Homelie du 30 mai 2021   Sainte Trinité   Année B

Dt 4, 32-34+39-40     Ps 32     Ro 8,14-17     Mt 28, 16-20

Par le Père Jean Paul Cazes

Nous avons commencé notre messe comme d’habitude par un signe de croix dit au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit : tel est le condensé de notre foi chrétienne. La Trinité, révélée par le mystère pascal ! C’est ce que représente devant vous la fresque peinte sur le cul de four de notre église. Vous y voyez le Père sous les traits d’un vieillard plein de sagesse qui tient le globe de l’univers. Le Fils est assis à sa droite comme nous le disons dans le Credo ; il tient sa croix et le livre des évangiles. Et l’Esprit, sous l’aspect d’une colombe, les baigne de ses rayons de feu.

 

La Sainte Trinité !

Certains chrétiens disent : pourquoi se compliquer les affaires avec la Trinité ? Il est suffisant de prier Dieu, de parler de Dieu. Pardon de le dire : mais, en ce qui concerne le langage, il n’y a pas de différence entre ces chrétiens et les musulmans.

D’autres chrétiens disent : « Je prie Jésus car le Père est trop lointain. » D’autres encore disent : « Je m’attache à l’Esprit parce qu’il est plein de dynamisme alors que le Christ est trop sévère. »

Peu s’adressent directement au Père et pourtant Jésus lui-même nous invite à utiliser ce mot de « Père ».

Que l’on passe par le Fils ou par l’Esprit Saint, la prière emprunte un bon chemin, dans la mesure où on la laisse aller jusqu’au bout. Et le bout du chemin de la prière, c’est le Père.

A la Pentecôte, nous avons compris que l’Esprit n’est pas là pour lui-même, mais pour nous rappeler ce que Jésus nous a dit. Et Jésus n’est pas là pour lui-même puisqu’il nous conduit vers le Père d’où il est sorti.

L’Eglise ne s’amuse pas à compliquer la foi. Elle se veut fidèle au Christ qui nous donne l’Esprit et nous conduit vers le Père. Et pour chacun de nous, c’est être fidèle au Christ et à l’Eglise que de recevoir l’Esprit et de vivre en enfants du Père.

 

Oui et pardon de me répéter – un certain nombre de chrétiens estime que croire en la Trinité est une complication inutile. Et pourtant, la foi en la Trinité correspond tellement à ce que nous sommes ! La Bible nous dit que nous sommes à l’image de Dieu ; qu’est-ce que cela veut dire ? Beaucoup de choses, par exemple : nous sommes nés de l’amour et faits pour l’amour puisque Dieu est amour ; nous sommes appelés à la liberté puisque Dieu est souverainement libre ; en nous et en Dieu existe le même Esprit, celui qu’il a insufflé dans les narines d’Adam selon le poème extraordinaire de la Création...

Je m’arrête sur un autre aspect de notre ressemblance avec la Trinité. Chacun de nous est en même temps fils, frère et père ; ou, pour le dire au féminin : fille, sœur et mère. Ces trois aspects existent en chacun de nous, même si, pour de multiples raisons, nous sommes fils unique et que nous n’avons pas d’enfants. D’une manière ou d’une autre, ces trois capacités de relation existent en nous : relation filiale, relation fraternelle, relation paternelle. Chacun de nous, dans l’unité de sa personne, est capable de vivre en même temps des relations de fils, de frère et de père.

 

En disant cela, ne pensez pas, s’il vous plaît, que je viens d’expliquer le mystère de la Sainte Trinité. Je ne viens pas de l’expliquer, mais de la suggérer. On n’explique pas un mystère comme on explique un problème de maths. Par contre, on le suggère pour mieux le découvrir, l’admirer, le chanter, l’adorer et en témoigner car les mystères de la foi chrétienne nous correspondent.

Il y a, évidemment, des différences entre la Trinité et nous ; il n’empêche que nous lui correspondons. Oui, nous sommes différents de la Trinité, mais nous lui sommes adaptés. Si bien qu’en méditant sur ce que nous sommes, nous entrevoyons ce qu’elle est. Le couple humain, là où deux personnes différentes construisent une unité d’amour, nous permet de comprendre que les trois personnes divines, différentes, sont unies par un unique amour.

Le fait d’être, en même temps fils, frère et père nous dit quelque chose de la Trinité. Car, encore une fois, nous lui correspondons.  Admirer quelque chose de la Trinité, c’est découvrir quelque chose de nous. Dire quelque chose de nous, c’est, par analogie, pressentir quelque chose d’elle.  

Pour souligner en souriant cette correspondance, qui est en même temps ressemblance et différence, j’évoque un tableau de René Magritte que vous connaissez certainement. Ce tableau représente une pipe accompagnée de la légende suivante : « Ce n’est pas une pipe. » La pipe est peinte avec beaucoup de réalisme, mais ce n’est pas une pipe qu’on peut bourrer de tabac et fumer. Entre le tableau et l’objet, il y a des différences évidentes, et pourtant le tableau et l’objet se correspondent.

D’une manière analogue, il existe entre la Trinité et nous de multiples correspondances. Au cas, donc, où l’un de nous serait tenté de brader la Sainte Trinité, soi-disant pour simplifier notre foi, qu’il fasse attention à ne pas brader et abimer l’être humain qu’il est lui-même. Car la Trinité – grâce à la diversité des trois personnes et à leur unité la Trinité dit quelque chose de ce que nous sommes, nous, les êtres humains.

Méditer la Trinité, c’est découvrir qui est l’homme, découvrir qu’il est une personne c’est-à-dire bien plus qu’un simple individu.

Permettre à l’homme d’augmenter ses capacités de relations filiales, fraternelles et paternelles, c’est rendre gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit.

 

Un théologien disait en une formule condensée : « La Trinité, c’est mon programme social. »

J’espère vous l’avoir suggéré.

 

 

 

 

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