Homélie 20 juin 2021   12ème dimanche du temps ordinaire

20 juin 2021   12ème dimanche du temps ordinaire   Année B

Job  38,1+8-11     Ps 106 (107)     2 Co 5, 14-17     Mc 4,35-41

par le père Jean Paul Cazes

Hier matin, grande fête : notre évêque a ordonné cinq prêtres pour le service de notre diocèse de Nanterre, dont Thibaud que vous connaissez. Ces cinq-là vont nous aider à « passer sur l’autre rive » comme dit Jésus.

Le sens global de notre évangile et de la première lecture porte, encore et encore, sur l’identité de Jésus : qui est-il celui-là pour que nous puissions croire en lui ? Qui est-il pour qu’il soit capable de menacer le vent et d’imposer silence à la mer ?

Vous savez que la mer, pour les Juifs, représente, symboliquement, le lieu du mal et du péché. Donc, si quelqu’un est capable de maîtriser la mer, c’est qu’il est capable de maîtriser le mal. Quand Jésus marche sur les eaux, il montre qu’il peut fouler le mal, le mettre sous ses pieds. Dans l’épisode d’aujourd’hui, il fait taire la tempête qui bousculait la barque des Apôtres. D’où leur question : « Qui est-il donc celui-ci ? » C’est la question centrale des évangiles. Les Juifs attendaient le Messie : serait-ce Jésus ?  Pouvons-nous croire en lui ? Dans l’évangile de Marc, plus que dans les trois autres, on perçoit cette difficulté de croire, difficulté qui ne sera finalement levée qu’au jour de la Pentecôte par le don de l’Esprit Saint. Durant les trois ans où les Douze ont accompagné Jésus, ils ne parviendront pas à dissiper les doutes. D’où la question de Jésus : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Non ! Ils n’ont pas encore la foi. Dans le passage parallèle qui se trouve en St Matthieu, Jésus traite ses Apôtres d’hommes de peu de foi. Le terme grec est joli : Jésus ne parle pas d’hommes de peu de foi, mais, littéralement, de « mini-croyants. » Ce terme rejoint ce que disait un père de famille dont Jésus venait de guérir le fils : « Je crois, Seigneur, mais viens au secours de mon manque de foi. » (Mc 9,24)

Qui est Jésus ? Encore une fois c’est la question centrale des évangiles. Une question qui se double d’une autre : qui est Jésus pour nous ? Car il ne suffit pas d’affirmer que Jésus est le Messie pour être croyant. Pierre en a fait l’amère expérience. Il avait clamé sa foi dans la messianité de Jésus mais il refusait de penser que Jésus allait être un Messie souffrant et qu’il allait mourir. Jésus lui dit alors : « Passe derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » (Mt 16,23)

Pour quelle mission nos cinq jeunes prêtres ont-ils été ordonnés hier ? Pour nous aider à découvrir, au cœur de notre vie, la vraie messianité de Jésus. Pour nous aider à passer sur la vraie rive, la rive de la foi. Ils ne sont pas prêtres pour administrer des paroisses, même s’ils le feront un jour ou l’autre. Ils ne sont pas prêtres pour animer des groupes, même si cela leur est déjà arrivé et leur arrivera encore. Et, même si cela doit vous heurter, je dirais qu’ils ne sont pas prêtres d’abord pour célébrer les sacrements : ils sont prêtres pour nous aider à découvrir qui est Jésus et à croire en lui. Ils le feront, évidemment, en célébrant les sacrements. Comprenons bien que les sacrements ne sont pas un but en soi. Les sacrements sont institués pour nous centrer sur Jésus, pour découvrir qui est Jésus. Si nous pensons – mais je sais que vous ne le pensez pas – si nous pensons que le but de la vie chrétienne est d’accumuler les sacrements pour nous présenter ainsi devant le Père éternel, nous serons cruellement déçus. Mieux vaudrait n’aller à la messe qu’une seule fois dans sa vie et croire au Christ de tout son cœur, que d’aller à la messe chaque jour sans croire au Christ et sans en tirer les conséquences.

Nos cinq nouveaux prêtres sont chargés de nous faire passer sur la rive de la confiance et de la foi malgré les tempêtes. Dans les évangiles, la barque de Pierre est le symbole de l’Eglise. Cette barque est malmenée par les tempêtes. Que cela ne nous inquiète pas : c’est l’état ordinaire de la vie de l’Eglise. Naviguer au milieu des tempêtes ! Tempêtes qui viennent du monde parce que le monde est instable par lui-même; tempêtes qui viennent des positions que prend l’Eglise et qui heurtent le monde ; tempêtes qui viennent de l’intérieur même de l’Eglise. Depuis sa naissance, l’Eglise traverse des tempêtes ; il est illusoire de rêver d’un temps calme. Nos sœurs et frères d’Orient le savent par expérience. C’est dans la tempête que nous devons passer sur l’autre rive. Parce que, si Jésus est dans la barque de l’Eglise, il est aussi celui qui nous attend, déjà, sur l’autre rive.

Je souhaite de tout mon cœur que ces cinq nouveaux prêtres ne deviennent jamais des routiniers de la foi, des blasés de la foi, mais que, remplis comme ils le sont aujourd’hui de l’amour pour le Christ, ils nous permettent d’affronter les tempêtes pour aborder le rivage où Jésus nous attend.

 

 

 

Homelie du 13 juin 2021

  11ème dimanche ordinaire   Année B

Ez 17, 22_24     Ps 91(92)     2 Co 5,6-10     Mc 4,26-34

Par le Père Jean Paul Cazes

Jésus est probablement un charpentier, comme son père Joseph, mais il est aussi paysan et poète.

Les deux paraboles qu’il nous donne aujourd’hui parlent de la croissance des plantes. C’est sous cet angle qu’elles ressemblent à la première lecture où Ezékiel parle aussi de la croissance d’un cèdre « sur la haute montagne d’Israël. »

Les paraboles sont des comparaisons. Jésus souhaite nous parler du Règne de Dieu et, pour cela, il utilise ce qu’il a remarqué dans la vie quotidienne des agriculteurs de Galilée. Ce sont des comparaisons, j’y insiste. Le Règne de Dieu n’est pas un homme qui jette en terre la semence ; le règne est comme un homme qui sème. Le règne de Dieu n’est pas une petite graine de moutarde, il est comme une graine de moutarde. Un peu comme le Saint Esprit n’est pas une colombe, mais comme une colombe.

De plus, la comparaison ne porte pas d’abord sur le semeur ou sur la graine. La comparaison porte, les deux fois, sur la croissance qui ne dépend pas du semeur, et sur la croissance inattendue pour une si petite graine.

Jésus est venu révéler l’existence du règne de Dieu à un peuple qui ne croyait pas à la vie éternelle. L’expression « royaume de Dieu », ou « royaume des cieux » est similaire à règne de Dieu mais elle a l’inconvénient d’indiquer un lieu ; or le royaume de Dieu n’est pas un lieu mais un état d’esprit. Il est donc préférable d’utiliser l’expression « règne de Dieu » qui met l’accent non pas sur un lieu, mais sur les valeurs que Dieu nous offre : l’amour, la joie, la paix, la justice ; et j’ose dire aussi : la vraie liberté, la vraie égalité et la vraie fraternité.

Toutes ces valeurs ont été semées dans notre terre par un homme, Jésus. Lui-même se compare à un semeur lorsqu’il dit dans son enseignement : « Ecoutez. Voici que le semeur est sorti pour semer. » (Mc 4, 3)

Jésus, par sa vie, son enseignement, ses gestes, sa mort et sa résurrection, a semé toutes ces semences. Elles sont déjà dans notre terre. La vie humaine de Jésus a été efficace. Devant les possibilités de découragement, de désespoir qui peuvent nous habiter, il y a là un premier acte de foi suggéré par Jésus : il a semé dans notre terre l’amour, la paix, la justice. L’acte de foi est nécessaire car nous voyons mieux et plus souvent autour de nous et en nous la haine, la rancune, la guerre et l’injustice. Nous sommes appelés à croire qu’amour, joie, paix, justice sont présents en nous et autour de nous et qu’ils travaillent la terre comme des ferments positifs.

Mais leur début est minuscule. On m’a dit quelques fois : : « Je regrette de ne pas avoir vécu du temps de Jésus ; je l’aurais suivi. » Peut-être. Moi, je pense plutôt que je ne l’aurais pas remarqué. Car, en réalité, peu l’ont vu au cours de sa brève vie terrestre. Pourtant, ça ne l’a pas empêché de semer toutes ses semences qui sont appelées à grandir.

La seconde parabole est très facile à faire comprendre aux petits enfants de 3 à 6 ans, non pas par des explications, mais en leur faisant mimer. Qu’est-ce que souhaitent les enfants, sinon grandir ? Ils sont comme une graine. Vous les asseyez par terre, et vous leur demandez de se faire le plus petit possible, de se recroqueviller sur eux-mêmes. Puis, par exemple sur un fond musical très léger, vous leur demander de se déplier lentement, puis de se lever, puis d’étendre les bras. Et lorsque leurs bras sont tendus, vous y accrochez ce que vous avez découpé à l’avance : des nids d’oiseaux, des feuilles, des fleurs … Je vous assure qu’ils comprennent très bien cette parabole de la croissance du règne de Dieu.

C’est par exemple de cette manière qu’on peut honorer la dernière remarque de Jésus : « Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre …dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. » Jésus est un excellent pédagogue. Il est venu nous révéler l’existence du Règne de Dieu et nous donner les moyens d’y accéder. Mais cette vérité, il ne nous l’assène pas en nous disant : « C’est la vérité, tant pis si vous ne la comprenez pas ! » Toute vérité est bonne à dire si elle est dite avec délicatesse ; toute vérité est bonne à dire mais si elle est dite pour le bien de l’auditeur. Et Jésus, qui est pédagogue, ne délivre pas la vérité sans faire attention à la manière dont ses auditeurs sont capables de l’accueillir. Pour être bonne pour nous, la vérité de Jésus nous est donnée avec charité, c’est-à-dire avec délicatesse et pédagogie. La vérité sans la charité risque de blesser ; la charité sans la vérité risque de n’être que de la guimauve. Le psaume 84 affirme avec beauté : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. » (Ps 84,11)

Voilà pourquoi le règne de Dieu a des débuts si petits : pour ne pas nous effrayer. Les débuts du règne de Dieu sont aussi petits que Jésus dans sa crèche.Mais leur croissance nous mène, avec Jésus, jusqu’au cœur de Dieu.

 

 

 

 

Homelie du 6 juin 2021    SAINT SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST

Exode 24, 3-8     Ps 115 (116b)     Hbx 9,11-15     Mc 14,12-16+22-26

par le Père Jean Paul Cazes

Le temps pascal s’est terminé voici quinze jours. Dimanche dernier, nous fêtions la Sainte Trinité, c’est-à-dire le but de notre vie éternelle ; aujourd’hui, nous fêtons le Corps et le Sang du Christ, c’est-à-dire le moyen pour parvenir au but.

Dimanche prochain, nous retrouverons les dimanches appelés « ordinaires », les dimanches en vert, après cette longue séquence de violet en Carême et de blanc au temps pascal. Après le sommet du temps pascal, nous redescendrons dans la vie spirituelle habituelle. Un peu comme Pierre, Jacques et Jean sont redescendus dans la vallée après le sommet de la Transfiguration. Dans cette vie, on ne peut pas rester indéfiniment au sommet : il faut redescendre car c’est là qu’est notre vie, notre travail, notre engagement chrétien. Mais on ne descend pas dans l’état où on est monté : dimanche prochain, nous retrouverons la vie habituelle en étant formés et armés pour cela par le sacrement que nous fêtons aujourd’hui.

Je souhaite souligner trois points, sans pouvoir, malheureusement, les développer suffisamment : Vivre avec le saint sacrement, vivre personnellement comme le saint sacrement, vivre communautairement comme le saint sacrement. Il y aurait une quantité extraordinaire d’aspects à soulever, mais on ne peut tout dire.

Vivre avec le saint sacrement. Encore une fois, je ne vais vous apporter aucune explication scientifique. L’Eglise ignore, et moi aussi, comment le pain et le vin consacrés deviennent corps et sang sacramentels du Ressuscité.  Il n’existe aucune formule biologique ou chimique qui expliquerait la réalité spirituelle qui nous rassemble ce matin. Et heureusement ! Car si une telle formule existait, nous serions obligés de croire, ce qui ne serait plus la foi. Car la foi est essentiellement une adhésion libre. Mais il y a d’autres chemins que les explications scientifiques pour connaître la vérité, heureusement ; connaître quelqu’un ne se fait pas par formules mathématiques mais par une vie commune. La vie commune avec le Christ revêt beaucoup d’aspects : la prière, la lecture de la Bible, les actes de charité. Et, au sommet, l’Eucharistie reçue pendant la messe et vénérée durant les temps d’adoration. C’est en fréquentant le saint sacrement, comme on fréquente quelqu’un, qu’on apprend à le connaîtreet à le comprendre.

Vivre personnellement comme le saint sacrement, c’est mon second point. Si nous allons à la messe, ce n’est pas pour accumuler des jetons de présence comme les députés à l’Assemblée nationale. Il ne nous sera pas demandé combien de fois nous sommes allés à la messe ; il nous sera demandé si la messe nous a vraiment transformés, convertis. En exagérant, mieux vaut aller à la messe une fois dans sa vie et être enflammé par l’amour du Christ et des autres, qu’y aller 10.000 fois sans progresser d’un millimètre. Car un des buts de la messe c’est de nous permettre de devenir semblables au Ressuscité. Par le baptême, nous sommes fils et filles de Dieu, frères et sœurs du Christ ; par la confirmation, le même Esprit circule en Dieu et en chacun de nous. Mais comment ressembler au Christ qui, seul, a su plaire au Père ? C’est là où le saint sacrement vient à notre aide. Nous mangeons le pain consacré pour devenir nourrissants pour nos semblables. Nous communions au Christ ressuscité pour devenir comestibles, mangeables, pour nos semblables. Un des buts de la messe est de nous faire devenir ce que nous recevons. Nous recevons le pain vivant pour devenir à notre tour un pain vivant.  

Vivre communautairement comme le saint sacrement : c’est mon troisième point. Le corps du Christ est donné à chacun de nous pour que, tous ensemble, nous construisions le corps du Christ. Non, je ne bafouille pas ! Le sacrement de l’Eucharistie est donné à chacun de nous pour que nous construisions le corps du Christ qu’est l’Eglise. Les forces de chacun sont limitées ; les capacités de chacun sont limitées ; chacun n’a pas reçu tous les dons : ce sont des constatations de bon sens. Mais celui qui, après avoir communié, se retrancherait derrière ses limites pour ne pas coopérer à la construction de l’Eglise et à sa mission, celui-là n’aurait rien compris au sacrement reçu, il rendrait nulle sa communion, il viderait sa communion de sa signification et de sa portée. Si nous recevons le corps sacramentel du Christ sans aider à construire, chacun à sa manière, le corps du Christ qu’est l’Eglise, mieux vaut s’abstenir de communier jusqu’à ce qu’on ait décidé de retrousser ses manches. Prenons l’exemple de notre propre corps : si nous mangeons sans dépenser nos forces, nous risquons une mauvaise obésité. De la même façon, si nous nous contentons de « manger » le Christ sans nous dépenser pour son Eglise, notre vie spirituelle ne sera pas en bonne santé. Il y a mille façons d’être au service de l’Eglise : il suffit de prendre pour soi les annonces paroissiales de chaque dimanche et voir laquelle convient à nos capacités.

 

Vivre avec le saint sacrement, vivre personnellement comme le saint sacrement, vivre communautairement comme le saint sacrement : tout cela est très bien exprimé dans une des prières de la messe du 27ème dimanche ordinaire qui sera ma conclusion : « Accorde-nous, Seigneur notre Dieu, de trouver dans cette communion notre force et notre joie, afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu, c’est-à-dire le corps du Christ. »

 

Homelie du 30 mai 2021   Sainte Trinité   Année B

Dt 4, 32-34+39-40     Ps 32     Ro 8,14-17     Mt 28, 16-20

Par le Père Jean Paul Cazes

Nous avons commencé notre messe comme d’habitude par un signe de croix dit au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit : tel est le condensé de notre foi chrétienne. La Trinité, révélée par le mystère pascal ! C’est ce que représente devant vous la fresque peinte sur le cul de four de notre église. Vous y voyez le Père sous les traits d’un vieillard plein de sagesse qui tient le globe de l’univers. Le Fils est assis à sa droite comme nous le disons dans le Credo ; il tient sa croix et le livre des évangiles. Et l’Esprit, sous l’aspect d’une colombe, les baigne de ses rayons de feu.

 

La Sainte Trinité !

Certains chrétiens disent : pourquoi se compliquer les affaires avec la Trinité ? Il est suffisant de prier Dieu, de parler de Dieu. Pardon de le dire : mais, en ce qui concerne le langage, il n’y a pas de différence entre ces chrétiens et les musulmans.

D’autres chrétiens disent : « Je prie Jésus car le Père est trop lointain. » D’autres encore disent : « Je m’attache à l’Esprit parce qu’il est plein de dynamisme alors que le Christ est trop sévère. »

Peu s’adressent directement au Père et pourtant Jésus lui-même nous invite à utiliser ce mot de « Père ».

Que l’on passe par le Fils ou par l’Esprit Saint, la prière emprunte un bon chemin, dans la mesure où on la laisse aller jusqu’au bout. Et le bout du chemin de la prière, c’est le Père.

A la Pentecôte, nous avons compris que l’Esprit n’est pas là pour lui-même, mais pour nous rappeler ce que Jésus nous a dit. Et Jésus n’est pas là pour lui-même puisqu’il nous conduit vers le Père d’où il est sorti.

L’Eglise ne s’amuse pas à compliquer la foi. Elle se veut fidèle au Christ qui nous donne l’Esprit et nous conduit vers le Père. Et pour chacun de nous, c’est être fidèle au Christ et à l’Eglise que de recevoir l’Esprit et de vivre en enfants du Père.

 

Oui et pardon de me répéter – un certain nombre de chrétiens estime que croire en la Trinité est une complication inutile. Et pourtant, la foi en la Trinité correspond tellement à ce que nous sommes ! La Bible nous dit que nous sommes à l’image de Dieu ; qu’est-ce que cela veut dire ? Beaucoup de choses, par exemple : nous sommes nés de l’amour et faits pour l’amour puisque Dieu est amour ; nous sommes appelés à la liberté puisque Dieu est souverainement libre ; en nous et en Dieu existe le même Esprit, celui qu’il a insufflé dans les narines d’Adam selon le poème extraordinaire de la Création...

Je m’arrête sur un autre aspect de notre ressemblance avec la Trinité. Chacun de nous est en même temps fils, frère et père ; ou, pour le dire au féminin : fille, sœur et mère. Ces trois aspects existent en chacun de nous, même si, pour de multiples raisons, nous sommes fils unique et que nous n’avons pas d’enfants. D’une manière ou d’une autre, ces trois capacités de relation existent en nous : relation filiale, relation fraternelle, relation paternelle. Chacun de nous, dans l’unité de sa personne, est capable de vivre en même temps des relations de fils, de frère et de père.

 

En disant cela, ne pensez pas, s’il vous plaît, que je viens d’expliquer le mystère de la Sainte Trinité. Je ne viens pas de l’expliquer, mais de la suggérer. On n’explique pas un mystère comme on explique un problème de maths. Par contre, on le suggère pour mieux le découvrir, l’admirer, le chanter, l’adorer et en témoigner car les mystères de la foi chrétienne nous correspondent.

Il y a, évidemment, des différences entre la Trinité et nous ; il n’empêche que nous lui correspondons. Oui, nous sommes différents de la Trinité, mais nous lui sommes adaptés. Si bien qu’en méditant sur ce que nous sommes, nous entrevoyons ce qu’elle est. Le couple humain, là où deux personnes différentes construisent une unité d’amour, nous permet de comprendre que les trois personnes divines, différentes, sont unies par un unique amour.

Le fait d’être, en même temps fils, frère et père nous dit quelque chose de la Trinité. Car, encore une fois, nous lui correspondons.  Admirer quelque chose de la Trinité, c’est découvrir quelque chose de nous. Dire quelque chose de nous, c’est, par analogie, pressentir quelque chose d’elle.  

Pour souligner en souriant cette correspondance, qui est en même temps ressemblance et différence, j’évoque un tableau de René Magritte que vous connaissez certainement. Ce tableau représente une pipe accompagnée de la légende suivante : « Ce n’est pas une pipe. » La pipe est peinte avec beaucoup de réalisme, mais ce n’est pas une pipe qu’on peut bourrer de tabac et fumer. Entre le tableau et l’objet, il y a des différences évidentes, et pourtant le tableau et l’objet se correspondent.

D’une manière analogue, il existe entre la Trinité et nous de multiples correspondances. Au cas, donc, où l’un de nous serait tenté de brader la Sainte Trinité, soi-disant pour simplifier notre foi, qu’il fasse attention à ne pas brader et abimer l’être humain qu’il est lui-même. Car la Trinité – grâce à la diversité des trois personnes et à leur unité la Trinité dit quelque chose de ce que nous sommes, nous, les êtres humains.

Méditer la Trinité, c’est découvrir qui est l’homme, découvrir qu’il est une personne c’est-à-dire bien plus qu’un simple individu.

Permettre à l’homme d’augmenter ses capacités de relations filiales, fraternelles et paternelles, c’est rendre gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit.

 

Un théologien disait en une formule condensée : « La Trinité, c’est mon programme social. »

J’espère vous l’avoir suggéré.

 

 

 

 

Homelie de l’Ascension de l’Année B (13 mai 2021)

 

Lectures : Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; Ep 4,1-13 ; Mc 16,15-20

Il y a 40 jours, nous avons fêté la Résurrection du Seigneur Jésus. Le jour de Pâques, Jésus acquiert en effet une vie nouvelle qu’il manifeste à ses amis au cours de diverses apparitions, à Jérusalem ou en Galilée, mais cette vie nouvelle n’est pas encore étendue à toute l’humanité.

Aujourd’hui nous célébrons l’Ascension, ou bien comme l’écrit l’évangéliste saint Marc dans la finale de son évangile et comme nous le proclamerons dans le Credo tout à l’heure, nous rappelons que Jésus « est monté aux Cieux » et qu’il « est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ». Ceci indique d’une part, qu’il a rejoint la gloire et l’honneur de la divinité, où il était engendré comme Fils de Dieu avant tous les siècles, et d’autre part, qu’il participe à la puissance et à l’autorité de son Père, car Jésus-Christ est, avec son Père, Seigneur de l’univers et Seigneur de l’histoire. Par ailleurs, cette glorification de Jésus, élevé au même rang que Dieu le Père, signifie qu’il reçoit du Père le pouvoir de communiquer ce qu’il a lui-même obtenu : il peut désormais nous transmettre sa vie divine de Ressuscité et nous envoyer son Esprit Saint.

En outre, cette exaltation de Jésus est l’expression de son désir permanent d’être auprès de son Père. Car, sorti du sein du Père, Jésus est venu dans le monde pour conduire les hommes au Père ; il n’a pas d’autre volonté qu’être lui-même avec son Père et associer tous les hommes à la même gloire que lui. Donc si Jésus rejoint son Père, il nous donne aussi accès à son Père. Grâce à lui, nous discernons notre horizon et notre avenir et notre regard peut fixer le ciel : nous avons l’impression que le ciel a été créé pour que nous puissions louer et glorifier le Seigneur.

Saint Paul a écrit dans un texte que nous lisions le jour de Pâques : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. » (Col 3,1) La vertu d’espérance consiste donc à tendre vers Dieu, à jeter l’ancre en Dieu. À travers leurs recherches satisfaites ou insatisfaites, en participant à la création, en vivant dans la prière et la charité et en amenant leurs frères à l’Évangile de la vie, les chrétiens parcourent les étapes de ce trajet vers Dieu. Lorsque Jésus monte au ciel, il disparaît aux yeux de ses amis, de ses disciples et aussi de Marie sa mère, mais il les élève tous avec lui. Il échappe à leurs regards, pour être présent d’une autre manière. Son absence, en fait, est une présence de Jésus encore plus intime et plus belle. Désormais par l’Esprit qu’il enverra, Jésus ne sera pas seulement à Jérusalem ou en Galilée, mais partout sur la terre, en tout homme qui croit en lui. Voilà pourquoi dans les Actes des apôtres, les disciples sont interpelés par les anges, des messagers de Dieu vêtus de blanc. Les apôtres doivent se relever, se mettre debout pour annoncer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. En montant au Ciel, Jésus ne nous abandonne pas, mais il nous prépare une place, il nous y installe déjà, pour que notre vie terrestre soit plus belle et plus spirituelle. Ainsi le Seigneur profite-t-il de notre collaboration, pour poursuivre sa mission.

Pour résumer, voilà ce que commente le pape Benoît XVI dans son livre Jésus de Nazareth (t. 2, p. 320-321) : « Le Jésus qui prend congé ne s’en va pas quelque part sur un astre lointain. Il entre dans la communion de vie et de pouvoir avec le Dieu vivant, dans la situation de supériorité de Dieu sur toute spatialité. Pour cela, il n’est pas « parti », mais, en vertu du pouvoir même de Dieu, il est maintenant toujours présent à côté de nous et pour nous. (…) Puisque Jésus est auprès du Père, il n’est pas loin, mais il est proche de nous. Maintenant il ne se trouve plus dans un lieu particulier du monde comme avant l’Ascension ; maintenant, dans son pouvoir qui dépasse toute spatialité, il est présent à côté de tous et tous peuvent l’invoquer – à travers toute l’histoire – et en tous lieux. »

Nous sommes faits pour le ciel et tous les maîtres spirituels en ont exposé un aspect au cours de l’histoire de l’Église. Un siècle après l’apôtre Paul, saint Irénée écrit : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, mais la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. » La finalité de l’homme n’est à rechercher ni dans l’homme ni même dans la création qui lui a été confiée ; elle est en Dieu seul. Au XVIème siècle, Thérèse d’Avila enfant l’avait très bien compris à sa manière. Elle n’avait que 7 ans, lorsqu’elle entraîna son frère Rodrigo loin de la maison paternelle, chez les Maures, c’est-à-dire les Musulmans qui vivaient en Espagne, dans l’intention de se faire décapiter et d’obtenir ainsi la gloire des martyrs. « Je suis partie, écrit-elle dans sa Vie, parce que je veux voir Dieu, et que pour le voir, il faut mourir. »

Au XIXème siècle, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus voulait elle aussi monter au ciel. À 5 ans, elle en parlait déjà à sa mère, Zélie Martin, qui écrivait dans une lettre : « La petite Thérèse me demandait l’autre jour si elle irait au Ciel. Je lui ai dit que oui, si elle était bien sage ; elle me répond :  » Oui mais si je n’étais pas mignonne, j’irais en enfer… Mais moi je sais bien ce que je ferais, je m’envolerais avec toi (maman) qui serais au Ciel, comment que le Bon Dieu ferait pour me prendre… tu me tiendrais bien fort dans tes bras ?  » » Plus tard, alors qu’elle est entrée au Carmel, sainte Thérèse écrit qu’elle a toujours  désiré d’être une sainte, mais qu’elle se considère trop petite pour atteindre ce désir d’aller au Ciel ; voilà pourquoi elle a cherché le moyen le plus rapide d’y accéder par une petite voie toute nouvelle, qu’elle présente dans son troisième cahier manuscrit : « Nous sommes dans un siècle d’inventions : maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle :  » Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi.  » Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé :  » Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux !  » Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. » (Ms C, 2 v°, 3 r°)

Voir Dieu ! Je voudrais tant que ce soit le désir fondamental de chacun d’entre vous. Vous n’avez été créés ni pour la déchéance ni pour la mort, mais pour la vie, la vie en Dieu, la communion à Dieu. Participer à la vie de Dieu dès maintenant, c’est déjà le voir et jouir de sa bonté. Voilà le chemin que le Christ est venu tracer pour tout être. Élevez donc votre âme vers le seul Seigneur de la Vie ! Amen !                                                                Père Yvan Maréchal

Homelie du dimanche 9 mai

9 mai 2021   6ème dimanche de Pâques   Année B

Ac 10, 25-26+34-35+44-48     Ps 97     1 Jn 4,7-10     Jn 15, 9-17

Par le Père Jean Paul Cazes

Quand Jésus nous dit : « Bienheureux les pauvres… » je pense qu’il veut d’abord parler de son Père, de lui-même et de l’Esprit Saint avant de parler de nous. Dieu est le pauvre par excellence. Il n’a rien à nous donner. Il ne nous donne pas de cadeaux comme nous le faisons entre nous. Dieu n’a rien à nous donner ; il se donne.

Lorsque Jésus dit « Soyez dans la joie car votre récompense sera grande dans les cieux », il ne nous laisse pas miroiter des gratifications, ou la Légion d’honneur, ou je ne sais quoi d’autre. La récompense qu’il nous promet, ce n’est pas une chose ; c’est lui-même. Dieu n’a rien à nous donner sinon lui-même. Dieu n’a rien ; il est. Dieu ne donne rien, il se donne. Les grâces qu’il nous accorde sont comme des reflets de la grâce suprême ; et la grâce suprême, le don suprême qu’il nous accorde, c’est son Fils et son Esprit. Il nous les donne gracieusement, gratuitement, sans mérite de notre part, qui que nous soyons : « Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu » affirme notre première lecture.

Cette manière de faire s’appelle l’amour. A nous qui ne méritons rien, Dieu se donne par amour. Il est amour, et il nous donne son amour pour que nous puissions vraiment le connaître. Puisque son amour est en nous, nous pouvons vraiment connaître Dieu « car il est amour ».

Par curiosité, j’ai compté combien de fois apparaît ce mot. Il apparaît quatre fois dans les trois versets de la lettre de St Jean, et quatre fois dans les huit versets de l’évangile. Quatre fois aussi sous différentes formes verbales dans st Jean, et sept fois dans l’évangile. Si nous ne l’avons pas entendu, c’est qu’il faut régler notre « sonotone spirituel » !

Comme dans notre foi, l’amour est le maître mot de nos lectures de ce jour, en partenariat avec d’autres mots importants comme « connaître », « vie », « commandements », « demeurez ». Car l’amour dont il est question ici est bien plus vaste et plus profond que l’affectivité.

Ne serait-ce que par son origine. L’amour dont Jésus et st Jean nous parlent ne trouve pas son origine dans notre psychologie mais en Dieu lui-même. « L’amour vient de Dieu … car Dieu est amour. » Jésus nous a dit que comme lui et avec lui nous pouvons dire « Père » pour nous adresser à Dieu ; nous pouvons utiliser un autre mot : « Amour ». C’est aussi un nom propre de notre Dieu.

 

St Jean nous révèle ici deux caractéristiques de l’amour selon Dieu. C’est un amour qui fait vivre ; c’est un amour qui se donne.

Un amour qui fait vivre : oui, c’est par amour que Dieu a créé le monde, qu’il ne cesse de le créer, et qu’il crée chacun de nous. Mais Dieu ne se contente pas de nous donner la vie de ce monde : il nous donne sa vie, il nous la donne par le baptême et par tous les sacrements, en particulier par l’Eucharistie. Il nous donne et nous redonne la vie par son pardon. Car non seulement il nous donne sa vie, mais il en prend soin il l’entretient en nous comme le dit si bien la prière de la messe du 6 mai dernier : « Dieu qui nous as sanctifiés et qui nous as donné le bonheur quand nous étions pécheurs et malheureux, prends soin de tes dons, prends soin de ton œuvre. » Ainsi, chaque fois que nous entretenons la vie, chaque fois que nous favorisons la vie, la vie physique et la création, la vie intellectuelle et sociale, la vie artistique, la vie spirituelle, nous sommes dans la logique de l’amour de Dieu. Et chaque fois que nous tournons le dos à la vie, en nous et chez les autres, nous nous écartons de Dieu qui est amour et vie. Comme l’écrit le Pape : « La teneur spirituelle d’une vie humaine est caractérisée par l’amour qui est somme toute « le critère pour la définition définitive concernant la valeur ou la non-valeur d’une vie humaine. » (Pape François citant Benoît XVI, Fratelli tutti n° 92)

Un amour qui se donne : c’est la seconde caractéristique de l’amour selon Dieu que st Jean nous révèle dans la seconde lecture. On peut ranger l’amour en deux grandes catégories : l’amour qui prend et l’amour qui donne. Nous connaissons bien l’amour qui prend : je prends tel objet parce que je l’aime ; je prends telle nourriture parce qu’elle me fait plaisir. Cette sorte d’amour est nécessaire à notre vie ; mais elle devient suspecte lorsqu’elle s’attache aux personnes. Voilà pourquoi, dans les formules admises pour le sacrement de mariage, je n’aime pas celle qui dit : « Monsieur X. voulez-vous prendre Mademoiselle Y. comme épouse … ? » On prend le train, on prend ses clefs, on prend son temps … mais on ne prend pas une personne ; on l’accueille. Car l’autre grande catégorie de l’amour, celle qui nous rend semblable à Dieu, est l’amour qui donne, l’amour qui se donne. « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés … » Et l’amour de Dieu est non seulement un amour qui se donne, mais un amour qui devance notre réponse. Lorsque je reçois la confession d’enfants qui s’accusent souvent de désobéir à leurs parents et qui s’engagent désormais à mieux leur obéir, je leur suggère de devancer la demande de papa ou de maman : par exemple, de mettre la table avant que maman l’ait demandé. Une obéissance qui anticipe la demande et ne se contente pas de répondre ! Voilà une humble mais réelle forme d’amour humain qui correspond à l’amour de Dieu et qui répond au désir du Christ : « Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »    

 

Dans le livret « Prions en Eglise » à la date de ce jour, il y a quelques bonnes questions page 75 ; je vous les cite en conclusion de cette homélie :

« De quelle manière puis-je dire que Dieu se manifeste dans ma vie par amour pour moi ?

Est-ce que j’accepte d’être aimé ?

Quels signes la communauté des croyants à laquelle j’appartiens donne-t-elle de l’amour de Dieu ?

Qu’est-ce qui m’empêche d’aimer les autres ?

Qu’est-ce qui me pousse à aimer les autres ? »

 

DES TRUCS POUR AIDER A PRIER PERSONNELLEMENT

Des « trucs » : les miens ; les autres prêtres en ont certainement d’autres. Et vous aussi. Ceux que je vais dire sont mes trucs « à moi ».

  • Il ne faut pas les prendre tous, mais l’un ou l’autre maintenant. Et dans quelque temps, un autre, puis un autre …
  • Ils sont là pour aider non pas à dire des prières – vous savez en dire aussi bien que moi – mais pour favoriser un état de prière. Car il ne suffit pas de dire des prières pour prier.

Les gestes

« Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. »

A quelle vitesse avons-nous dit ce signe de croix ?

Pourquoi le dire vite ?

Pas de théâtralisation, mais le dire comme une prière et non pas comme une simple introduction à la prière.

Nos gestes sont-ils beaux ?

Comment communier ? Difficile en ce moment avec le masque. Mais on peut peut-être améliorer le geste et non pas manger dans sa main, ce qu’on ne fait probablement pas chez soi.

Le corps

Etre bien assis, ou bien debout, ou bien à genoux.

L’attitude du corps est une prière : se présenter correctement devant le Seigneur. Alors évidemment on fait ce qu’on peut avec le corps qu’on a !

A genoux : mettre un coussin sous ses genoux pour penser à la prière et pas à ses genoux (St Thomas d’Aquin)

Assis : mettre son corps en silence (dans la mesure du possible quand on a mal quelque part).

Le silence

  • Après le signe de croix, prendre un court passage d’évangile (celui du jour ou du dimanche précédent …) : laisser la parole au Seigneur avant de parler. Le Notre Père est fait de deux parties : 1ère partie pour le Seigneur (le nom, le règne, la volonté) ; 2ème partie : pour nous.
  • Mettre du silence par notre corps (on vient de le voir) ; mettre du calme et du silence dans notre élocution.

Les distractions

Au moins deux sortes de distractions :

  • Celles qui nous viennent de nous.

= ou bien je les entretiens

= ou bien je les offre : Seigneur je viens de penser qu’il faut que j’achète du pain pour le dîner, je t’offre cette pensée POUR PENSER A TOI !

Je me sers de cette distraction pour me tourner vers le Seigneur.

  • Celles qui me viennent du Seigneur : une personne pour qui prier, une action de grâce, une demande de pardon …

Le temps et les moments

  • Utiliser les temps perdus : dans le métro ou le bus
  • Utiliser les événements de la journée : avant ou après un coup de fil, en préparation d’une rencontre ou d’un travail (un simple : « Seigneur, je te confie ce temps. »)
  • Le minutage : décider d’un temps précis / le tenir jusqu’au bout, même dans la sécheresse.
  • Le matin : signe de croix tout de suite en se levant
  • Le soir :

Mauvaise succession : repas / toilette / lecture / prière (on s’endort dessus)

Meilleure succession : repas / toilette / prière / lecture / signe de croix

  • Les grands temps de prière : peut-être une fois par semaine / une retraite par an
  • Attention aux vacances !

NB :

Le dimanche

  • Un ou deux jours avant : lire les textes bibliques. Si on a le temps, les annoter.
  • Préparer une (ou deux) intention qu’on dira, mentalement, au moment de la Prière universelle
  • Aider les enfants à faire la même chose.
  • Proposer à un voisin handicapé, un ami solitaire … de l’emmener à la messe. Proposer à son enfant de faire de même pour un de ses amis.
  • Prévoir de porter la communion, après la messe, à quelqu’un qui ne peut se déplacer.

 

 

Père Jean-Paul

Homelie du 4e dimanche de Paques

25 avril 2021   4ème dimanche de Pâques   Année B

Actes 4,8-12     Ps 117(118)     1 Jn 3,1-2     Jn 10,11-18

Par le Père Jean Paul Cazes


Grâce à l’évangile d’aujourd’hui, celui du Bon Pasteur, l’Eglise entière prie pour les vocations. Toutes les vocations, bien sûr, mais, plus particulièrement pour les vocations sacerdotales.

            Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de donner un titre à mon homélie.

Voici ce titre : « Du bon usage des prêtres. »

 

            Nous allons offrir cette messe pour demander au Seigneur de nouvelles vocations sacerdotales. Toutes les paroisses du monde entier vont prier à la même intention au même moment. Et cela, nous le faisons depuis des années et des années. Mais ça n’a pas l’air de changer grand-chose ! Cette année, dans notre diocèse, il y aura deux ordinations, dont celle de Thibaud, et c’est vraiment une belle joie. J’ai entendu dire qu’à Paris, il y aura douze ordinations. J’ai envie de dire ce que les Apôtres ont dit au sujet des cinq pains et des deux poissons pour 5000 hommes : « Qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » Effectivement, si la joie est grande d’accueillir ces nouveaux prêtres, leur nombre ne compense pas celui des départs à la retraite et des décès. Pourquoi notre prière semble-telle si peu efficace ? Pourquoi notre Père, qui voit les besoins de l’Eglise de son Fils, semble-t-il sourd et muet ? Nous prions et demandons beaucoup ; mais est-ce la bonne demande ?

            Au chapitre 9 de l’évangile selon st Matthieu, Jésus dit à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » (Mt 9,37-38) Jésus lui-même nous demande de prier le Père, ce qui veut dire que, dès les premiers moments de la vie de l’Eglise, les ouvriers étaient trop peu nombreux : à ce point de vue, la situation est donc semblable aujourd’hui. De plus, si on lit bien ce verset, on peut en tirer une bonne conséquence : la moisson sera toujours plus importante que le nombre des ouvriers. La moisson sera heureusement toujours plus abondante que le nombre des ouvriers. Imaginez la situation inverse : ce serait catastrophique. Trop d’ouvriers pour une moisson squelettique ! Alors, heureusement, la moisson est plus abondante que le nombre d’ouvriers et le sera toujours. C’était le cas hier, c’est le cas aujourd’hui et ce sera le cas demain. Et cette situation est d’abord un motif d’action de grâce avant d’être un motif de lamentation. Oui, merci Seigneur de nous donner une moisson abondante : il y a tant de choses à faire, tant d’évangélisation à entreprendre, ne serait-ce que dans nos quartiers, dans nos propres familles…

 

            C’est là où le titre de mon homélie trouve sa justification : « Du bon usage des prêtres. » Sur 50 ans de ministère actif, je fus curé durant 25 ans, responsable de communautés à Neuilly, à Rueil, à Vaucresson et Marnes. J’ai essayé de remplir honnêtement ma charge. Mais ma vocation n’était pas d’être curé. Ma vocation était – et est toujours – d’être prêtre. En tant que curé, il m’a fallu faire beaucoup de choses qui ne relevaient pas de ma compétence sacerdotale. Heureusement, j’ai toujours trouvé, auprès de moi, des collaboratrices et des collaborateurs efficaces. Pendant mes 25 ans de curé, la seule année où j’ai vraiment vécu ma vie sacerdotale sans qu’elle soit alourdie d’éléments secondaires, fut mon année à l’Arche, au milieu de personnes souffrant de handicap. Pendant un an – un an de bonheur – j’ai été prêtre sans être curé. L’Arche m’a utilisé – si je puis dire – comme prêtre et pas comme curé.

            Je transpose et je généralise cette expérience : j’ai le sentiment que les communautés paroissiales dans leur ensemble, du moins en France, n’ont jamais appris à bien utiliser leurs prêtres. Elles gardent les prêtres pour elles et pour la célébration des sacrements, la messe en particulier.

            Elles gardent les prêtres pour elles. Or Jésus nous dit aujourd’hui : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas dans cet enclos : celles-là aussi il faut que je les conduise. »Je me souviens du Père Raymond Vankersbielck qui a longtemps vécu ici-même. C’était une force de la nature. Il passait une partie de ses nuits au milieu des jeunes de la rue. C’était du temps qu’il ne donnait pas à la paroisse, et pourtant, du temps vraiment utile pour la mission. Les paroisses accepteraient-elles aujourd’hui de grand cœur que leurs prêtres passent une bonne partie de leur temps sur les périphéries, comme dit le Pape François ?

            Les paroisses gardent leurs prêtres pour la célébration des sacrements, mais pas beaucoup pour la formation. Or – pardon de le dire sans nuance – une messe sans formation de la foi n’aide pas à vivre en chrétien-missionnaire dans le monde. Jésus a formé ses disciples durant trois ans avant de les envoyer porter la Bonne Nouvelle dans le monde.

            Pendant mes 25 ans de responsabilité curiale, j’ai fait beaucoup d’administratif et pas beaucoup de direction spirituelle. Or il me semble que les prêtres sont plus ordonnés pour guider spirituellement que pour remplir des papiers ou surveiller les ouvriers qui repeignent le presbytère. Beaucoup de chrétiens ont recours aux psychologues, et c’est une bonne chose ; mais les consultations spirituelles, pour parler ainsi, sont ignorées, délaissées, ce qui est dommage.

 

            En souriant – car il faut savoir sourire des choses graves – j’estime que cette journée de prière devrait servir non pour demander de nouveaux prêtres, mais pour que le St Esprit apprenne aux communautés chrétiennes à mieux se servir des prêtres qu’elles ont déjà.

Homélie du 3e dimanche de Pâques

18 avril 2021  3ème dimanche de Pâques   Année B

Ac 3, 13-15+17-19     Ps 4     1 Jn 2,1-5a     Lc 24,35-48

Par le Père Jean Paul Cazes

Le temps pascal est bien plus important que le Carême.

Le Carême est un temps de préparation. Le temps pascal nous offre 50 jours pour reprendre, méditer, relire, approfondir tout ce que le mystère pascal nous apporte. Le temps pascal est comme l’épanouissement du Carême : il faut donc y faire très attention.

Comme dimanche dernier, l’évangile d’aujourd’hui est un récit de présence du Seigneur.   J’aime mieux parler de « présence du Seigneur » que d’apparition, car ce mot laisse une impression désagréable de prestidigitation. Oui, le Seigneur Jésus se rend présent auprès des Apôtres et de leurs compagnons, comme il se rend présent par son Eucharistie. D’ailleurs, au sujet de l’Eucharistie, on parle de « présence réelle », et on a vraiment raison !

 

Dans notre évangile, je souhaite insister sur un verset qui est une des richesses du temps pascal. Un verset et deux enseignements.

 

D’abord le verset qui dit  (je cite) : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire et restaient saisis d’étonnement. »  Voilà une chose curieuse. Marie-Madeleine et les autres saintes femmes sont déjà venues, le matin, annoncer aux Apôtres la résurrection de Jésus ; les Apôtres eux-mêmes savent que Jésus est ressuscité puisqu’il est apparu à Pierre ; les deux disciples d’Emmaüs qui sont au milieu deux ce soir leur ont raconté ce qui s’est passé sur la route et comment ils ont reconnu Jésus à la fraction du pain. Jésus manifeste sa présence au milieu d’eux, et malgré tout cela, « ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. »  

Si vous voulez bien, ce soir ou demain, relire d’un seul coup les finales des quatre évangiles, c’est à dire ce qui est écrit depuis le matin de la résurrection jusqu’à la fin des évangiles – ce n’est pas long, je vous assure – vous verrez comment la joie des Apôtres est mêlée à leurs difficultés de croire. Dimanche dernier, la liturgie nous donnait l’épisode de Thomas ; et Thomas n’est pas le seul à ressentir des difficultés et des doutes !

 

De cela, je tire deux enseignements.

Le premier est celui de la véracité des évangiles. Aucun des quatre ne cache les difficultés de croire. Si nous étions dans une secte, nos textes auraient prudemment effacé toute difficulté. Tout est rose dans une secte ; il faut attirer l’indécis, lui présenter la doctrine du gourou et de la secte sous les aspects les plus faciles, les plus riants. Ce n’est pas le cas des évangiles. Je pense d’ailleurs que si le christianisme était une secte, on n’aurait jamais entendu parler de la crucifixion de Jésus, pas plus que des doutes de ses disciples.

 

Le second enseignement que je tire du verset : « ils n’osaient pas encore y croire »,c’est la prise en compte, par l’évangile lui-même, de nos propres difficultés de croire. Nos difficultés de croire sont accueillies par les évangiles.

Qu’il est difficile de croire que Jésus est vraiment ressuscité !

Oui, nous y croyons, bien sûr, sinon nous ne serions pas ici. Nous y croyons, mais … !  mais nous sommes des giscardiens de la foi.

Nous y croyons, mais nous nous posons des tas de questions quant à la résurrection de la chair qui fait pourtant partie du Credo.

Nous y croyons, mais, souvent, nous n’osons pas en témoigner quand nous parlons de la foi lorsque nous dînons avec des amis non-croyants.

Nous y croyons, mais pas suffisamment pour nous engager davantage dans la vie de l’Eglise.

Nous y croyons mais nous nous posons tant et tant de questions sur la vie future.

Nous y croyons, mais nous connaissons des amis chrétiens, généreux, plus croyants que nous, qui ne croient pas en la Résurrection.

Du fond de nous-mêmes, nous refusons la mort, nous savons que nous sommes faits pour la vie, mais nous n’osons pas croire en la réalité de la résurrection du Christ et en la promesse de la nôtre.

Jésus ne nous force pas. Jésus ne nous oblige pas. Jésus ne nous démontre pas d’une manière scientifique qu’il est vivant. Jésus souhaite que notre adhésion de foi soit un acte de liberté, un acte d’amour, et non pas une soumission devant une preuve irréfutable.

Tant mieux si, parmi nous, certains ne sentent aucun doute devant la résurrection : qu’ils sachent en rendre grâce pour aider les autres. Qu’ils fassent comme Jésus : qu’ils ne forcent pas, qu’ils n’obligent pas et, surtout, qu’ils ne méprisent pas ceux qui n’osent pas encore y croire.

Et que ceux qui n’osent pas encore y croire ne se sentent pas rejetés par le Christ. Qu’ils viennent à lui, humblement, et lui présentant leurs difficultés.

Jésus ne nous cache pas les difficultés de la foi. Pour nous aider à avancer, il ouvre l’intelligence des Apôtres, de leurs compagnons – et de nous-mêmes – à la compréhension des Ecritures. Encore faut-il que nous les ouvrions !

Nos difficultés à croire ne disparaîtront pas d’un coup de baguette magique, ni grâce à une bonne prière adressée à la Vierge. Marie ne peut vouloir que ce que veut son Fils. Jésus nous dit d’ouvrir les Ecritures, de les lire, de les mâchonner, de les commenter, de nous y heurter, de les lire avec d’autres. Marie ne peut que nous y encourager.

 

Nous essayons de faire des efforts durant le Carême.

Et si ouvrir la Bible était notre effort pour bénéficier du temps pascal ?

 

Liens entre PRIERE et MISSION

avril 2021   St Pierre-St Paul de Courbevoie

par le Père Jean Paul

Eglise et mission

Quelques sens du mot mission

En Christ, prière et mission

La mission a besoin de la prière

La prière chrétienne est missionnaire parce que chrétienne

Dimanche prochain, mon sujet sera toujours la prière, mais sous un aspect très pratique : le temps, les distractions, la place du corps, etc.

Aujourd’hui, dans la suite de ce qui été dit les dimanches précédents , je souhaite évoquer le lien entre la prière et la mission. Ce sera le dernier entretien de ce type.

Je précise tout de suite que si j’aborde le lien entre prière et mission maintenant, ce n’est pas parce que la mission viendrait une fois qu’on aurait pu mettre en œuvre tout ce qui vous a déjà été dit. La mission vient maintenant parce qu’on ne peut tout dire en même temps. Mais le sujet d’aujourd’hui aurait pu être abordé tout autant lors du premier entretien, ou du second ; il aurait pu être abordé tout le temps car la mission n’est pas un sujet à part, mais un élément de foi qui colore tous autres éléments de la vie de l’Eglise. Et qui colore la prière, en particulier. Nous essaierons donc de voir que la mission ne peut se passer de la prière, et que la prière, en elle-même, a une couleur missionnaire.

Eglise et mission

Peut-être, d’ailleurs, faut-il que nous nous entendions, même rapidement, sur ce qu’est l’Eglise et sur sa fonction. On peut dire que l’Eglise est le peuple des baptisés, le corps du Christ, le temple de l’Esprit saint. Gardons, par commodité, la première expression : l’Eglise, le peuple des baptisés.  Mais, de cette affirmation exacte, on en tire souvent la pensée que notre Père rassemble les baptisés pour les tirer du monde et les sauver ainsi. Ce n’est pas ce que dit Jésus dans la dernière grande prière qu’il adresse au Père : « Je ne te demande pas de les ôter ( = mes disciples) du monde, mais de les garder du Mauvais…Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde. » (Jean 17, 16+18) L’Eglise n’est pas le peuple de ceux qui sont sortis du monde comme on sort de l’eau quelqu’un qui se noie. L’Eglise est le peuple de ceux qui sont liés au Christ, marqués par l’Esprit, pour aller dire au monde le salut offert à tous les hommes. Là est le rôle de l’Eglise peuple de Dieu, corps du Christ, temple de l’Esprit : annoncer le salut offert universellement par le mystère pascal. Les baptisés ne sont pas regroupés pour se protéger mutuellement du monde mais s’aider mutuellement à annoncer le Christ. C’est ce que nous entendons aujourd’hui même dans l’évangile : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jean 20, 21) En st Mathieu on lit dans les derniers versets du dernier chapitre : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples … » (Mt 28,19) De même en st Marc : « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures. » (Mc 16,15) Et en st Luc : « …on prêchera (en mon nom) la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. C’est vous qui en êtes témoins. » (Lc24,47-48)

L’Eglise n’est pas le club de ceux qui ont peur du monde et qui cherchent à s’en protéger. Elle est le peuple des témoins du mystère pascal offert à tous les hommes, de toutes les races et de toutes les nations. L’Eglise est faite pour annoncer l’Evangile du salut. Comme dirait le Pape, elle n’est pas une ONG supplémentaire, même si, dans son travail d’évangélisation, elle prend soin de la santé, de l’éducation, de la justice, de la paix… Car son annonce de l’Evangile n’est pas une annonce désincarnée.

L’Eglise est envoyée au monde pour lui annoncer l’Evangile. Elle est faite pour cela, c’est son travail. Mais c’est son travail, parce que – fondamentalement – c’est le travail du Christ et de l’Esprit. Annoncer l’Evangile n’est le travail et la mission de l’Eglise que parce que c’est le travail et la mission du Christ et de l’Esprit. Ce travail, cette mission, l’Eglise les reçoit du Christ par la force de l’Esprit.

 

Quelques sens du mot « mission »

Essayons de préciser quelques-uns des sens du mot mission.

Il y a, bien sûr, ce qu’on peut appeler les missions lointaines. Au siècle dernier, elles ont connu un grand essor en Afrique et en Asie. Et elles ne sont pas terminées : tant de contrées, tant de peuples ignorent encore le Christ !

Il y a aussi les missions de proximité. Par exemple : les catéchistes au service des enfants et des jeunes, les mamans qui apprennent le signe de croix à leurs petits Et tous ces gestes qui ne disent pas forcément le Christ à haute voix, mais qui disent quelque chose de son amour et de son attention pour les hommes à travers les relations de travail, les liens amicaux et familiaux

Toutes ces formes de la mission, et d’autres encore, reposent sur la certitude que le Christ est venu pour tous les hommes de tous les temps et de toutes les cultures. Si nous pensons que le Christ est un leader religieux parmi les autres, plus grand peut-être, mais au milieu des autres, alors la mission n’est pas nécessaire. Mais si nous pensons que le Christ est venu offrir quelque chose d’indispensable à l’humanité, la mission alors coule de source. Il ne s’agit pas de prosélytisme : il s’agit de proposer à tous les hommes – au moins à ceux que nous côtoyons- ce que nous croyons leur être indispensable, autant pour eux que pour nous.

 

En Christ, prière et mission

Mais si nous pensons la mission indispensable, ce n’est pas parce que nous sommes les plus généreux des hommes : c’est parce que nous la recevons de Dieu. Et nous la recevons dans la prière. Même très rapidement, regardons Jésus.

Mc 1, 35-38 : « Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert ; là il priait. Simon se mit à sa recherche, ainsi que ses compagnons, et ils le trouvèrent. Ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » Et il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Evangile : car c’est pour cela que je suis sorti. »

On voit bien ici le lien entre la prière et la mission. Ces deux éléments s’enchaînent logiquement : dans la prière, Jésus, le Fils unique, se relie vitalement à son Père qui l’envoie pour annoncer l’Evangile. Jésus est sorti non pas tant de la maison de Capharnaüm que du Père : il est l’Envoyé du Père pour annoncer aux hommes l’Evangile du salut.

Grâce à ces quelques versets, on perçoit le lien entre prière et mission.

Souvent, on pense que la vie missionnaire est une réalité, et la vie de prière une autre réalité. On connaît des missionnaires, on connaît des moines, et on a tendance à séparer les deux styles de vie. Il convient évidemment de distinguer la vie missionnaire et la vie d’un couvent ; mais distinguer n’est pas opposer. Chaque partie de la vie de l’Eglise a besoin des autres ; l’Eglise est un corps dont tous les membres, pour différents qu’ils soient, se complètent et s’entraident.  Derrière l’opposition que nous voyons spontanément entre vie missionnaire et vie au couvent, nous sentons poindre la vieille opposition entre action et méditation. Or, on ne peut les opposer l’une l’autre sans les détruire, comme on ne peut opposer Marthe et Marie. Chacun de nous est un subtil assemblage de Marthe et de Marie, un précieux mélange d’action et de méditation.

De même pour prière et mission. D’ailleurs, vous connaissez certainement la sainte patronne universelle des Missions ? C’est Ste Thérèse de Lisieux qui n’a jamais quitté son Carmel !

 

La mission a besoin de la prière

Il me semble – je me trompe peut-être – qu’on accepte assez volontiers l’idée que la mission a besoin de la prière.

La mission, qu’elle soit lointaine ou proche, a besoin de la prière pour trouver son origine : si j’annonce l’Evangile, ce n’est pas parce que je connais bien la doctrine catholique, que je sais bien parler et que j’ai fait des études. Si j’annonce l’Evangile, c’est parce que j’en reçois mission de la part du Seigneur. C’est ce qu’écrivait Paul aux chrétiens de Corinthe : « … Je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. » (1 Co 9,17)

Le missionnaire premier, fondamental, c’est le Christ ; c’est lui qui est l’Envoyé du Père ; c’est lui qui, à son tour nous envoie : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde. » (Jn 17,18). Si le Christ renouvelle ses forces dans la prière, combien plus, nous aussi, devons-nous renouveler nos forces pour répondre au fait que Jésus nous envoie à sa suite pour annoncer l’Evangile.

La mission a besoin de la prière : elle a besoin d’être accompagnée à travers ses échecs, ses hésitations, ses succès.

La mission a besoin de la prière pour intercéder en faveur de celles et de ceux pour qui est menée la mission, tout autant qu’en faveur des missionnaires eux-mêmes.

La mission a besoin de la prière pour que les missionnaires, qui se sont donnés corps et âme à leur mission, soient capables de s’en détacher le moment venu, laissant à Dieu le champ libre ; la mission n’appartient pas aux missionnaires, ce sont les missionnaires qui appartiennent à Dieu.

Ces liens entre mission et prière que je viens seulement d’évoquer, je pense que nous les concevons assez facilement.

 

La prière chrétienne est missionnaire parce que chrétienne

Mais ce qui nous est peut-être moins aisé est de voir la portée missionnaire de la prière. Je veux dire : la composante missionnaire de la prière. Non pas seulement le fait que la prière aide et accompagne la mission, mais le fait que la prière, en elle-même, est missionnaire ou elle n’est pas.

Quand je parle de prière, c’est de la prière chrétienne que je parle. Prier est le fait de tout homme croyant ; prier n’est pas une caractéristique propre au christianisme. Mais la prière chrétienne, la prière à la suite et à l’imitation de la prière du Christ, possède ses caractéristiques propres. La prière chrétienne est animée par l’Esprit de Jésus qui nous tourne vers son Père. La prière chrétienne trouve sa source dans le mystère pascal du Christ qui est notre Grand Prêtre. Le Christ nous tourne, dans notre action comme dans notre prière, vers le Père et vers le prochain. Le double commandement du Christ est le fondement de notre action missionnaire et de notre prière. Encore une fois, on ne peut séparer Marthe et Marie, comme on ne peut séparer l’amour pour Dieu et l’amour pour les hommes !

L’action missionnaire – que ce soit celle du missionnaire en Chine, ou celle de la maman qui apprend à prier à son enfant – ne peut être mission pour Dieu que si elle est mission reçue de Dieu et orientée vers Dieu à chaque instant de son développement. La mission chrétienne ne peut être vécue sans la prière qui la réfère constamment à sa source, la relie au Christ mort et ressuscité et lui donne les forces de l’Esprit.

Disons, pour faire court, que la mission chrétienne est pétrie de prière.

Peut-on dire de la prière chrétienne qu’elle est missionnaire dans le sens où je viens d’essayer de le préciser ?

 

Regardons un instant la prière que nous connaissons le mieux : le Notre Père. Et considérons particulièrement ces deux premiers mots. J’imagine que, dans votre prière personnelle, il vous arrive de dire « Mon Dieu ». Cela m’arrive aussi, soyez tranquilles. Or, en rigueur de terme, ce n’est pas ainsi que nous devrions parler. Mardi dernier, lors de la messe du jour, la liturgie nous a donné à lire la merveilleuse apparition du Ressuscité à Marie-Madeleine. Comme elle voulait le retenir, ce qui se comprend, Jésus lui dit : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu »(Jn 20, 17) En rigueur de terme, seul le Christ a le droit de dire MON Dieu, MON Père. Il est Fils de Dieu unique par nature alors que nous sommes fils et filles de Dieu multiples par adoption. Il est le Premier né, nous sommes tous les cadets pour ainsi dire. Lui, par sa nature, il peut dire MON car il est le seul homme à posséder la nature divine. Nous, les baptisés, nous les fils et les filles de Dieu non par nature mais par grâce, nous pouvons comme le Christ dire Père au Père, mais nous le disons ensemble. Encore une fois, nous pouvons dire Dieu, nous pouvons dire Père, comme le Christ et avec lui ; mais, encore une fois, en rigueur de terme, nous devrions toujours dire NOTRE Dieu, NOTRE Père. Lorsque nous prions, même au fin fond de notre chambre, notre prière est toujours communautaire. Notre prière nous relie au Christ qui prie, et à tous les baptisés.

Regardons maintenant la messe. Par excellence, elle est l’acte de prière de tous ceux qui croient et adorent le Christ. Et si chacun d’entre nous reçoit le corps sacramentel du Christ, c’est pour que, tous ensemble, nous devenions le corps du Christ qu’est l’Eglise. Comme le dit une prière de la messe et un chant, en communiant, nous devenons ce que nous recevons ;nous devenons le Corps ecclésial du Christ en recevant son Corps sacramentel. Or, la fin de la messe est un envoi en mission : « Allez, dans la paix du Christ ! »Nous allons à la messe non pour y rester mais pour partir et annoncer ce que nous venons de vivre : le mystère pascal.

Au cours de la messe, à la jonction entre la fin de la liturgie de la Parole et le début de la Prière eucharistique, se trouve la Prière universelle que Paul VI et le Concile ont restaurée pour chaque messe dominicale. Il est toujours malaisé de rédiger une Prière universelle dimanche après dimanche. Pourtant, c’est simple ; elle a trois axes : la prière pour le monde, la prière pour l’Eglise, la prière pour la communauté locale. Ces trois axes peuvent être développés en plusieurs intentions. Ce qu’il faut souligner ici c’est ceci : au cœur de la messe, après avoir entendu les lectures bibliques, après avoir réaffirmé sa foi, le peuple de Dieu prie aux intentions du monde juste avant d’offrir le pain et le vin qui deviendront Corps et Sang du Christ, « versé pour (nous) et pour la multitude. » Les paroles de la consécration sont ouvertes au monde : la mission d’évangéliser le monde jaillit du côté transpercé du Christ avec le sang et l’eau. « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28, 19-20)

 

Pour clore cet exposé trop rapide et trop succinct, je ne peux mieux faire qu’en rappelant quelques-uns des versets de st Jean qui me semblent ici particulièrement à leur place dans ces rapports entre la prière et la mission : « Dieu … a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17)