Homélie du 2 janvier 2022   EPIPHANIE

Is 60, 1-6     Ps 71     Eph 3,2-3a+5-6     Mt 2,1-12

 

Toute l’Ecriture est faite pour affermir et nourrir notre foi. Quelle est la nourriture que les textes d’aujourd’hui – l’évangile en particulier – quelle est la nourriture que nous donne l’Epiphanie ?

Au-delà du folklore toujours sympathique, l’Epiphanie va-t-elle nous aider à grandir dans la foi ?

L’évangile que je viens de vous lire est le seul passage des quatre évangiles qui nous parle de la visite des mages. Il y a beaucoup d’éléments de folklore que ne dit pas ce passage. Il ne dit pas que les mages sont rois, il ne dit pas leur nombre, il ne dit pas comment ils se nomment. Il ne dit pas non plus que les mages sont venus à la crèche, tout de suite après les bergers ; par contre, il dit que les mages sont entrés dans une maison, et non pas dans une grotte. Il dit aussi que Jésus avait peut-être deux ans : en tous cas, c’est l’indication que les mages ont donné à Hérode qui en a profité pour faire massacrer les enfants de cet âge-là, ceux que nous fêtons sous le nom des saints Innocents.

Certains d’entre vous vont penser que j’ôte tout le merveilleux de la fête de l’Epiphanie. Si vous voulez que les mages soient trois, qu’ils soient rois, qu’ils se nomment Gaspard, Melchior et Balthazar, libre à vous. Mais le merveilleux de l’Epiphanie n’est pas là. Car il y a bien un merveilleux de cette fête ; alors, où est-il ? quel est le merveilleux de l’Epiphanie ? Et j’en reviens à ma question initiale : en quoi l’Epiphanie peut-elle nourrir notre foi, en quoi peut-elle nous aider à mieux croire tout au long de cette nouvelle année ?

Le merveilleux de l’Epiphanie, c’est que des païens, des non-juifs, viennent adorer le Dieu manifesté chez les juifs. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans les premiers siècles de l’Eglise, la fête de l’Epiphanie était célébrée avec plus de faste que celle de la Nativité. N’oublions pas que grâce, en particulier, au travail de St Paul, de nombreux peuples non-juifs ont adhéré à la foi chrétienne. Ces peuples non-juifs se reconnaissaient dans les mages venus d’Orient. Des mages non-juifs manifestent notre foi au tout début de la vie de Jésus ; cela rejoint le moment où devant Jésus qui vient d’expirer, le centurion romain non-juif affirme : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu. » (Mt 27,54)

Le merveilleux de l’Epiphanie est que ces mages ont cherché Jésus sans se décourager durant de longs mois. Encore une fois, ils ne sont pas arrivés à la crèche tout de suite après les bergers ; notre texte le laisse entendre puisqu’ils entrent dans une maison, et qu’ils indiquent à Hérode que Jésus a peut-être deux ans. Depuis quand étaient-ils partis de chez eux ? Depuis quand avaient-ils tout quitté dans cette recherche difficile et improbable d’un Dieu qui n’est pas encore le leur ? Combien de difficultés et de pièges ont-ils donc surmontés pour parvenir jusqu’à Jésus ? C’est dans la nuit qu’ils ont voyagé puisqu’ils étaient guidés par une étoile, nuit de la connaissance, nuit de la foi. Quelle était vraiment leur étoile sinon l’espérance de parvenir jusqu’à Jésus ? Au cours de l’année nouvelle, quelle sera notre étoile pour nous aider à mieux découvrir qui est Jésus ?

Le merveilleux de l’Epiphanie est de nous dire, à travers les cadeaux de mages, qui est Jésus. La question fondamentale des quatre évangiles est la question de la personnalité de Jésus : « Qui est-il celui-là ? » (Mt 8,27) Nous connaissons les réponses du catéchisme, ce sont de bonnes réponses. Mais est-ce que nous adhérons du fond du cœur à ces réponses ? L’or des mages dit que l’enfant Jésus est roi ; est-il NOTRE roi, le roi de nous-mêmes si vous me permettez cette faute de français ? L’encens des mages dit que l’enfant Jésus est Dieu, Dieu qui a pris chair de notre chair, vrai Dieu et vrai homme. Mais ce Dieu est-il vraiment MON Dieu ? La myrrhe des mages, cette myrrhe utilisée pour honorer les morts, dit que ce Roi et ce Dieu va se donner tout entier pour nous. Acceptons-nous d’être les disciples d’un Dieu crucifié ou d’un Dieu distributeur de cadeaux en tout genre ?

Le merveilleux de l’Epiphanie réside dans la manifestation de la vraie personnalité de Jésus grâce à des non-juifs ; comme l’écrit Paul aux chrétiens d’Ephèse : « Ce mystère – c’est à dire cette réalité de foi – c’est que toutes les nations sont associées au même héritagedans le Christ Jésus … » (Eph 3,6). Dimanche prochain, lors de son baptême, Jésus sera manifesté, par la voix du Père, comme son Fils bien-aimé. Et le 16 janvier, autre manifestation lors du mariage à Cana dont je vous cite le dernier verset : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit… Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » (Jn 2,11) Epiphanie veut dire en grec : manifestation.

Que la recherche des mages soit la nôtre tout au long de cette année et qu’elle aboutisse vraiment à Jésus : « Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’Enfant avec Marie sa mère ; et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. »

 

 

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