Homélie du 18 janvier 2026  2ième dimanche ordinaire   Année A

Is 49, 3+5-6   Ps 39   1Co 1, 1-3   Jn 1, 29-34

par le père Jean Paul Cazes

Après toutes ces fêtes du temps de Noël, nous entrons dans un temps plus calme. Comme le dit la liturgie, c’est un temps ordinaire, un temps pendant lequel nous pouvons essayer d’assimiler toutes les grâces reçues à travers la Nativité, l’Epiphanie et le baptême du Seigneur Jésus.

Si nous en avions le temps, je vous parlerais en long et en large de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens dans laquelle nous entrons jusqu’au 25 de ce mois. Nous avons vécu une forme de cette unité en recevant les jeunes de Taizé et en partageant avec eux les lieux de prière entre le temple de la rue Kilford et notre église. Rappelons-nous aussi que le pasteur Jane est venue partager notre dernière nuit pascale ; si mes informations sont exactes, elle viendra samedi prochain donner la prédication lors de la messe de 18h30.

Mais, ce soir, je veux mettre en lumière une seule phrase qui se trouve dans notre première lecture : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Cette phrase peut être lue sous quatre aspects différents et complémentaires.

Le prophète Isaïe parle au nom du Seigneur : « Le Seigneur m’a dit… »

A travers Isaïe, à qui s’adresse le Seigneur ? Il s’adresse au peuple d’Israël en sa totalité : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Le peuple hébreu est comme un premier-né pour le Seigneur ; il a une valeur particulière pour Dieu. La phrase d’Isaïe lui est particulièrement réservée.  C’est le premier aspect.

Mais elle s’applique aussi à un mystérieux personnage qui traverse plusieurs fois le livre d’Isaïe, en particulier au chapitre 49 où nous sommes aujourd’hui. Ce personnage, qui n’a pas de nom, est désigné par le mot de « Serviteur souffrant ». Vous le connaissez, ce Serviteur ; chaque année, le Vendredi saint, la première lecture  nous dit : « Mon Serviteur réussira, dit le Seigneur…La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme. » Plus loin, dans la même lecture, on trouve : « …comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. »

Ce mystérieux Serviteur, dont Isaïe ne nous donne pas le nom, reçoit, dans le texte de ce soir, une double mission : rassembler tout Israël divisé au moment où parle le prophète, et éclairer les nations de la lumière du salut. Car le salut dont Israël a reçu l’annonce et la promesse ne concerne pas seulement Israël mais doit être annoncé à tous les non-juifs, ce qui est important à signaler au seuil de la semaine de prière pour l’unité entre chrétiens. Cette double mission est si capitale que le Seigneur ne peut la confier qu’à quelqu’un qui est précieux à ses yeux. Voilà pourquoi ce Serviteur peut dire en toute vérité, en même temps que le peuple entier : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » C’est le second aspect.

La forme de cette phrase n’est pas sans évoquer celle que nous avons entendue, il y a peu, à l’occasion du Baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »  Nous savons bien nous, qui est en réalité le Serviteur de Dieu ;  c’est le Christ lui-même, lui qui dit : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. » (Mt 20,28) Il est aussi notre serviteur, lui qui a lavé les pieds des apôtres. En toute vérité, la phrase d’Isaïe peut lui être appliquée : oui, le Christ a de la valeur aux yeux de son Père. Il condense en lui-même le peuple hébreu tout entier et le Serviteur souffrant évoqué par Isaïe. Voilà le troisième aspect.

            Le quatrième aspect nous concerne directement : chacun de nous, quelles que soient ses limites et son péché, peut dire – et doit dire : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Par nous-mêmes, nous ne sommes rien face à Dieu ; mais pour Dieu, chacun de nous est son fils bien-aimé, sa fille bien-aimée. Il ne s’agit pas d’une appréciation morale, mais d’une affirmation de foi : par le baptême nous sommes devenus les fils et filles bien-aimés du Père puisque nous sommes intimement liés à Jésus-Christ. J’ai même souvent dit aux catéchumènes, eux qui ne sont pas encore baptisés : vous êtes aimés du Seigneur. Ce n’est pas le jour de votre baptême que le Seigneur décidera de vous aimer. Vous êtes aimés – nous sommes aimés – depuis toujours. Ce qui change, le jour de notre baptême, ce n’est pas Dieu, c’est nous qui acceptons d’entrer dans une relation filiale avec ce Dieu qui nous attend de toute éternité.

           

            Je termine en disant que j’ai conçu cette homélie comme une sorte de méthode pour lire la Bible. Une progression en plusieurs étapes surtout quand on lit l’Ancien Testament. Souvent, une parole de Dieu s’adresse au peuple tout entier ; ici, elle s’adresse aussi au Serviteur souffrant. Puis elle s’adresse  à Jésus. Enfin, elle s’adresse à chacun de nous puisque notre baptême nous identifie au Christ.

Il n’y a plus qu’à rendre grâce à Celui pour qui nous avons tant de valeur qu’il nous a donné son Fils.  

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du 11  janvier 2026   BAPTÊME DU SEIGNEUR

Par le père Jean Paul Cazes

Is 42,1-4+6-7   Ps 28   Ac 10,34-38   Mt 3,13-17

 

Si Jean-Baptiste n’avait pas soulevé cetteobjection, je pense que nous aurions tous pu le faire : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Le baptême donné par Jean-Baptiste est donné en vue du pardon des péchés ; or Jésus n’a commis aucun péché. Quel est donc le sens du désir de Jésus ?

Pour essayer de percevoir l’importance de ce queveut Jésus, il faut le replacer dans le temps de Noël, et, particulièrement dans le temps de l’Epiphanie. Vous savez que le mot grec « épiphanie » se traduit par « manifestation ». Lors de la visite des mages, Dieu, en Jésus, est se manifeste à la face du monde ;il est manifesté comme celui qui vient sauver tous les hommes.

Les noces de Cana sont une autre manifestationde la divinité de Jésus. St Jean écrit : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

Le baptême est une troisième manifestation : sortant de l’eau, Jésus est revêtu d’Esprit Saint, et lavoix du Père le désigne comme son Fils bien-aimé.Le  baptême de Jésus est comme une seconde naissance ; des mots sont utilisés qui font référence à nos naissances physiques : Jésus sort de l’eau, les cieux se déchirent, et la voix du Père le reconnaitcomme étant son propre Fils.

Donc, celui qui  nous adorons aujourd’hui est bien le Fils unique du Père. Mais il est aussi, de façon similaire, notre frère aîné, né de Marie, totalement homme comme il est totalement Dieu. Il faut répéterinlassablement que Jésus ne fait pas semblant d’être homme. Il a épousé jusqu’au bout la conditionhumaine, y compris la souffrance et la mort. DepuisNoël, il y a entre lui et nous ce que la liturgie appelle un « admirable échange » : Jésus est entré dans notre humanité pour nous faire entrer dans sa divinité.

Par son baptême, Jésus signifie qu’il partage entièrement notre  vie. Lui qui n’a jamais péché, il reçoit le signe de l’eau qui est donné par Jean en vue du pardon des péchés ; comme les plus religieux de son temps, Jésus entre dans l’eau pour en sortir habillé par l’Esprit et habilité par le Père. Il dit à Jean : « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Si vous avez bonne mémoire, le mot justice signifie ici : « être ajusté à », come une note juste est ajustée aux autres notes. Jésus, qui est ajusté à son Père, veut être ajusté à nous.

Vous savez peut-être que je fais partie d’une troupe théâtrale qui met en scène l’évangile selon st Jean. D’ailleurs, si cela vous intéresse, vous pourrez venir voir ce spectacle les 28 et 29 mars au théâtre de Rueil-Malmaison. Il y a quelques jours, nousrépétions la scène de la femme adultère. L’actrice qui joue cette femme était à genoux, au milieu de ses accusateurs. L’acteur qui incarne Jésus s’avança ver elle. Puis, calmement, devant elle, il se mit à genoux, lui aussi. Ce geste n’est pas dans l’évangile ; mais je me suis dit que c’était une belle invention, un geste fort. Jésus ne pardonne pas de haut ni de loin, comme un prince du haut de son trône. Il pardonne en se mettant à notre hauteur, pour nous élever à la sienne.

C’est ce qui se passe dans l’épisode du baptême. Jésus s’ajuste à nous pour que nous soyons ajustés à lui ; il s’abaisse jusqu’à nous pour nous relever. Il est le Serviteur de Dieu par excellence à qui l’on peut appliquer les splendides images du prophète Isaïe denotre première lecture : Il ne crie pas, il ne hausse pas le ton, il ne brise pas le roseau qui fléchit, il n’éteint pas la mèche qui faiblitEt Dieu lui dit : je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.

 

Voilà qui est qui est celui qui sort de l’eau, lui qui est totalement avec nous puisqu’il est totalement avec son Père, lui qui est le Fils bien-aimé.

 

 

 

 

Homélie du 24-25 décembre 2025   NOËL

 

 

par le Père Jean Paul Cazes


Nous y voici enfin !

Nous voici à ce Noël si attendu par les enfants, si désiré bien que si fatigant pour les mères de famille, si redouté par les personnes seules et malades.

 

Depuis plusieurs jours, je me suis interrogé sur ce que j’allais vous dire ;

vous savez tout sur la naissance de Jésus ;

vous savez l’attente du Messie par le peuple juif ;

vous savez l’Annonciation  à Marie et l’annonciation à Joseph ;

vous savez le chant des anges et la présence des bergers suivis, à quelques semaines près, par les mages venus d’Orient.

Je n’ai rien à vous apprendre au sujet de ces événements.

Par contre, aujourd’hui, j’aimerais vivre un temps de silence avec vous.

 

Ne rien avoir à vous dire c’est, d’une certaine manière, ressembler àJésus enfant. Jésus est « infans » comme on dit en latin, c’est à direqu’il ne parle pas.

Il ne dit rien, mais son silence nous force à tendre l’oreille pour comprendre son langage.

Il est toute confiance entre les bras de ses parents.

Il est venu par amour et il est entouré de l’amour de Marie et de Joseph.

Il est né dans la nuit de Galilée qui est le symbole de toutes nos nuits, y compris nos nuits de la foi.

 

J’aimerais rester en silence avec vous, auprès de lui.

J’aimerais, comme Marie et comme Joseph, et quelques jours plus tard comme Syméon, tenir l’Enfant dans mes bras.

Tenir Jésus dans les bras, comme nous le tiendrons dans nos mains, ou sur nos lèvres, tout à l’heure, pour celles et ceux qui communieront.

Pour tous, que nous ayons communié ou non, le sentir par l’intermédiaire de son voisin lorsque nous nous donnerons le geste de paix, ce geste si vite esquissé, si timide souvent. Mais geste qui dit plus que toute parole que nous n’avons pas mieux à nous souhaiter que la Paix en (cette nuit / en ce jour) de la naissance de celui qui s’appelle Prince de la Paix.

 

Dans le silence de (cette nuit /de ce jour ), dans cette paix échangée, nous serons cœur à cœur avec lui, et c’est bon ! Car, que dire d’autre que des mots qui sont usés à force d’être utilisés comme paix, amour, justice, confiance, sourire, joie, mais des mots qui retrouvent sens et vigueur au contact de ce tout petit né de Marie ? Ces mots, nous en avons tellement besoin, ils nous manquent tellement !

 

Suis-je en train de rêver ? C’est possible. Mais je n’ai pas à vousparler de l’état du monde. Je n’ai pas à prendre le rôle du journal télévisé. J’ai à vous dire que l’amour est la réalité du monde la plus réaliste, la plus forte, la plus révolutionnaire. Et cette réalité est tout entière concentrée dans ce tout petit qui est notre grand Dieu et que Marie tient dans ses bras ; elle nous le tend, elle le tend à chacun de nous.

Ne le refusons pas. Acceptons-le, d’une manière ou d’une autre. Ce sera pour certains par le pain de l’eucharistie ; pour d’autres, par le geste de paix ; pour d’autres encore par un chant qui leur mettra les larmes aux yeux. On peut pleurer de joie.

 

Un enfant nous est né, un fils nous est donné : c’est la source de vie la plus puissante et la plus pure. Celle dont nous avons besoin, celle que Dieu notre Père nous offre continuellement comme pain de vie.

 

Ce soir (Aujourd’hui), grâce à Jésus, je vous souhaite l’amour.

Homélie du 14 décembre 2025    3ème dimanche de l’Avent   Année A

Par le père Jean Paul Cazes

Is 35, 1+6a-10   Ps 145   Jac 5,7-10   Mt 11, 2-11

 

 

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Pour ce troisième dimanche de l’Avent, j’en resterai à cette phrase. Le contexte en est clair : Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, est en prison. Il envoie deux de ses disciples interroger Jésus. Est-ce pour lui-même qu’il fait poser cette question, ou pour éclairer ses disciples ? Vous savez peut-être que, durant le ministère de Jésus, les juifs se demandaient qui était le Messie : était-ce Jésus ou était-ce Jean ? Jean lui-même connaissait évidement la réponse mais pas forcément très clair pour sesdisciples ; voilà pourquoi il les envoie auprès de Jésus.

Les Juifs attendaient le Messie depuis Moïse. Mais quels étaient les critères pour le reconnaitre ? Certains attendaient qu’il soit le nouveau roi d’Israël : rappelez-vous les acclamations de la foule le jour des Rameaux. D’autres attendaient qu’il soit le nouveau grand Prêtre qui remplacerait le grand Prêtre d’alors qui collaborait avec les romains, ces occupants païens.

A la question de Jean, Jésus va répondre par des faits, des faits qui ont été annoncés il y a bienlongtemps par plusieurs prophètes comme Isaïe : « Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteuxbondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. » Et Jésus dit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouventla vue, et les boiteux marchent, les lépreux  sont purifiés, et les  sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »

Les disciples envoyés par Jean sont les témoins de ce que Jésus réalise. Ils vont pouvoir rapporter à leur maître ce que fait Jésus et en tirer la conclusion qui s’impose : Jésus est vraiment celui qui est attendu. Le temps de la germination a été long ; Israël a dû attendre avec patience, mais le temps est venu, le Messie est présent.

Dans ce temps de Noël, est-ce vraiment Jésus que nous attendons ? Si vous aviez le loisir de me répondre, vous diriez spontanément « Oui ». Mais est-ce bien lui que nous espérons ? Et, si oui, à quelsigne – au singulier comme au présent – le reconnaissons-nous ? Il est trop facile de seulement répéter les signes que Jésus lui-même donnait : guérisons d’aveugles, de sourds, de boiteux, résurrection des morts. Il est trop facile de répéter ce que nous avons appris au catéchisme, ou ce que nous découvrons au catéchuménat, pour affirmer que Jésus est le Messie, aujourd’hui, comme hier, et qu’il est mon Messie, celui qui vient pour moi !

Qu’est-ce qui, dans la vie du monde, dans celle de l’Eglise, et dans ma propre vie peut me permettre d’affirmer : Jésus est LE Messie ? Avons-nous soif de rencontrer Jésus, tel qu’il est, et avec les conséquences que cette rencontre entraîne, ou attendons-nous seulement de fêter en famille et entre amis un moment de détente, en dehors de la vie préoccupante du monde ?

Car, rencontrer Jésus est dangereux : je mets ce mot entre guillemet. Oui, il est dangereux de rencontrer Jésus, de le rencontrer en profondeur, d’homme à homme si j’ose dire. Car, le rencontrer, c’est accepter d’entrer dans sa manière de vivre ; le rencontrer, c’est accepter de changer quelque chose dans notre vie ; le rencontrer, c’est ouvrir les yeux sur ce qu’il est et ce qu’il fait ; c’est ouvrir les oreilles à son enseignement ; c’est accepter de marcher à ses côtés jusqu’à la croix ; c’est accepter d’être purifiés de nos lèpres. Ce sont toutes les conséquences de Noël, voilà pourquoi je disais que c’est dangereux de rencontrer Jésus : il nous fait sortir de notre zone de confort, comme on dit maintenant.

Nous préparons-nous, au cours des dix jours qui nous restent, à accueillir celui qui vient changer nos vies, ou attendons-nous un messie de pacotille qui sera oublié sitôt passé le 25 ? Faisons nôtre, aussi profondément que possible, la parole de st Jacques : « Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. »

 

 

 

Noël 2025

HORAIREs DES MESSES DE NOËL À SAINT PIERRE SAINT PAUL

Messes de la veille de Noël
Mercredi 24 décembre : 17h 19h30 et 22h

Messes du jour de Noël

Jeudi 25 décembre : 9h30 11h00

Homélie du 1er novembre 2025    TOUSSAINT

 

Ap 7,2-4+9-14   Ps 23   1 Jn 3,1-3   Mt 5,1-12a

par le Père Jean Paul Cazes


J’imagine
sans difficulté que beaucoup d’entre nous souhaitent qu’il y ait beaucoup de prêtres. Moi-même, chaque soir, je prie pour les prêtres que je connais tout en souhaitant que des jeunes répondent à cet appel.

Nous voulons des prêtres, mais pourquoi faire ? La réponse semble trèssimple : pour donner les sacrements.

Mais à quoi servent les sacrements ?

Je me souviens d’une rencontre avec des parents qui souhaitaient le baptême pour leur enfant. A la question tout simple : « Pourquoi voulez-vous que votre enfant soit baptisé ? » un papa m’avait répondu : « Pour qu’il soit protégé contre Dieu. »

Si cette réponse m’a chagriné, elle ne m’a pas étonné. Elle vient de très loin, du fond des siècles. Il y a des siècles et des siècles, je dirais même des millénaires, les hommes assimilaient à Dieu les forces de la nature. D’ailleurs on voit cela dans les passages les plus anciens de la Bible. Les forces de la natureétaient divinisées car souvent incontrôlables ; la pauvre Jamaïque vient de subir un terrible ouragan meurtrier. Si donc les forces de la nature étaient Dieu, il fallait s’en protéger ; et Dieu lui-même avait donné des moyens de se protéger de lui : ce sont toutes les incantations magiques qu’on peut trouver chez les religions antiques ou chez les peuples primitifs. Il suffisait alors de bien appliquer ces rites et ces prières magiques pour se mettre à l’abri de la colère divine.

Ces rites magiques ont perduré ; ils existent encore à notre époque, et dans notre pays. Car, sous des aspects chrétiens, beaucoup de nos concitoyens ne sont pas encore christianisés. Beaucoup de nos concitoyens ont peur de Dieu et viennent à l’église, ou demandent un sacrement, ou souhaitent des prières pour se protéger contre Dieu et se servir de lui : « Je te donne une prière, ou je te fais dire une messe, ou je vais en pèlerinage et toi, Dieu, en revanche, tu me donnes telle ou telle chose. » On conçoit Dieu comme une sorte de distributeur automatique, ou comme une immense force contre laquelle il est préférable de se protéger. Voilà à quoi servirait les sacrements, et voilà quel serait le ministère des prêtres.

Là, on fait fausse route !

Si les sacrements sont plus que nécessaires, ce n’est pas pour nous protéger de Dieu, mais, au contraire, nous rapprocher progressivement de Lui. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’Il nous aime, lui qui est notre Père. Jésus est venu pour nous délivrer de la peur de Dieu. Le brave papa dont je vous parlais tout à l’heure se trompait de Dieu ; il croyait en un Dieu tout puissant et terrible ; il n’était pas encore chrétien. Le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu dont la toute-puissance consiste à nous aimer. Dieu, tel que Jésus nous en parle, ne sait qu’aimer ; si j’ose dire, il ne sait faire que ça. C’est ce que nous dit st Jean dans notre seconde lecture : « Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. »

Les sacrements nous rapprochent de ce Dieu-là. Les sacrements nous emmènent vers la sainteté qui est la vie même de Dieu. La sainteté ne vient pas de nous, elle vient de Dieu, elle est un cadeau de son amour, elle n’est pas d’abord une perfection morale qui viendrait de nous. Les saints que nous honorons aujourd’hui ne sont pas devenus saints à la force du poignet ; ils ne sont pas devenus saints par leurs seuls mérites ; ils sont devenus saints parce qu’ils ont cru vraiment que Dieu les aime ; et ils ont accepté de répondre à son amour, même de façon maladroite.

La vocation de l’être humain, ce n’est pas de se marier et d’avoir des enfants, même si cela est très bon. La vocation de l’être humain, ce n’est pas d’accéder à un poste supérieur où il sera mieux payé, même si cela est utile. La vocation de l’être humain, ce n’est même pas de devenir religieuse, ou religieux, ou prêtre : la vocation de l’être humain, c’est de devenir un être totalement épanoui grâce à l’amour que lui porte Dieu. En un mot, la vocation de l’être humain est de devenir saint. Par pitié, merci d’enlever des têtes tout ce qui est du folklore : toutes les images bêtifiantes genre sulpicien qu’on voit souvent sur les tableaux ou dans les statues. Cela ne sert souvent qu’à nous éloigner de la vraie sainteté. La sainteté, c’est quelque chose de sérieux, de vital. La sainteté n’est pas quelque chose « en plus » de notre vie humaine. Elle est le sens fondamental de notre vie humaine, telle que Dieu, notre Père, nous l’offre. Nous sommes créés pour devenir saints. La réussite de la vie d’un être humain est de marcher vers la sainteté. St Jean le dit à sa manière : « Et quiconque met en (Dieu) une telle espérance se rend pur – c’est-à-dire saint – comme lui-même est pur. »

Si c’est pour cela que nous voulons des prêtres, si c’est pour cela que noussouhaitons recevoir par leur ministère les sacrements, alors nous sommes sur le bon chemin, le chemin de Celui qui nous a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » c’est-à-dire Jésus-Christ !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du 5 octobre 2025   27ème dimanche ordinaire   Année C

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Hab 1, 2-3 ; 2,2-4   Ps 94   2Tm 1, 6-8+13-4   Lc 17,5-10

 

La liturgie de ce dimanche nous offre un passage du prophète Habaquq, un passage de la secondeépître de Paul à Timothée et un passage de l’évangile selon st Luc. Quel rapport entre ces trois passages ? La foi, et la foi sous plusieurs aspects.

Le dernier verset d’Habaquq est : « …le juste vivra par sa fidélité. » St Paul reprendra cette affirmation dans beaucoup de ses épîtres pour nous dire que c’est par la foi en Jésus-Christ, et par elle seul, que nous sommes en lien avec Dieu. C’est par la foi en Jésus-Christ que nous sommes sauvés. Certes, notre foi doit être active ; elle doit produire des fruits qui sont nos mérites. Mais nous pourrions avoir les plus grands mérites du monde, ils ne nous sauveraient pas. C’est le Christ lui-même, par sa mort et sa résurrection, qui nous offre le salut. Par contre, si la foi en lui, et non pas nos actes, nous offre le salut, c’est-à-dire l’union avec Dieu, nos actes peuvent nous séparer du Seigneur.

Dans notre seconde lecture, le même st Paul dit à son disciple Timothée : « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. » La foi ne nous appartient pas, ; en rigueur de terme, nous ne pouvons pas dire « J’ai la foi » ; il serait meilleur de dire : « je suis croyant » ; la foi est d’abord un don de Dieu auquel nous répondons en la gardant et en la faisant croître comme une bonne plante. Souvent, tel ou tel d’entre vous m’a dit : mon petit-fils n’a pas la foi, pourquoi ? Il y a de multiples raisons à cela. Dieu ne demande qu’une chose pour donner la foi : une ouverture d’esprit et de cœur. Car la foi, il l’offre à tous. Pouvons-nous penser, un instant, que ce qui est si nécessaire à l’homme soit refusé par Dieu ? Pouvons-nous penser un instant que Dieu, qui est notre Père à tous, puisse, comme dans un jeu cynique, offrir la foi à certains et la refuser à d’autres ? Mais l’être humain est délicat à manier, même pour Dieu ; si notre Père offre la foi, il ne l’impose jamais ; la foi est offerte, mais la réponse de foi doit être libre. Parfois, tout simplement, la réponse de foi ne vient pas parce que tel ou tel n’a jamais entendu parler de Jésus-Christ, y compris dans nos propres familles.

Quant à Jésus, dans st Luc, il dit : « Si vous aviez la foi comme une graine de moutarde … » Là, il s’agit de l’efficacité, ou de la puissance de la foi. (Entre parenthèses, j’espère que vous avez remarqué l’humour de Jésus : vous voyez le bois de Boulogne qui se déracine pour aller piquer une tête dans laSeine ?) Jésus affirme que l’efficacité de la foi vient d’une foi minuscule. Ce qui veut dire que nous n’avons même pas une graine de moutarde de foi ; ou que nous ne savons pas nous en servir. En somme, nous ne croyons pas à la foi ! Nous ne croyons pas en son efficacité. Certes, si la foi avait en nous son origine, elle ne produirait pas grand-chose ; mais est-ce de nous qu’elle dépend ? Il dépend de nous de la recevoir, certes, mais nous n’en sommes pas l’origine. Or, dans la mesure où l’origine de la foi c’est le Seigneur, pourquoi douter de son efficacité ?

De ces quelques remarques, je tire trois prières possibles que je vous suggère.

1) D’abord une prière de remerciement : Nous te rendons grâce de

Connaître, d’aimer et de croire dans le Christ. Comme l’écrit Paul aux Ephésiens : « C’est par la grâceque vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu.Cela ne vient pas des œuvres … (Eph 2,8-9)

2) Ensuite une prière de demande, comme celle du père dont le fils

vient d’être guéri par le Christ : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (Mc 9,24)

3) Enfin une prière de demande de pardon : Pardon de ne pas croire

suffisamment dans l’efficacité de la foi que tu nous donnes. Avec elle, nous pouvons réaliser bien plus et bien mieux que de transplanter des forêts, commePierre qui guérit l’infirme en lui disant : « De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ…marche ! » (Ac 3,6)

 

 

 

 

Prière du pape LeonXIV sur la création

Seigneur, Tu aimes tout ce que Tu as créé,
et rien n’existe en dehors du mystère de Ta tendresse.
Chaque créature, même la plus petite,
est le fruit de Ton amour et a sa place dans ce monde.

Même la vie la plus simple ou la plus éphémère est entourée de Ton soin.
À l’exemple de saint François d’Assise, nous voulons Te dire aujourd’hui :
« Loué sois-Tu, mon Seigneur ! ».

À travers la beauté de la création,
Tu Te révèles comme source de bonté. Nous Te prions,
d’ouvrir nos yeux pour Te reconnaître,
d’apprendre, par le mystère de Ta proximité avec toute la création,
que le monde est infiniment plus qu’un problème à résoudre.
C’est un mystère à contempler avec gratitude et espérance.

Aide-nous à découvrir Ta présence en toute créature,
afin qu’en la reconnaissant pleinement,
nous nous sentions responsables de cette maison commune
où Tu nous invites à prendre soin, à respecter et à protéger
la vie sous toutes ses formes et dans toutes ses possibilités.

Loué sois-Tu, Seigneur !

https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-09/intention-priere-pape-protection-creation-saint-francois-message.html