Par le père Jean Paul Cazes
Is 42,1-4+6-7 Ps 28 Ac 10,34-38 Mt 3,13-17
Si Jean-Baptiste n’avait pas soulevé cetteobjection, je pense que nous aurions tous pu le faire : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Le baptême donné par Jean-Baptiste est donné en vue du pardon des péchés ; or Jésus n’a commis aucun péché. Quel est donc le sens du désir de Jésus ?
Pour essayer de percevoir l’importance de ce queveut Jésus, il faut le replacer dans le temps de Noël, et, particulièrement dans le temps de l’Epiphanie. Vous savez que le mot grec « épiphanie » se traduit par « manifestation ». Lors de la visite des mages, Dieu, en Jésus, est se manifeste à la face du monde ;il est manifesté comme celui qui vient sauver tous les hommes.
Les noces de Cana sont une autre manifestationde la divinité de Jésus. St Jean écrit : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »
Le baptême est une troisième manifestation : sortant de l’eau, Jésus est revêtu d’Esprit Saint, et lavoix du Père le désigne comme son Fils bien-aimé.Le baptême de Jésus est comme une seconde naissance ; des mots sont utilisés qui font référence à nos naissances physiques : Jésus sort de l’eau, les cieux se déchirent, et la voix du Père le reconnaitcomme étant son propre Fils.
Donc, celui qui nous adorons aujourd’hui est bien le Fils unique du Père. Mais il est aussi, de façon similaire, notre frère aîné, né de Marie, totalement homme comme il est totalement Dieu. Il faut répéterinlassablement que Jésus ne fait pas semblant d’être homme. Il a épousé jusqu’au bout la conditionhumaine, y compris la souffrance et la mort. DepuisNoël, il y a entre lui et nous ce que la liturgie appelle un « admirable échange » : Jésus est entré dans notre humanité pour nous faire entrer dans sa divinité.
Par son baptême, Jésus signifie qu’il partage entièrement notre vie. Lui qui n’a jamais péché, il reçoit le signe de l’eau qui est donné par Jean en vue du pardon des péchés ; comme les plus religieux de son temps, Jésus entre dans l’eau pour en sortir habillé par l’Esprit et habilité par le Père. Il dit à Jean : « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Si vous avez bonne mémoire, le mot justice signifie ici : « être ajusté à », come une note juste est ajustée aux autres notes. Jésus, qui est ajusté à son Père, veut être ajusté à nous.
Vous savez peut-être que je fais partie d’une troupe théâtrale qui met en scène l’évangile selon st Jean. D’ailleurs, si cela vous intéresse, vous pourrez venir voir ce spectacle les 28 et 29 mars au théâtre de Rueil-Malmaison. Il y a quelques jours, nousrépétions la scène de la femme adultère. L’actrice qui joue cette femme était à genoux, au milieu de ses accusateurs. L’acteur qui incarne Jésus s’avança ver elle. Puis, calmement, devant elle, il se mit à genoux, lui aussi. Ce geste n’est pas dans l’évangile ; mais je me suis dit que c’était une belle invention, un geste fort. Jésus ne pardonne pas de haut ni de loin, comme un prince du haut de son trône. Il pardonne en se mettant à notre hauteur, pour nous élever à la sienne.
C’est ce qui se passe dans l’épisode du baptême. Jésus s’ajuste à nous pour que nous soyons ajustés à lui ; il s’abaisse jusqu’à nous pour nous relever. Il est le Serviteur de Dieu par excellence à qui l’on peut appliquer les splendides images du prophète Isaïe denotre première lecture : Il ne crie pas, il ne hausse pas le ton, il ne brise pas le roseau qui fléchit, il n’éteint pas la mèche qui faiblit …Et Dieu lui dit : je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.
Voilà qui est qui est celui qui sort de l’eau, lui qui est totalement avec nous puisqu’il est totalement avec son Père, lui qui est le Fils bien-aimé.
