-Malmaison. Il y a quelques jours, nousrépétions la scène de la femme adultère. L’actrice qui joue cette femme était à genoux, au milieu de ses accusateurs. L’acteur qui incarne Jésus s’avança ver elle. Puis, calmement, devant elle, il se mit à genoux, lui aussi. Ce geste n’est pas dans l’évangile ; mais je me suis dit que c’était une belle invention, un geste fort. Jésus ne pardonne pas de haut ni de loin, comme un prince du haut de son trône. Il pardonne en se mettant à notre hauteur, pour nous élever à la sienne.

​C’est ce qui se passe dans l’épisode du baptême. Jésus s’ajuste à nous pour que nous soyons ajustés à lui ; il s’abaisse jusqu’à nous pour nous relever. Il est le Serviteur de Dieu par excellence à qui l’on peut appliquer les splendides images du prophète Isaïe denotre première lecture : Il ne crie pas, il ne hausse pas le ton, il ne brise pas le roseau qui fléchit, il n’éteint pas la mèche qui faiblit …Et Dieu lui dit : je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.

 

​Voilà qui est qui est celui qui sort de l’eau, lui qui est totalement avec nous puisqu’il est totalement avec son Père, lui qui est le Fils bien-aimé.

 

 

 

 

Homélie du 24-25 décembre 2025   NOËL

 

 

par le Père Jean Paul Cazes


Nous y voici enfin !

Nous voici à ce Noël si attendu par les enfants, si désiré bien que si fatigant pour les mères de famille, si redouté par les personnes seules et malades.

 

Depuis plusieurs jours, je me suis interrogé sur ce que j’allais vous dire ;

vous savez tout sur la naissance de Jésus ;

vous savez l’attente du Messie par le peuple juif ;

vous savez l’Annonciation  à Marie et l’annonciation à Joseph ;

vous savez le chant des anges et la présence des bergers suivis, à quelques semaines près, par les mages venus d’Orient.

Je n’ai rien à vous apprendre au sujet de ces événements.

Par contre, aujourd’hui, j’aimerais vivre un temps de silence avec vous.

 

Ne rien avoir à vous dire c’est, d’une certaine manière, ressembler àJésus enfant. Jésus est « infans » comme on dit en latin, c’est à direqu’il ne parle pas.

Il ne dit rien, mais son silence nous force à tendre l’oreille pour comprendre son langage.

Il est toute confiance entre les bras de ses parents.

Il est venu par amour et il est entouré de l’amour de Marie et de Joseph.

Il est né dans la nuit de Galilée qui est le symbole de toutes nos nuits, y compris nos nuits de la foi.

 

J’aimerais rester en silence avec vous, auprès de lui.

J’aimerais, comme Marie et comme Joseph, et quelques jours plus tard comme Syméon, tenir l’Enfant dans mes bras.

Tenir Jésus dans les bras, comme nous le tiendrons dans nos mains, ou sur nos lèvres, tout à l’heure, pour celles et ceux qui communieront.

Pour tous, que nous ayons communié ou non, le sentir par l’intermédiaire de son voisin lorsque nous nous donnerons le geste de paix, ce geste si vite esquissé, si timide souvent. Mais geste qui dit plus que toute parole que nous n’avons pas mieux à nous souhaiter que la Paix en (cette nuit / en ce jour) de la naissance de celui qui s’appelle Prince de la Paix.

 

Dans le silence de (cette nuit /de ce jour ), dans cette paix échangée, nous serons cœur à cœur avec lui, et c’est bon ! Car, que dire d’autre que des mots qui sont usés à force d’être utilisés comme paix, amour, justice, confiance, sourire, joie, mais des mots qui retrouvent sens et vigueur au contact de ce tout petit né de Marie ? Ces mots, nous en avons tellement besoin, ils nous manquent tellement !

 

Suis-je en train de rêver ? C’est possible. Mais je n’ai pas à vousparler de l’état du monde. Je n’ai pas à prendre le rôle du journal télévisé. J’ai à vous dire que l’amour est la réalité du monde la plus réaliste, la plus forte, la plus révolutionnaire. Et cette réalité est tout entière concentrée dans ce tout petit qui est notre grand Dieu et que Marie tient dans ses bras ; elle nous le tend, elle le tend à chacun de nous.

Ne le refusons pas. Acceptons-le, d’une manière ou d’une autre. Ce sera pour certains par le pain de l’eucharistie ; pour d’autres, par le geste de paix ; pour d’autres encore par un chant qui leur mettra les larmes aux yeux. On peut pleurer de joie.

 

Un enfant nous est né, un fils nous est donné : c’est la source de vie la plus puissante et la plus pure. Celle dont nous avons besoin, celle que Dieu notre Père nous offre continuellement comme pain de vie.

 

Ce soir (Aujourd’hui), grâce à Jésus, je vous souhaite l’amour.

Homélie du 14 décembre 2025    3ème dimanche de l’Avent   Année A

Par le père Jean Paul Cazes

Is 35, 1+6a-10   Ps 145   Jac 5,7-10   Mt 11, 2-11

 

 

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Pour ce troisième dimanche de l’Avent, j’en resterai à cette phrase. Le contexte en est clair : Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, est en prison. Il envoie deux de ses disciples interroger Jésus. Est-ce pour lui-même qu’il fait poser cette question, ou pour éclairer ses disciples ? Vous savez peut-être que, durant le ministère de Jésus, les juifs se demandaient qui était le Messie : était-ce Jésus ou était-ce Jean ? Jean lui-même connaissait évidement la réponse mais pas forcément très clair pour sesdisciples ; voilà pourquoi il les envoie auprès de Jésus.

Les Juifs attendaient le Messie depuis Moïse. Mais quels étaient les critères pour le reconnaitre ? Certains attendaient qu’il soit le nouveau roi d’Israël : rappelez-vous les acclamations de la foule le jour des Rameaux. D’autres attendaient qu’il soit le nouveau grand Prêtre qui remplacerait le grand Prêtre d’alors qui collaborait avec les romains, ces occupants païens.

A la question de Jean, Jésus va répondre par des faits, des faits qui ont été annoncés il y a bienlongtemps par plusieurs prophètes comme Isaïe : « Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteuxbondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. » Et Jésus dit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouventla vue, et les boiteux marchent, les lépreux  sont purifiés, et les  sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »

Les disciples envoyés par Jean sont les témoins de ce que Jésus réalise. Ils vont pouvoir rapporter à leur maître ce que fait Jésus et en tirer la conclusion qui s’impose : Jésus est vraiment celui qui est attendu. Le temps de la germination a été long ; Israël a dû attendre avec patience, mais le temps est venu, le Messie est présent.

Dans ce temps de Noël, est-ce vraiment Jésus que nous attendons ? Si vous aviez le loisir de me répondre, vous diriez spontanément « Oui ». Mais est-ce bien lui que nous espérons ? Et, si oui, à quelsigne – au singulier comme au présent – le reconnaissons-nous ? Il est trop facile de seulement répéter les signes que Jésus lui-même donnait : guérisons d’aveugles, de sourds, de boiteux, résurrection des morts. Il est trop facile de répéter ce que nous avons appris au catéchisme, ou ce que nous découvrons au catéchuménat, pour affirmer que Jésus est le Messie, aujourd’hui, comme hier, et qu’il est mon Messie, celui qui vient pour moi !

Qu’est-ce qui, dans la vie du monde, dans celle de l’Eglise, et dans ma propre vie peut me permettre d’affirmer : Jésus est LE Messie ? Avons-nous soif de rencontrer Jésus, tel qu’il est, et avec les conséquences que cette rencontre entraîne, ou attendons-nous seulement de fêter en famille et entre amis un moment de détente, en dehors de la vie préoccupante du monde ?

Car, rencontrer Jésus est dangereux : je mets ce mot entre guillemet. Oui, il est dangereux de rencontrer Jésus, de le rencontrer en profondeur, d’homme à homme si j’ose dire. Car, le rencontrer, c’est accepter d’entrer dans sa manière de vivre ; le rencontrer, c’est accepter de changer quelque chose dans notre vie ; le rencontrer, c’est ouvrir les yeux sur ce qu’il est et ce qu’il fait ; c’est ouvrir les oreilles à son enseignement ; c’est accepter de marcher à ses côtés jusqu’à la croix ; c’est accepter d’être purifiés de nos lèpres. Ce sont là toutes les conséquences de Noël, voilà pourquoi je disais que c’est dangereux de rencontrer Jésus : il nous fait sortir de notre zone de confort, comme on dit maintenant.

Nous préparons-nous, au cours des dix jours qui nous restent, à accueillir celui qui vient changer nos vies, ou attendons-nous un messie de pacotille qui sera oublié sitôt passé le 25 ? Faisons nôtre, aussi profondément que possible, la parole de st Jacques : « Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. »

 

 

 

Noël 2025

HORAIREs DES MESSES DE NOËL À SAINT PIERRE SAINT PAUL

Messes de la veille de Noël
Mercredi 24 décembre : 17h 19h30 et 22h

Messes du jour de Noël

Jeudi 25 décembre : 9h30 11h00