Homélie du 25 octobre 2026

30ème dimanche ordinaire   Année  A

Ex 22,20-26     Ps 17     1Th 1, 5c-10      Mt 22,34-40

Par le père Jean Paul Cazes 

​Vous savez depuis longtemps que Jésus n’invente pas la réponse qu’il donne au docteur de la Loi. Jésus est juif, il connaît les Ecritures. La première partie de sa réponse (= Tu aimeras le Seigneur ton Dieu …)vient du livre du Deutéronome chapitre 6 verset 5. Pour ceux d’entre nous qui pratiquent la Randonnée biblique, c’est en mars prochain que nous lirons le Deutéronome. La seconde partie de la réponse de Jésus (= Tu aimeras ton prochain …) est tirée du livre du Lévitique, chapitre 19  verset 18. Jésus est fidèle aux Ecritures ; mais son génie est de lier les deux affirmations et de proclamer non pas leur égalité mais leur similitude, à tel point que personne ne peut dire le premier en vérité s’il ne met pas en œuvre le second. Saint Jean se souviendra de cela quand il écrira, dans sa première lettre : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », et qu’il n’aime pas son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4,20)

​Souvent, les adultes comme les enfants me disent que le christianisme est difficile avec ses rites, ses dogmes, son langage, ses habitudes. Ce à quoi je réponds : « Non, il n’est pas difficile de se souvenir et de dire : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu  de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Et tu aimeras te prochain commé toi-même. » Même celui qui a une mauvaise mémoire peut se souvenir de ces deux commandements !  Une fois qu’on a dit cela, on a dit le cœur même  de l’enseignement de Jésus, et donc le cœur même de notre foi. Ce qui est difficile, ce n’est pas de se souvenir de cela, mais de le mettre en pratique.

Quand Jésus cite ces deux commandements, il ne fait pas que les relier de manière définitive. Il nous dit que c’est sa propre manière de vivre. Celui qui sait aimer le Père de tout son être, et aimer son prochain, c’est lui-même. Le double commandement de l’amour est un portrait fidèle de la manière de vivre de Jésus. Et l’invitation à lui être semblable. Comment aimer Dieu ? En faisant ce que suggère notre première lecture. Et qui est mon prochain ? Depuis la parabole du Bon samaritain, nous savons bien que le prochain est celui dont j’accepte de m’approcher comme Jésus s’est approché de chacun de nous en prenant notre nature humaine.

Avant-hier, c’était la nature qui était en furie ; hier, c’étaient les hommes. Avant-hier, l’odieux massacre à Trappes. Comment dire et vivre le double commandement de l’amour ? Il faut être fou, ou Dieu lui-même pour cela ! Le maire de Trappes disait, à juste titre, que des discours peuvent armer la haine. De la même manière, mais à l’inverse, des discours de paix peuvent renforcer en chacun le désir de paix. Le double commandement de l’amour n’est ni de la méthode Coué, ni de la rêverie désincarnée : il nous faut le réentendre, le redire, le méditer, le prier, et demander à l’Esprit de l’incarner dans nos vies. Comme Jésus a pris chair, le double commandement doit prendre chair en nous : nous, chrétiens, disciples de Jésus, nous n’avons pas le droit de désespérer. A Lourdes, le Pape nous a appelés « les missionnaires de l’espérance. » Et voici la dernière phrase de son encyclique : « Je confie ce désir à la mère du Christ, la femme du Magnificat, pour qu’elle accompagne nos pas dans ce présent en mutation et garde enchacun de nous la confiance en l’Evangile, afin que nous puissions témoigner de la beauté d’une magnifique humanité habitée par Dieu ».