Homélie du 14 novembre

14 novembre 2021 33ème dimanche Année B
Dn 12,1-3 Ps 15 Hbx 10,11-14+18 Mc 13,24-32

14 novembre 2021   33ème dimanche  Année B

Dn 12,1-3     Ps 15     Hbx 10,11-14+18     Mc 13,24-32

Par le père Jean Paul Cazes

            Je ne suis pas Jésus-Christ, mais je peux vous dire que si les 200 nations représentées à la COP 26 ne respectent pas scrupuleusement les engagements qu’ils viennent de prendre hier, les frontières maritimes de la France et de bien d’autres pays seront rétrécies d’ici 2050, et beaucoup d’îles seront englouties par la montée des eaux.

            Je ne suis pas Jésus-Christ, mais je peux vous dire que si la Russie et l’Europe ne parviennent pas à s’entendre, le drame humanitaire entre la Biélorussie et la Pologne va s’aggraver.

            Ceci pour dire que lorsque Jésus nous parle d’une grande détresse, du soleil qui s’obscurcira et des étoiles qui tomberont du ciel, il ne fait que dire ce que disent toutes les revues scientifiques. La révélation que Jésus nous apporte n’est pas dans l’annonce des catastrophes naturelles ou humaines que nous sommes capables de prédire comme lui.

            Nous ne sommes pas habitués au genre littéraire utilisé aujourd’hui par Jésus. Nous connaissons d’autres genres littéraires, comme la tragédie, la comédie, les fables, les lettres …mais nous ne connaissons pas le genre littéraire apocalyptique qui est présent dans le Nouveau comme dans l’Ancien Testament. Alors que nous comprenons ce que veut dire La Fontaine quand il fait parler les animaux, nous avons du mal à comprendre ce que veut dire Jésus quand il utilise le genre littéraire apocalyptique. Certains pensent qu’il faut le prendre au pied de la lettre, d’autres que ce sont seulement des images. Dans le premier cas, les journaux scientifiques ne disent pas autre chose que Jésus, et on ne voit pas bien ce que Jésus vient révéler. Dans le second cas, si ce ne sont que des images, pourquoi y faire attention ? Et quel crédit accorder alors aux paroles de Jésus ?

            Au lieu d‘être tétanisés par la grande détresse, le soleil et la lune qui s’obscurcissent et les étoiles qui tombent, essayons de prendre un peu de hauteur. Qu’est-ce que Jésus est venu faire en ce monde ? Quel est le but de sa mission ? St Jean nous le dit explicitement (je cite) : « Dieu en effet a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3,16-17). Ainsi, quand Jésus nous parle de détresse, il ne nous envoie pas une malédiction, mais il utilise ces images pour attirer notre attention. Comme lorsqu’on attire l’attention d’un enfant en lui disant qu’il vaut mieux regarder à droite et à gauche avant de traverser. Le discours de Jésus n’est pas descriptif et scientifique, il est pédagogique.

            Si donc Jésus est venu nous sauver, la révélation de l’évangile d’aujourd’hui n’est pas dans l’annonce de la grande détresse, mais dans ce qui suit. On peut ainsi relever trois éléments de révélation, c’est à dire trois éléments de l’annonce du salut.

D’abord, le retour final du Ressuscité qui rassemblera l’humanité. Ce qui veut dire que, pour Jésus, malgré les soubresauts de l’histoire, l’humanité ne marche pas vers sa destruction mais vers son accomplissement et son rassemblement en Dieu. Là est notre espérance chrétienne. Si nous avons quelque chose à dire au monde, nous, les disciples de Jésus, c’est bien cela. Il ne s’agit pas d’un vague espoir, mais de la vertu d’espérance, qui est autre chose que l’espoir. L’espoir est un souhait, un désir, mais il est hypothétique ; on ne peut être certain qu’il se réalisera. L’espérance est une certitude de foi. Par la foi, nous croyons que Jésus ressuscité reviendra pour rassembler l’humanité dans la miséricorde du Père.

L’espérance est une réalité de foi, pas une démonstration scientifique. A tel point que Jésus lui-même, dans sa réalité d’homme, affirme ne pas en connaître le moment. Voilà une notation intéressante : Jésus ne sait pas tout, il fait confiance au Père. Il serait d’ailleurs très intéressant de méditer sur ce que Jésus ignore en tant qu’être humain et sur sa foi et sa confiance dans le Père. Jésus n’a pas fait semblant d’être homme : si je puis dire, il a joué le jeu en devenant homme dans le sein de la Vierge ; il ne sait pas tout mais se remet constamment entre les mains de notre Père.

Alors, si même le Christ ignore quand il viendra rassembler l’humanité entre les mains du Père, quel est le signe qu’il nous donne ? A quoi reconnaître que ce moment approche ? Curieusement, pas à la grande détresse ; pas au soleil et à la lune sans éclat ; pas aux étoiles qui chutent. Alors à quoi ? A quelque chose qui ressemble au signe du printemps qui arrive. Que c’est joli ! Jésus est un vrai poète. Un printemps à venir : voilà comment Jésus nous parle de sa venue, ce qui est tout autre chose qu’une catastrophe ; mais c’est aussi un grand bouleversement : la nature qui se réveille est un grand bouleversement. Dans ce bouleversement de printemps, « ton peuple sera délivré ». Et les maîtres de justice, comme l’écrit le prophète Daniel, c’est-à-dire ceux qui auront été ajustés à Dieu, deviendront le ciel nouveau puisqu’ils « brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. »    

           

           

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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