Homélie du 18 janvier 2026  2ième dimanche ordinaire   Année A

Is 49, 3+5-6   Ps 39   1Co 1, 1-3   Jn 1, 29-34

par le père Jean Paul Cazes

Après toutes ces fêtes du temps de Noël, nous entrons dans un temps plus calme. Comme le dit la liturgie, c’est un temps ordinaire, un temps pendant lequel nous pouvons essayer d’assimiler toutes les grâces reçues à travers la Nativité, l’Epiphanie et le baptême du Seigneur Jésus.

Si nous en avions le temps, je vous parlerais en long et en large de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens dans laquelle nous entrons jusqu’au 25 de ce mois. Nous avons vécu une forme de cette unité en recevant les jeunes de Taizé et en partageant avec eux les lieux de prière entre le temple de la rue Kilford et notre église. Rappelons-nous aussi que le pasteur Jane est venue partager notre dernière nuit pascale ; si mes informations sont exactes, elle viendra samedi prochain donner la prédication lors de la messe de 18h30.

Mais, ce soir, je veux mettre en lumière une seule phrase qui se trouve dans notre première lecture : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Cette phrase peut être lue sous quatre aspects différents et complémentaires.

Le prophète Isaïe parle au nom du Seigneur : « Le Seigneur m’a dit… »

A travers Isaïe, à qui s’adresse le Seigneur ? Il s’adresse au peuple d’Israël en sa totalité : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Le peuple hébreu est comme un premier-né pour le Seigneur ; il a une valeur particulière pour Dieu. La phrase d’Isaïe lui est particulièrement réservée.  C’est le premier aspect.

Mais elle s’applique aussi à un mystérieux personnage qui traverse plusieurs fois le livre d’Isaïe, en particulier au chapitre 49 où nous sommes aujourd’hui. Ce personnage, qui n’a pas de nom, est désigné par le mot de « Serviteur souffrant ». Vous le connaissez, ce Serviteur ; chaque année, le Vendredi saint, la première lecture  nous dit : « Mon Serviteur réussira, dit le Seigneur…La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme. » Plus loin, dans la même lecture, on trouve : « …comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. »

Ce mystérieux Serviteur, dont Isaïe ne nous donne pas le nom, reçoit, dans le texte de ce soir, une double mission : rassembler tout Israël divisé au moment où parle le prophète, et éclairer les nations de la lumière du salut. Car le salut dont Israël a reçu l’annonce et la promesse ne concerne pas seulement Israël mais doit être annoncé à tous les non-juifs, ce qui est important à signaler au seuil de la semaine de prière pour l’unité entre chrétiens. Cette double mission est si capitale que le Seigneur ne peut la confier qu’à quelqu’un qui est précieux à ses yeux. Voilà pourquoi ce Serviteur peut dire en toute vérité, en même temps que le peuple entier : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » C’est le second aspect.

La forme de cette phrase n’est pas sans évoquer celle que nous avons entendue, il y a peu, à l’occasion du Baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »  Nous savons bien nous, qui est en réalité le Serviteur de Dieu ;  c’est le Christ lui-même, lui qui dit : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. » (Mt 20,28) Il est aussi notre serviteur, lui qui a lavé les pieds des apôtres. En toute vérité, la phrase d’Isaïe peut lui être appliquée : oui, le Christ a de la valeur aux yeux de son Père. Il condense en lui-même le peuple hébreu tout entier et le Serviteur souffrant évoqué par Isaïe. Voilà le troisième aspect.

            Le quatrième aspect nous concerne directement : chacun de nous, quelles que soient ses limites et son péché, peut dire – et doit dire : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Par nous-mêmes, nous ne sommes rien face à Dieu ; mais pour Dieu, chacun de nous est son fils bien-aimé, sa fille bien-aimée. Il ne s’agit pas d’une appréciation morale, mais d’une affirmation de foi : par le baptême nous sommes devenus les fils et filles bien-aimés du Père puisque nous sommes intimement liés à Jésus-Christ. J’ai même souvent dit aux catéchumènes, eux qui ne sont pas encore baptisés : vous êtes aimés du Seigneur. Ce n’est pas le jour de votre baptême que le Seigneur décidera de vous aimer. Vous êtes aimés – nous sommes aimés – depuis toujours. Ce qui change, le jour de notre baptême, ce n’est pas Dieu, c’est nous qui acceptons d’entrer dans une relation filiale avec ce Dieu qui nous attend de toute éternité.

           

            Je termine en disant que j’ai conçu cette homélie comme une sorte de méthode pour lire la Bible. Une progression en plusieurs étapes surtout quand on lit l’Ancien Testament. Souvent, une parole de Dieu s’adresse au peuple tout entier ; ici, elle s’adresse aussi au Serviteur souffrant. Puis elle s’adresse  à Jésus. Enfin, elle s’adresse à chacun de nous puisque notre baptême nous identifie au Christ.

Il n’y a plus qu’à rendre grâce à Celui pour qui nous avons tant de valeur qu’il nous a donné son Fils.