Homélie du 15 février 2026   6ème dimanche ordinaire  Année A

 

Ben Sira 15,15-20   Ps 118   1 Co 2,6-10   Mt 5,17-37

 

Combien de fois avons-nous entendu, ou même pensé nous-mêmes : « Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je n’ai rien à me reprocher.» C’est très exactement ce que Jésus appelle la justice des scribes et des pharisiens. Et Jésus la condamne. Tu n’as pas fait de mal ? Soit ! Mais qu’as-tu fait de bien ?

Mercredi dernier, j’ai regardé, le soir, la danse du patinage artistique remporté par le couple français. Ce couple s’est constitué il y a seulement un an. Tout était à imaginer, à répéter ; surtout, il fallait que, peu à peu, une harmonie se crée entre deux personnes qui ne se connaissaient pas. Un an seulement pour cela, avec, un ligne de mire, les Jeux d’hiver. Ils ne se sont pas dit : on va essayer. Ils se sont dit : nous travaillons pour obtenir la première place.

C’est cela qu’il faut se dire pour vivre notre vie chrétienne.

Ce n’est pas la médiocrité qu’il faut viser, mais la médaille d’or de la sainteté.

On est comme on est, on fait ce qu’on peut, Jésus nous aime tels que nous sommes.

Mais que cela ne justifie aucune médiocrité.

Nous n’avons pas commis de meurtre ? Tant mieux. Mais en rester à ce niveau ne nous ouvrira pas les bras du Seigneur. Vous savez comme moi que nos paroles peuvent blesser ; nos paroles peuvent mépriser ; nos paroles peuvent abimer ; nos paroles peuvent tuer. Dans sa première lettre, st Jean écrit : « Quiconque hait son frère est un meurtrier. » (1 Jn 3,15)

Dans quatre jours, le mercredi des cendres sera là. Chacun vivra le Carême comme il le pourra ; chacun pourra se fixer un objectif précis. Pour l’un ce sera de cesser de fumer, pour un autre, ce sera un effort sur la nourriture. Pour un autre, ce sera plus de justice vis à vis de ses collaborateurs. Un autre encore, ce sera un temps amélioré pour la prière. Peu importe : chacun selon ses forces, chacun selon ses possibilités. Mais, à travers cela, c’est l’excellence qu’il faut viser.

A celui qui se sera privé de fumer, le Seigneur ne regardera pas si son dernier paquet est effectivement vide, mais s’il a fait plus attention à ceux qui, autour de lui, ne fument pas. A celui qui se sera privé de nourriture, le Seigneur demandera s’il a utilisé le temps ainsi gagné pour mieux prier et s’il a utilisé l’argent économisé pour le donner à ceux qui n’ont rien à manger : ça, c’est l’évangile du mercredi des cendres. A celui qui aura été plus  juste envers ses collaborateurs, le Seigneur lui demandera s’il a été plus juste aussi envers les membres de sa famille. A celui qui aura amélioré son temps de prière, le Seigneur lui demandera si ces temps de prière l’ont rendu plus attentif aux autres.

Dans la vie spirituelle, comme dans la vie quotidienne, que la médiocrité ne nous suffise pas : visons l’or ! Et  comme nous ne pouvons pas l’atteindre par nos seules forces, n’arrêtons pas, durant tout ce Carême, de demander chaque jour au Christ de nous donner son Esprit. Que cette demande soit notre effort principal durant les quarante jours. Le jeûne ne sert à rien si nous ne demandons pas l’Esprit. Le partage est bien pauvre si nous ne demandons pas l’Esprit. La prière est vide si nous ne demandons pas l’Esprit. Jésus a jeûné quarante jours, mais il était conduit par l’Esprit.

Vous comme moi, nous faisons ce que nouspouvons, mais, par la force de l’Esprit, visons l’or de la sainteté. La suite du Christ suppose un choix radical : que notre parole soit « oui » si c’est « oui », « non si c’est «  non ». La vie chrétienne n’est pas une vague amélioration, elle est « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5,48). C’est comme cela que nos patineurs sont devenus médaille d’or.