Homélie du 13 février 2022   6ème dimanche   Année C

Jr 17,5-8     Ps 1     1 Co 15, 12+16-20     Lc 6, 17+20-26

Par le pere Jean Paul Cazes 

Dans quelques minutes, après le « Je crois en Dieu », une douzaine d’entre nous vont recevoir, au milieu de nous, le sacrement des malades. Dès maintenant, je vous demande de prier pour eux. Certains d’entre eux ont un peu peur d’être mis ainsi en évidence ; ce n’est pas facile. Mais ils passent au-delà de leur crainte légitime et comptent sur votre prière, ils comptent sur votre intercession. En recevant ce beau sacrement si méconnu au milieu de nous tous, ils retrouvent ce que Jésus lui-même disait et que st Marc nous a gardé : « (Ceux qui auront cru) imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. »(Mc 16,18) Et dans son épître, st Jacques écrit : « L’un de vous est-il malade ? Qu’il fasse appeler les anciens de l’Eglise et qu’ils prient après avoir fait sur lui une onction d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient ; le Seigneur le relèvera et, s’il a des péchés à son actif, il lui sera pardonné. » (Jc 5, 14-15) L’imposition des mains et l’onction de l’huile des malades : ces deux gestes venus tout droit de Jésus et de son Apôtre, vous les verrez dans quelques instants.

Pour préparer leur cœur, nos amis ont participé à une courte retraite au cours de laquelle ils ont exprimé quelques-unes des questions qu’ils se posent au sujet du sacrement des malades.

Qu’est-ce que le sacrement des malades ? Comme les six autres sacrements, c’est un signe sensible et efficace de grâce. Son efficacité ne vient pas du prêtre qui le transmet, mais de la mort et de la résurrection du Christ dont st Paul parle si bien dans la seconde lecture d’aujourd’hui. Vous savez qu’il y a trois sacrements fondamentaux : le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Deux autres construisent l’Eglise : le mariage et le sacrement de l’ordre. Et les deux autres, on peut les appeler des sacrements de réparation : le pardon et le sacrement des malades.

Nos amis se sont demandé quelle est la différence entre sacrement des malades et dernier sacrement. La question est importante car il y a eu beaucoup de confusion à ce sujet. Le dernier sacrement n’est pas un huitième sacrement : c’est l’Eucharistie donnée à la personne qui va mourir. On l’appelle « viatique », du mot « via », le chemin en latin. C’est l’eucharistie reçue pour permettre à la personne de parcourir ce mystérieux chemin qui mène de ce monde au Père. Quant au sacrement des malades, il est offert aux malades ; et il est offert pour leur guérison, pour leur redonner des forces et, surtout, pour lier leur faiblesse à la Passion de Jésus. Il m’est arrivé d’en parler aux enfants du catéchisme car les enfants peuvent être atteints d’une grave maladie ou subir une opération. Ce sacrement est pour eux comme pour l’adulte qui sent ses forces le quitter soit à cause d’une maladie, soit à cause de la vieillesse. Et comme pour l’Eucharistie ou le pardon, le sacrement des malades peut être reçu plusieurs fois.

Nos douze amis seront-ils physiquement guéris ? Je le souhaite, mais je n’en sais rien. Seul Dieu le sait. Mais ce que je sais, par expérience, c’est que, tels qu’ils sont, avec leur maladie et leur faiblesse, ils vont être liés au Christ souffrant et vainqueur de toute mort. Le Christ éprouve envers chacun de nous un tel respect qu’il accueille ceux qui souffrent comme des frères et des sœurs, et non comme des êtres diminués. Bien sûr il faut lutter contre la maladie, mais si les forces d’un malade sont diminuées, sa personne n’est diminuée en rien. L’actuel scandale de certaines maisons de retraite est là pour nous le redire : les personnes dont les forces déclinent sont des personnes à part entière et doivent être respectées comme telles. Le Christ nous le redit dans ce sacrement qui est sacrement de miséricorde et de respect.

Au cours de la retraite, nos amis ont posé d’autres questions que je n’ai pas le temps d’aborder maintenant. Mais ils ont souligné avec beaucoup de force que leur démarche est une démarche de foi et qu’ils croient en la présence active du Christ, présence de miséricorde manifestée par les gestes très simples de l’imposition des mains et de l’huile sur leur front et sur leurs mains. Leur humble démarche, au milieu de nous, va être un autre signe visible de la force de la Résurrection de Jésus.

 

Dans notre évangile, entre la mention de la multitude de gens venus de partout, et le début des Béatitudes, trois versets ont été omis. J’ignore pourquoi. Mais en ce jour où l’on prie spécialement pour les malades, en ce jour où nous allons vivre ce beau sacrement des malades, je désire terminer mon homélie en vous citant ces trois versets. Tous ces gens de Judée, de Jérusalem, de Tyr et de Sidon « étaient venus pour entendre (Jésus) et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient affligés d’esprits impurs étaient guéris ; et toute cette foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous. »