Homelie du 19 juin 2022

19 juin 2022   Fête du Corps et du Sang du Christ   Année C

Gn 14,18-20     Ps 109     1 Co 11,23-26     Lc 9,11b-17

Par le pere Jean Paul Cazes

Qu’est-ce que le sacrement de l’Eucharistie ?

Comment en rendre compte ?

Je dirais que c’est aussi simple que de manger.

Le Seigneur Jésus, dont la foi et la spiritualité étaient enracinées dans la foi et l’espérance de son peuple, n’a pas donné d’explication. Il s’est identifié à l’agneau pascal que les juifs, chaque année à Pâques – et encore maintenant – tuent et mangent en famille pour commémorer la fabuleuse libération de l’esclavage d’Egypte.

Jésus s’est offert comme le véritable agneau définitif et absolu, non seulement pour son peuple, mais pour l’humanité entière afin de nous rendre libres de ce qui nous empêchent de devenir pleinement humains.

Et il s’offre à devenir notre nourriture et notre boisson.

Il n’y a pas autre chose à comprendre : l’Eucharistie est à manger, avant d’être adorée.

 

Heureux temps que le nôtre qui connaît la psychologie et la psychanalyse.

Grâce à cela, nous savons que l’enfant qui tête sa mère fait plus que d’avaler du lait : littéralement, il mange sa mère. Il a besoin de bien plus que de lait ; il abesoin de sa mère.

L’enfant ou le jeune qui perd ses parents est pris en charge par un conseil de famille ; il aura quelque chose dans son assiette ; mais il doit trouver, dans sa famille ou ailleurs, de quoi nourrir sa personnalité pour grandir et devenir adulte.

Et lorsque nous invitons des amis à notre table, nous leur offrons autre chose qu’un simple repas.

Deux amoureux qui s’embrassent ne se mangent-ils pas de baisers ? C’est du moins ce que dit la langue française. Dans un couple, on a faim de l’autre. Dans une relation parentale, on a faim de ses enfants. Dans une relation amicale, on a faim de rencontrer son ami.

Tout cela, nous le comprenons bien sans qu’il soit besoin d’explications scientifiques.

Nous comprenons ce que c’est que de se donner à l’autre pour le faire vivre. C’est ce que disent les fiancés le jour de leur mariage. Pas plus tard qu’hier, ce fut le cas de Magali et de Jakub, ici-même. Ils se sont promis bien plus que de vivre l’un à côté de l’autre ; chacun s’est comme dépossédé de soi pour ne plus s’appartenir soi-même mais appartenir à son conjoint. Saint Paul va jusqu’à écrire aux chrétiens de Corinthe quelque chose qui risque de bousculer notre pudibonderie : « Ce n’est pas la femme qui dispose de son corps, c’est son mari. De même ce n’est pas le mari qui dispose de son corps, c’est sa femme. » (1 Co 7,4) La spiritualité chrétienne du mariage devrait savoir parler du corps à la suite de Paul. Car cette spiritualité nous aide à comprendre de l’intérieur le contenu du sacrement de l’Eucharistie.

Le Christ, en effet, s’est dépossédé de lui-même pour s’offrir à ceux qui croient en lui, dans l’espérance que tous les hommes soient nourris par lui.

Il se donne, par la force de sa parole, celle que Paul nous a transmise dans sa lettre aux Corinthiens.

Le Christ fait bien plus que nous donner un enseignement ; il se donne lui-même comme un époux se donne à son épouse.

 

Il y a des réalités humaines qu’on ne peut comprendre que si on les vit. Il y a des réalités humaines qu’on ne peut comprendre que de l’intérieur. A celui qui veut comprendre l’Eucharistie, il faut dire : « Communie, tu comprendras. » et non pas : « Je vais d’abord tout t’expliquer et ensuite tu communieras. » Croyez-vous que les enfants qui communient pour la première fois pourraient expliquer ce qu’est l’Eucharistie ? Et pourtant, dans la fraîcheur de leur foi, ils reçoivent le Christ ; à leurs parents, leur famille, et à nous aussi – communautés chrétiennes- de les encourager dans ce chemin. Car il y a des compréhensions qui sont autre chose que des explications. Il y a des compréhensions qui sont des partages de vie. L’Eucharistie est de cet ordre.

 

Mais, vous me direz peut-être que le sacrement de l’Eucharistie est célébré au cours d’une messe, et que les messes sont parfois ? souvent ? ennuyeuses, rasoires, barbantes. Vous avez raison, je l’admets, tout en disant que nous en sommes tous responsables. Comment rendre les messes attirantes ? Je n’ai pas de solution toutes faites, mais je sais que si nous ne nous y mettons pas tous ensemble, paroissiens comme clergé, il ne se passera rien.

Vous me direz aussi : pour qu’il y ait des messes, il faut qu’il y ait des prêtres. Or, les deux qui ont été ordonnés hier pour notre diocèse, Jean-Louis et Médéric, et pour lesquels il est bon de rendre grâce, sont peu au regard des besoins. Là encore, vous avez raison. Mais, crier nos besoins sans être attirants ne fera pas naître les vocations nécessaires.

Recevoir l’Eucharistie, pain de vie, et sortir de l’église en oubliant qui on vient de recevoir, n’aidera pas nos messes à être plus vivantes, ne permettra pas à de nouvelles vocations de naître, et ne permettra pas à notre foi de rayonner dans le monde. Car, la raison fondamentale de l’Eucharistie, ce n’est pas notre salut personnel, mais la gloire de Dieu et le salut du monde

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