Is 58,7-10 Ps 111 1 Co 2, 1-5 Mt 5,13-16
Si vous pouviez tous tenir dans le chœur, vous verriez le tableau qui est juste au-dessus de moi : il représente st Paul devant l’Aréopage d’Athènes. Vous le savez : Athènes est la capitale intellectuelle de l’empire romain. Paul y a donné un remarquablediscours qui se trouve au chapitre 17 des Actes des Apôtres. Avec adresse, l’Apôtre commence par flatter son auditoire ;puis il l’emmène pas à pas à découvrir Dieu à travers les œuvres de la Création; il cite même un poète grec. Jusque là, ses auditeurs l’écoutent. Puis il introduit la figure de Jésus ; mais, dès qu’il affirme que Dieu l’a ressuscité des morts, les sages lui font comprendre qu’il dit une folie ; et, diplomatiquement, ils lui donnent son congé en disant : « Nous t’entendrons là-dessus une autrefois. » C’est un échec. Paul n’a pas réussi à toucher l’intelligence des stoïciens, des épicuriens, des platoniciens et autres philosophes qui l’écoutaient. Il se retire.
Ses pas vont le mener aux antipodes culturels et sociaux d’Athènes : Corinthe. C’est une des villes les plus importantes de l’empire à cause de sa positionstratégique. Le canal de Corinthe était loin d’être percé ; alors, par un système reposant sur la force musculaire, on hissait les navires avant de les laisser redescendre de l’autre côté dans les eaux du golfe; ainsi, on gagnait un temps considérable au lieu de faire le tour du Péloponnèse par le sud.
Paul va faire connaissance du milieu des travailleurs du port. On est bien loin des sages d’Athènes. Il le dira lui-même dans sa première lettre aux Corinthiens dont nous avons entendu le début dimanche dernier : « Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. » C’est à ces pauvres que Paul va annoncer le Christ. Impossible ici de donner des discours bien construits et remplis de citations poétiques. La stratégie de Paul est réduite à sa plus simple expression : « Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus-Christ, ce Messie crucifié. » Quelle a été sa pédagogie ? Comment s’y est-il pris ? Nous ne le savons pas. Mais il n’a pas cherché des arguments compliqués : « Mon langage, ma proclamation de l’Evangile n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre. » En agissant ainsi, il se sentaitcertainement très pauvre, aussi pauvre que les dockers à qui il s’adressait ; il aurait probablement préféré la richesse de l’argumentation, mais il était marqué par son échec athénien. Au milieu de ces gens sans culture, il se sentait, lui, l’intellectuel, faible, « craintif et tout tremblant. » On l’imagine mal ainsi ; pourtant, c’est de cette manière qu’il étaitarrivé à Corinthe et qu’il a commencé à répandre la Bonne Nouvelle. Son catéchisme, si on peut ainsi parler, fut de mettre en lumière le Christ crucifié qui avait tant de points communs avec ces dockers qui trimainet comme des esclaves. La sagesse qu’il utilise à Corinthe n’a rien à voir avec celle dont il a fait preuve à Athènes. Nous l’entendrons dimanche prochain : « C’est bien de sagesse que nous parlons … mais ce n’est pas de la sagesse de ce monde …ce dont parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu. » Cette sagesse, dira-il plus loin, c’est la folie de la Croix. C’est cette sagesse-là qui a touché le cœur de nombreux corinthiens.
Il est bon de se redire cela à 10 jours du mercredi des cendres, à 10 jours du chemin du Carême qui nous mènera auprès du Crucifié. Notre chemin de sagesse, comme celui des corinthiens, est de nous conformer humblement au Crucifié. C’est un long chemin, c’est une porte étroite ; pour l’emprunter et le suivre, il n’y a pas d’autre solution que celle de Paul : invoquer la puissance de l’Esprit saint pour que notre foi repose, comme celle des corinthiens, non sur notre propre sagesse mais sur la puissance d’amour de notre Dieu et Père.
C’est ainsi que nous serons ce que le Christ nous demande d’être : sel de la terre et lumière du monde.
