Homelie du 21 mars 2021   5ème dimanche de Carême Année B

Jr 31, 31-34     Ps 50     Hb 5, 7-9     Jn 12,20-33

« Nous voudrions voir Jésus. » Souvent, les enfants demandent à voir Jésus dont on leur parle en famille et au catéchisme. Alors, nous, adultes, nous leur expliquons qu’on ne peut le voir avec les yeux, qu’on le voit avec le cœur. Tout cela est vrai ; mais nous risquons de nous satisfaire de notre réponse d’adultes. Or, je pense qu’il est plus que nécessaire de garder un cœur d’enfant avec le désir de voir Jésus de nos yeux. J’espère que c’est votre désir à vous, jeunes qui êtres présents au milieu de nous et qui vous préparez à recevoir le sacrement de Confirmation. Je souhaite que ce soit notre désir à nous tous : voir Jésus !

 

Dans la lecture de l’évangile selon st Jean, nous sommes à six jours de la Pâque. Jésus vient d’entrer triomphalement à Jérusalem à tel point que les Pharisiens se sentent incapables de lui nuire ; ils se disent les uns aux autres : « … vous n’arriverez à rien : voilà que le monde se met à sa suite. » (Jn 12, 19)

C’est alors que commence le passage qui nous est donné aujourd’hui : « Il y avait quelques grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. » Soit des étrangers, des non-juifs, qui viennent adorer le Dieu des Hébreux, et il y en a beaucoup chaque année pour la Pâque; soit des juifs de culture grecque qu’on retrouvera le jour de la Pentecôte au milieu des Parthes, des Mèdes, des Elamites et de toutes les nations entourant la Méditerranée. Quoi qu’il en soit, à travers ces grecs, c’est, comme le déplorent les Pharisiens, le monde entier se met à la suite de Jésus.

Et ce monde entier qu’ils symbolisent s’adresse d’abord à Philippe, dont le nom est grec ; Philippe en référera à André et tous deux s’adresseront à Jésus pour lui transmettre la demande des grecs : « Nous voudrions voir Jésus. »

Ce désir n’est pas le thème central du passage. Pour essayer, même maladroitement, de présenter ce thème, on peut dire qu’il tourne autour du lien entre le Père et Jésus à l’occasion de la mort de ce dernier. Certains chrétiens se représentent la Passion comme un moment qui concerne uniquement le Christ et pas du tout le Père. Comme si le Père avait dit à son Fils : « Va donner ta vie pour les hommes ; moi, je reste tranquillement dans mon ciel. » Certes, le Père n’est pas le Fils, mais tous deux sont si profondément unis que Jésus peut affirmer : « Le Père et moi nous sommes un. » (Jn 10,30) Quand Jésus meurt sur la Croix, le Père n’est pas en train de s’occuper d’autre chose en attendant que son Fils ressuscite. Comme des parents dignes de ce nom souffrent lorsque leur enfant souffre, le Père est auprès de son Fils au cours de sa Passion. Et voilà pourquoi il dit de Jésus : « Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore. » Voilà quel est le thème central de notre passage.

Mais il me semble bon de demeurer un instant sur la demande des grecs bien que ce ne soit pas le thème central de notre évangile : « Nous voudrions voir Jésus. » Le voir peut-être pour lui parler, pour lui demander une faveur, pour l’interroger sur une question de foi. Il y a beaucoup de raisons possibles. Jésus accueille cette demande mais répond à sa manière. Il accepte que ces personnes le voient, mais il veut qu’on le voit comme il veut être vu. Il ne veut pas être vu comme on voit quelqu’un dans une conversation de salon, comme ça, en passant. Il veut être vu dans sa réalité messianique car « l’heure est venue où le Fils de l’homme – c’est-à-dire lui-même – doit être glorifié. »

Peut-être vous souvenez-vous qu’à Cana, il n’avait pas accepté tout de suite de manifester sa gloire parce que, disait-il, son heure n’était pas encore venue. L’expression « mon heure » revient plusieurs fois chez st Jean. Elle désigne le moment paradoxal de la Croix qui est en même temps le lieu de sa mort et de sa glorification. On peut dire : de sa résurrection. Alors, quand les grecs demandent à le voir, il répond que la meilleure façon de le voir c’est de méditer, de regarder, de contempler sa mort en vue de sa résurrection.

Les grecs demandent à voir Jésus. Leur demande est bonne. Il serait curieux que nous, chrétiens, nous n’éprouvions pas ce désir au fond de nous-mêmes.  Il faut l’entretenir par la prière, les sacrements, la lecture de la Bible, les engagements au service d’autrui. Voir Jésus, le rencontrer, parler avec lui comme un ami parle à un ami. Voilà comment on peut exprimer quel est le but de notre vie spirituelle. Je vais peut-être vous étonner en vous disant que les sacrements, qui sont des réalités fantastiques, ne suffisent pas : ils sont pour cette vie, ils sont nécessaires à notre vie terrestre ; mais ils sont là pour creuser en nous le désir d’un face à face définitif et absolu. Dans le Royaume, il n’y aura plus de sacrements puisque nous serons en présence de celui que les sacrements rendent présent les humbles réalités de pain, de vin, d’huile, d’eau. Dans le Royaume, nous verrons Dieu

Voir Jésus : le voir de nos yeux, lui serrer la main, parler avec lui d’homme à homme, les yeux dans les yeux ! Sur cette terre, nous savons que ce n’est pas le cas, mais portons-nous ce désir en nous ? Car c’est ainsi que, paradoxalement, nous pourrons le faire voir à travers nos gestes, nos paroles, nos prises de position. Je le dis particulièrement pour vous, les jeunes, qui allez être confirmés. Et je le dis tout autant pour nous, les anciens confirmés. Si nous avons le désir profond de voir Jésus, alors, nous le rendrons visible par toute notre vie personnelle et communautaire. Et en le rendant visible, nous le ferons aimer.

 

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